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Critique À couteaux tirés 3 : Wake Up Dead Man, toujours la saga la plus pointue ?

On l’attendait comme le messie. Aussi proche de Noël, on en viendrait presque à se dire que le troisième volet de la saga À couteaux tirés est un cadeau du ciel. À une heure où le catalogue Netflix ne nous a pas ménagés (coucou The Electric State), Benoit Blanc nous délivre-t-il du mal ? Critique.

Trois années après avoir embarqué pour la Grèce, Benoit Blanc se rend en Nouvelle-Angleterre pour enquêter sur une affaire qui secoue une communauté religieuse. Monseigneur Wicks a été tué pendant la messe sans que personne ne voie quoi que ce soit. Le Révérend Duplencity fait appel au détective pour résoudre ce qui pourrait bien être le meurtre parfait… Une première défaite pour la légende ?

Rian Johnson nous a redonné la foi

Lorsqu’il a fait éclore son À couteaux tirés en 2019, le réalisateur ne s’attendait sans doute pas à signer le début d’un nouvel âge d’or du récit puzzle, genre popularisé par Agatha Christie dans les années 30.

Depuis que Benoit Blanc a mené sa première enquête au cinéma, la série Only Murders in the Building s’est amusée à réunir des vieillards et une jeune femme dans un hôtel particulier de New York. The Residence a exploré la Maison-Blanche aux côtés d’Uzo Aduba tandis que The Perfect Couple racontait un mariage entaché par la découverte d’un cadavre.

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© Netflix

Si Hercule Poirot a tenté un retour sous les traits et devant la caméra de Kenneth Branagh, c’est vraiment à Rian Johnson que le “murder mystery” doit sa résurrection.

Tant et si bien que chacune de les propositions du monsieur sont attendues de pied ferme par les adeptes du genre (nous). Johnson a la lourde tâche de faire honneur au genre autant qu’à sa propre réputation, mais se renouveler n’est pas chose aisée. C’est surtout vrai quand les spectateurs attendent tous les ingrédients qui font un bon Cluedo… et veulent être surpris de l’issue.

C’est là que Johnson rebat les cartes en annonçant son retournement de situation dès le titre. Dans Wake Up Dead Man — pas besoin d’avoir fait LV1 anglais pour comprendre — la victime n’est peut-être pas aussi morte qu’elle n’y paraît..

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© Netflix

Après tout, chez Johnson, il est souvent moins question de se faire des nœuds au cerveau que de faire une critique acerbe de l’Amérique de Donald Trump, des réseaux sociaux et du fanatisme.

La Sainte Trinité est réunie pour ce troisième volet. Il évolue autour d’une communauté construite sur la misogynie, la haine d’une femme “de petite vertu”. C’est une manière pour le récit de questionner la montée en puissance de la masculinité toxique, du puritanisme et surtout toute l’hypocrisie de ces mouvances. 

Il fait encore des miracles

Le premier film explorait l’idée selon laquelle l’échelle sociale est impossible à gravir, rejetait la méritocratie pour raconter comment les puissants finissent toujours par s’en sortir. Glass Onion transportait le détective à l’heure des théories du complot avec une caricature à peine déguisée d’Elon Musk. Wake Up Dead Man, lui, questionne notre rapport au divin, aux croyances ainsi qu’au bien et au mal…

C’est sans aucun doute le plus abouti de la saga, le pamphlet le plus efficace dans la forme comme le fond. Avec Monseigneur Wicks et ses adeptes, Johnson a un laboratoire d’expérimentations sociales pour interroger la manière dont les leaders naissent autant que l’hypocrisie de ses prédicateurs. À couteaux tirés 3 est une critique acerbe des institutions religieuses et leurs dérives que le récit vient contrebalancer avec le personnage de Josh O’Connor.

Wake Up Dead Man repose sur une recette que ses aînés ont déjà éprouvée, un doux agneau se retrouve bien malgré lui plongé au cœur d’une guerre pour l’argent, la vérité et le pouvoir. Comme Ana De Armas et Janelle Monae, O’Connor est la porte d’entrée de Benoit Blanc dans l’histoire, l’allié lavé de tous soupçons d’office.

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© Netflix

Presque comme la figure du spectateur lui-même, il assiste au bal des mensonges et des faux semblants avec Benoit Blanc comme guide. Le Britannique, vu dans Challengers, s’en sort avec les honneurs et navigue parfaitement dans cet océan de têtes plus connues que la sienne.

Il aurait pu être écrasé par une Glenn Close pas habituée à jouer les seconds couteaux, par un Josh Brolin effrayant de bout en bout ou encore un Andrew Scott hypnotique. Josh O’Connor maintient son cap et sa partition au point de presque éclipser Blanc et sa personnalité pourtant hypnotique.

Il offre un parfait contre-pied à Daniel Craig, toujours excellent dans le rôle. En opposant la foi profonde de l’homme d’Église à l’athéisme retors du détective, Johnson dispose judicieusement les pions de son histoire de meurtre qui n’en oublie pas d’être une histoire humaine.

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© Netflix

Plus que jamais, le scénariste ménage ses effets, tombe juste et délivre un récit qui touche du doigt le statut de sacré. Si les mécaniques de l’enquête sont moins surprenantes, ce n’est finalement pas vraiment pour ça qu’on voue un culte au réalisateur.

Beau comme un dieu

Une réussite narrative ne serait rien sans une enveloppe esthétique maîtrisée. Avec cette histoire qui touche au mystique, Rian Johnson réinvente son écrin et joue judicieusement avec la lumière.

Dans l’enceinte de l’église, le réalisateur s’amuse à métamorphoser son ambiance au gré des éléments narratifs. Le travail de Steve Yedlin à la photographie est somptueux, lui qui collabore avec Johnson depuis Brick en 2005.

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Ici, il a le loisir de prendre plus d’espace dans la forge de l’esthétique du film. C’est particulièrement vrai lorsque le film explore plus le fantastique. Un crâne dans une cuve d’acide, des effets stroboscopiques dans une forêt ou simplement des promenades nocturnes, Wake Up Dead Man réveille les amateurs de gothique qui sommeillent en nous.

Au terme des 2h20 de Wake Up Dead Man, on en vient à espérer que Rian Johnson ne tourne pas encore la page Benoit Blanc. On ne pensait pas dire ça un jour, mais on veut autant de suites que faire se peut.

En revanche, si l’on peut adresser une prière au patron Netflix, le grand écran sied définitivement plus aux propositions du genre. Comme Frankenstein, Wake Up Dead Man mérite le cinéma, le vrai et pendant longtemps.

Le confiner à nos téléviseurs, tablettes ou portables (faut pas faire ça) relève du sacrilège. À l’heure où Netflix veut s’emparer de Warner Bros, le dernier film de Johnson est le douloureux rappel d’une stratégie du N rouge qui renie l’importance des salles. La plateforme a péché par paresse, la paresse de se confronter au box-office.

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Notre avis

Miracle, Rian Johnson surpasse ses précédents films avec ce troisième À Couteaux tirés. Sa critique de la société américaine, sous le prisme du religieux et du sacré, gagne en pertinence. Avec la Nouvelle-Angleterre et un édifice centenaire en décor, Johnson délivre un “murder mystery” que l’on dévore avec gourmandise. Pointu.

L'avis du Journal du Geek :

Note : 9 / 10

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