Depuis 2010, les Minions sont devenus bien plus que de simples personnages secondaires de Moi, moche et méchant. Initialement conçus comme les marrantes petites créatures au service de Gru, ils sont depuis devenus les mascottes d’Illumination et ont progressivement éclipsé leur maître pour devenir l’un des plus gros phénomènes de l’animation moderne. En 2015, ils commencent leur propre aventure indépendante avec deux films centrés sur leurs péripéties avant leur rencontre avec Gru.
Aujourd’hui, le studio pousse le concept encore plus loin avec Des Minions et des Monstres. Ce nouveau métrage suit James, Henry et Ed dans une histoire aussi absurde qu’improbable. Alors qu’ils tentent de conquérir Hollywood et de devenir des stars du cinéma, leur maladresse légendaire finit par lâcher une bande de monstres sur le monde. Il faut donc sauver la Terre pour de vrai après avoir rêvé de le faire pour leur film.
Si, sur le papier, l’idée semble parfaitement taillée pour cet univers, Des Minions et des Monstres s’avère être un film qui donne parfois l’impression d’être une aventure mineure dans une franchise qui commence à tourner autour de ses propres acquis. Est-il pour autant moins agréable ? Critique.
Quand les Minions deviennent leur propre franchise
Le premier élément qui frappe dans ce nouveau long-métrage est à quel point il s’éloigne désormais de Moi, moche et méchant. Bien sûr, cela fait déjà plusieurs années que les Minions vivent leurs propres récits, mais ici, le lien avec la saga principale paraît plus fragile que jamais.
Cela passe par exemple par le choix des protagonistes. Exit Kevin, Stuart ou Bob, devenus les visages emblématiques des précédents films. Des Minions et des Monstres introduit James, Henry et Ed, un nouveau trio chargé de porter l’histoire sur ses épaules.
Le changement est loin d’être une mauvaise idée. Découvrir de nouvelles personnalités permet même d’apporter un peu de fraîcheur à une formule qui aurait pu finir par tourner en rond. Mais on ne peut s’empêcher de remarquer que ce choix renforce aussi l’impression de regarder le spin-off d’un spin-off. Comme si la franchise s’éloignait progressivement de son point d’ancrage initial.

Cette sensation est accentuée par un scénario qui ressemble davantage à un prétexte qu’à une véritable histoire. Contrairement aux précédents films Les Minions, qui reposaient souvent sur la rencontre avec un grand méchant charismatique ou sur une quête précise, le film dépeint ici une idée centrale sans vrai enjeu pour l’histoire des créatures, un loisir qui n’aura finalement que peu de conséquences.
Le tournage du film de James, l’arrivée des monstres, la catastrophe mondiale qui en découle sont autant d’éléments qui s’enchaînent sans jamais véritablement approfondir l’univers des Minions. On n’apprend presque rien de nouveau sur leurs origines, leur fonctionnement ou même leur relation si particulière avec les méchants qu’ils ont servis au fil des siècles. Le résultat n’est pas désagréable, mais il donne parfois l’impression que l’aventure pourrait disparaître de la chronologie de la franchise sans que cela ne change quoi que ce soit.
Pour un public plus jeune ?
Le principal reproche que l’on peut probablement adresser au film est son écriture qui manque parfois de substance. Les précédents longs-métrages de la licence réussissaient généralement à équilibrer l’humour absurde avec des personnages attachants et des enjeux suffisamment solides pour captiver autant les enfants que les adultes. Ici, le curseur semble avoir été déplacé vers un public plus jeune.
Cela s’explique notamment par la place réduite accordée aux personnages humains. Les Minions ont toujours fonctionné parce qu’ils évoluaient au contact d’individus plus sérieux capables de servir de point de comparaison ou de contrepoint comique. Sans eux, le film repose presque exclusivement sur l’énergie chaotique des créatures jaunes.

Et heureusement, cette énergie fonctionne toujours. Le “Minionese” (la langue inventée des minions) est toujours aussi efficace pour provoquer du rire. Les dialogues absurdes continuent de produire leur effet et l’humour reste globalement très efficace. Fait intéressant, Illumination semble avoir légèrement ralenti le rythme des gags par rapport à certains épisodes précédents. On rit peut-être un peu moins souvent, mais le film évite aussi la saturation permanente qui peut parfois devenir fatigante (coucou Super Mario Galaxy).
Les adultes trouveront également quelques références et caméos glissés discrètement dans le récit. Ils ne suffisent pas à faire du film une œuvre à double lecture comme peuvent l’être certaines productions Pixar, mais ils permettent de maintenir l’attention des spectateurs les plus âgés.
Reste que l’ensemble paraît un peu moins ambitieux. À la fin du générique, on a davantage le sentiment d’avoir assisté à une parenthèse amusante qu’à une aventure importante dans l’histoire de la franchise.
Une démonstration technique impressionnante
S’il y a bien un domaine dans lequel Illumination continue d’impressionner, c’est celui de l’animation. Visuellement, Des Minions et des Monstres est magnifique. Le studio maîtrise désormais parfaitement sa création phare et cela se ressent dans chaque plan. Les textures sont riches, les couleurs éclatantes et les environnements particulièrement détaillés.

Les monstres constituent sans doute la plus belle réussite visuelle du film tant leur design est varié, leur animation particulièrement expressive et leur intégration dans les scènes d’action est remarquable. L’ensemble possède cette qualité de finition devenue caractéristique des productions Illumination. Sans forcément révolutionner le genre, le film offre constamment quelque chose d’agréable à regarder.
La version française des dialogues mérite également d’être saluée. Comme souvent avec la franchise, le travail de localisation est exemplaire. C’est d’autant plus important ici que près de 80 % des dialogues reposent sur le langage des Minions. Les adaptateurs parviennent une nouvelle fois à intégrer des expressions, des intonations et des références françaises qui rendent le Minionese immédiatement compréhensible et très drôle.
Au final, Des Minions et des Monstres est un divertissement familial solide, mais qui choisit de s’éloigner encore davantage de la franchise principale. Le film perd dans le même temps une partie de ce qui rendait les précédentes aventures des Minions plus mémorables.
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