Dès son lancement, Apple TV+ a voulu prouver qu’elle ne prenait pas les récits d’anticipation à la légère. En 2019, c’est avec une histoire tout à fait inédite que la nouvelle plateforme espérait créer la surprise. For All Mankind, uchronie sur la conquête spatiale, n’avait pas eu de mal à faire des adeptes à travers le monde. Ce succès d’estime n’a néanmoins pas eu le retentissement nécessaire à faire du service de streaming par abonnement un incontournable pour bien des ménages.
Deux ans plus tard, c’est avec Fondation que l’entreprise espérait faire l’unanimité. Mais les ouvrages d’Isaac Asimov sont aussi populaires qu’ils sont réputés inadaptables et la première saison éprouvera quelques difficultés à convaincre les adorateurs de l’auteur américain. Il aura finalement fallu attendre 2022 et la cryptique Severance pour qu’Apple TV+ se forge enfin une solide réputation dans le domaine. Un succès qui ouvrira la voie à Silo, récit postapocalyptique qui s’inspire des romans d’Hugh Howey

En 2025, c’est l’imaginaire de Martha Wells qui prend vie sous la direction des frères Weitz. Les deux créateurs n’en sont pas à leur coup d’essai, c’est à eux que le film The Creator doit son scénario. Ils ont aussi réalisé American Pie au début des années 2000. Croyez-le ou non, il y a un peu des deux dans ce nouveau projet.
“Sans aucun lien”
Murderbot est un robot de sécurité qui a trouvé un moyen de faire sauter ses verrous et de s’affranchir de ses maîtres. Son nouveau libre arbitre lui permet de choisir la manière dont il veut passer sa vie et c’est à regarder des soap-opéras de l’espace depuis son casque. Mais pour s’éviter une destruction prématurée, si la société qui l’a fabriqué découvre qu’il est rebelle, le Sec Unit embarque pour une nouvelle mission sur une planète hostile. Aux côtés de scientifiques faillibles et étranges, il va découvrir les sentiments humains.
Pour camper ce Pinocchio des temps futurs, Apple TV+ a fait appel à Alexander Skarsgård. L’acteur est le cœur battant du récit, alors même que son personnage n’en a pas. Sa voix guide les spectateurs au travers de cet univers de science-fiction riche en apparence mais que l’on ne s’attardera pas à explorer plus longtemps que nécessaire.

Skarsgård excelle dans l’exercice, étant d’une impassibilité sans faille. Il est souvent drôle dans sa manière de décrire ses compagnons de fortune et leurs étranges habitudes et parfois touchant dans ses interactions avec eux. Ces dialogues internes sont mis au service de la satire de nos sociétés contemporaines, de notre complexe de supériorité en passant par le fonctionnement des grosses entreprises.
Tout est bon pour rappeler la vacuité de l’existence humaine autant que la prédisposition de notre espèce à mentir, tromper ou abuser des autres. La série n’est sans doute pas aussi novatrice que Silo ou Severance, mais elle ne manque pas d’intérêt lorsqu’elle tente de construire son propos sur l’altérité. “Les humains sont idiots…”. Difficile de le contredire.
Une série plurielle
Outre son esthétique et ses thématiques de science-fiction, Murderbot s’illustre comme un thriller haletant et addictif sur une planète lointaine. La série s’empare d’une recette simple pour capter l’attention de son audience : un ennemi tapi dans l’ombre s’en prend à l’équipe. Il s’agira donc pour l’androïde et ses compagnons de découvrir qui leur veut du mal et pourquoi. Avec ses dix épisodes d’une vingtaine de minutes, la série n’a néanmoins pas toujours l’opportunité de tirer profit de ces mystères. Sans en dire trop, Murderbot cultive la confusion autour de l’affranchissement de son héros, souvent beaucoup trop.
Cet empressement se retrouve aussi dans le développement des personnages secondaires et l’illustration des défis qu’ils doivent surmonter. La galerie de personnages n’est pas immense, elle consiste en moins d’une dizaine de membres récurrents, mais la série trouve quand même le moyen d’en laisser quelques-uns sur le carreau. Mensah, qui a une grande importance dans les romans de Martha Wells, est finalement l’une des rares à se voir accorder toute la lumière qu’elle mérite. À ce jeu-là, le roman se contentait du minimum, anglant son récit à travers les yeux du héros, sans prendre la peine de questionner celles et ceux qui l’entourent.

Mais, après tout, la production doit aussi s’attarder sur les séries que le personnage principal dévore et qui lui offrent la possibilité de mieux saisir les subtilités de la race humaine. Des séquences colorées et franchement ringardes que l’on apprécie découvrir dans les premiers instants de la série mais qui parasitent parfois un peu trop le récit qui doit avancer à vitesse lumière pour respecter le format de dix épisodes par saison.
Encore une série que personne ne verra ? L’entêtement d’Apple TV+ est presque touchant. Malgré tous ses efforts pour faire éclore des productions ambitieuses, la plateforme ne crée que rarement l’événement à l’échelle mondiale. Severance, Ted Lasso et Silo ne sont que des anomalies au sein d’un catalogue qui peine à se faire une place dans le panorama audiovisuel. Journal d’un Assasynth n’aura sans doute pas le même succès, mais peut déjà se féliciter de capter l’attention des amateurs de science-fiction et de comédies délurées.

Reste à voir si cela sera suffisant pour convaincre la plateforme de poursuivre sur cette lancée, avec Murderbot et d’autres univers futuristes. A priori, si succès il y a, Apple TV+ tient une série faite pour durer avec sept romans à adapter, et quelques arcs narratifs originaux à explorer. Mais les humains, qui sont idiots on le rappelle, sauront-ils donner à Murderbot sa chance ?
🟣 Pour ne manquer aucune news sur le Journal du Geek, suivez-nous sur Google et sur notre canal WhatsApp. Et si vous nous adorez, on a une newsletter tous les matins.