Passer au contenu

Les Sept Cadrans : on Cluedo-do devant l’actuel numéro 2 de Netflix ?

Avis aux amateurs de Whodunit, aux lecteurs d’Agatha Christie, Netflix adapte un nouveau roman de la reine du policier. On a jeté un coup d’œil au nouveau Cluedo de la plateforme américaine.

Netflix, dans le salon… avec la télécommande. Depuis quelques jours sur Netflix flotte un air de crime. Rien à voir avec le final controversé de Stranger Things, la plateforme s’est simplement penché sur la bibliographie de la reine du genre : Agatha Christie.

Les Sept Cadrans d’Agatha Christie est TOP 2 et on s’est dit qu’il était grand temps qu’on se penche sur cette minisérie qui titillait le fan de Miss Marple et Hercule Poirot qui sommeille en nous. Mais à l’heure où À couteaux tirés trucide la concurrence (désolée Kenneth Branagh), cette adaptation a-t-elle ce qu’il faut pour nous réveiller de notre léthargie hivernale ?

Direction 1925, au lendemain d’une guerre qui a laissé des stigmates en Europe. Lors d’une fête organisée par Lady Caterham, une farce tourne à l’horreur et un convive est retrouvé mort dans sa chambre. Si la piste du suicide est celle privilégiée par les enquêteurs, la jeune Bundle est persuadée qu’il s’agit en fait d’un meurtre. Avec son impeccable sens de la déduction et son courage inébranlable, elle se lance dans une enquête qui va changer le cours de sa vie.

Top 2 Netflix Janvier3
© Netflix

Comme une horloge suisse

Avec son contexte temporel autant que ses décors, Les Sept Cadrans a tout du “cosy mystery” parfait pour survivre à l’hiver. Son créateur, Chris Chibnall s’y connaît d’ailleurs plutôt bien en policier, puisqu’il a travaillé sur l’excellente Broadchurch pour la chaîne britannique ITV. Trop bien ? Dès les premiers instants, la série pose minutieusement les jalons de son mystère pour plonger le spectateur dans ce Cluedo grandeur nature.

S’inspirant du talent de Christie, le scénariste sait ménager ses effets et ne démérite pas dans la construction de son récit. Tout tombe à pic, fait mouche… avec la minutie d’un horloger. Tant et si bien qu’on se demande après le premier épisode ce que la série peut bien avoir à raconter que ses aînés n’ont pas encore dit, en particulier chez les adaptations de Christie.

On a la détective en herbe qui refuse d’accepter que la mort de son ami soit naturelle, le policier qui tente de calmer ses ardeurs et les compères — issus de l’aristocratie anglaise — qui se lancent à corps perdu dans cette chasse au meurtrier comme on fait une partie de cartes.

Top 2 Netflix Janvier4
© Netflix

Dans la forme comme le fond, Les Sept Cadrans ressemble à tout ce qu’on a déjà vu chez Hercule Poirot, Miss Marple ou encore Sherlock Holmes. La série va même jusqu’à convoquer John Watson pour jouer les contrepoids à l’actrice principale Mia McKenna-Bruce. Le duo qu’elle forme avec Martin Freeman fonctionne à merveille, bien aidé par un Edward Bluemel qui assure le versant comique de la proposition.

Rien à dire ici, la série soigne les détails jusque dans sa distribution. L’héroïne tire son épingle du jeu, McKenna-Bruce, que l’on avait adoré dans How To Have Sex met son énergie au profit de la comédie et de l’aventure, ne démérite pas face à une Helena Bonham Carter qui continue d’être fascinante. Sans en dire trop, une discussion mère-fille suffit à prouver que Mia McKenna-Bruce est une actrice qui mérite d’être suivie de près.

Top 2 Netflix Janvier
© Netflix

Réveiller les morts

Malgré le talent de la distribution, la série peine à exister au delà de ses personnages et de ses mystères. On aurait aimé que la réalisation s’amuse autant que la jeune Bundle quand elle mène son enquête, qu’elle ne se contente pas que de disposer ici et là des horloges et autres coucous. Pur produit Netflix, qui use et abuse des effets de la focale, la série ne parvient jamais à faire exister ses lieux. Pourtant, c’est précisément ce qui fait un “whodunit” réussi, l’importance des décors dans la construction du mystère. Que ce soit le château en ruines qui sert de résidence à Bundle et sa mère où la demeure d’un politique zélé, Les Sept Cadrans ne prend jamais le temps de soigner son ambiance. Bien qu’elle évolue durant les années folles, la série est tristement conventionnelle dans sa forme. Et son fond alors ?

Remettre les pendules à l’heure

Maintenant, la conclusion s’approche, on attend la traditionnelle scène explicative de l’enquêteur et on fait un constat doux-amer. On est fins limiers, on a déjà trouvé l’identité de l’assassin : le Colonel Moutarde, dans la salle de billard avec le chandelier… Pas d’immense surprise à l’horizon, la machine est plutôt bien huilée. Même sans avoir lu l’ouvrage dont la série s’inspire, la série n’est a priori pas un monstre de suspense.

Pourtant, c’est dans sa dernière demie-heure que Les Sept Cadrans va remettre les pendules à l’heure… de manière assez habile. Sans en dire trop, la série retourne le procédé narratif du roman pour évoquer la condition des femmes dans les années 20. Immédiatement, il n’est plus question de raconter une aristocratie qui craint une nouvelle guerre mais de faire de Bundle un symbole. C’est plutôt malin, la série enchaîne les twists et ne lésine pas sur l’action pour se démarquer du tout venant des “whodunit”. Une scène dans un train est d’ailleurs bien plus ludique que l’on aurait pu l’imaginer, elle vient réveiller le spectateur sur la dernière ligne droite.

Top 2 Netflix Janvier6
© Netflix

On aurait sans doute aimé que Les Sept Cadrans prenne plus le temps de construire ses retournements de situation, autrement que par les dialogues et un amoncellement de séquences explicatives. On passera aussi sous silence les quelques incohérences et facilités du récit. Avec un peu moins de trois heures au compteur, Les Sept Cadrans est une partie de Cluedo sympa…mais pas avec les plus grands esprits criminels au monde. On recommande pour un dimanche pluvieux au coin du feu. À éviter si vous voulez vraiment vous tirer les cheveux à résoudre une enquête. Pour la créativité et la mise en scène, autant que pour des mystères captivants, on se tournera plutôt vers Rian Johnson et sa trilogie À couteaux tirés.

🟣 Pour ne manquer aucune news sur le Journal du Geek, suivez-nous sur Google et sur notre canal WhatsApp. Et si vous nous adorez, on a une newsletter tous les matins.

Mode