“Week-end explosif”, “rebondissements inattendus”, “enquête haletante sur un meurtre atroce”… voilà ce qu’on a pu lire autour de la nouvelle série de Netflix, Sirens. De quoi nous donner envie de pousser au visionnage, d’autant qu’avec un casting composé de Julianne Moore, Meghann Fahy (The White Lotus justement), Milly Alcock (House of the Dragon) ou encore Kevin Bacon, on se dit que, sur le papier, la série peut aller taquiner sa consœur de chez Max. Et ce n’est pas sa présence dans le Top 10 de la plate-forme de streaming qui pourrait nous faire penser le contraire.
D’autant que la série est écrite par Molly Smith Metzler, à qui l’on doit la pièce Elemeno Pea, dont le show en est l’adaptation. Quand l’autrice s’occupe elle-même d’une nouvelle itération de son bébé, cela donne un petit gage de confiance supplémentaire. On vous dirait bien également que Sirens nous a été conseillée par une collègue, mais on n’a que peu confiance en ses goûts, donc ça ne compte pas.

De quoi parle Sirens ?
Ayant de plus en plus de mal à gérer seule la maladie dégénérative de son père, Devon (Meghann Fahy), une jeune femme paumée luttant contre ses addictions part à la recherche de sa petite sœur, Simone (Milly Alcock).
Celle-ci travaille désormais sur une île, au sein d’une villa luxueuse en tant qu’assistante personnelle de Michaela (Julianne Moore), la maîtresse des lieux. Devon pense rapidement que Simone est sous l’emprise de sa patronne et essaye de repartir avec elle. Mais Michaela semble exercer un mystérieux pouvoir d’attraction.

Est-ce qu’il faut regarder la série Netflix ?
Lorsque l’on parcourt les retours autour de Sirens, on voit que la série divise. Et les deux camps peuvent s’entendre. Il est vrai que le casting est particulièrement investi et que la somme des talents réunis est conséquente, y compris chez les seconds rôles. De même, l’idée de jouer avec le mythe des sirènes, au sens monstre antique du terme, pour au final, chercher à accoucher d’une morale féministe est intéressante. Quant à la satire sur la différence de classe sociale, elle n’a rien de neuf, toutefois, elle a le mérite d’être amusante par moment. Voilà, de notre côté, on arrêtera là pour les compliments, place au sel.
Pourquoi Sirens ne sera jamais The White Lotus ? Parce que, même si les ingrédients sont bons pris séparément, la cheffe cuisinière n’a aucune idée du plat qu’elle est en train de préparer. Pas facile de passer d’une pièce de théâtre à une série de cinq épisodes d’une heure, surtout quand le cœur du sujet se cache uniquement dans le dernier épisode. La moitié de la série passée, on ne savait toujours pas où voulait nous emmener l’histoire et le sentiment prédominant était que l’histoire non plus. Était-ce un récit fantastique ? On comprend très vite que non. Un thriller ? Non plus. Une comédie ? Toujours pas. Le récit tente chaque approche puis passe à une autre comme un cheveu sur la soupe. C’est très long, très lent et on lutte pour continuer le visionnage. À part sur quelques élans, on s’ennuie ferme.
Et non seulement les genres ne se mélangent pas ou mal, mais chacun est traité sans aucune subtilité. Quand les séquences comiques arrivent, elles jouent tellement la carte parodique qu’on a la sensation d’être dans un autre show, puis, sans prévenir, on repasse à une scène beaucoup plus dramatique. Le versant mythologique ? Si les événements peuvent prêter à interprétation, les chants en fond sonore toutes les cinq minutes et l’imagerie du songe bien appuyée alourdissent inutilement l’ensemble. En fait, on est face à une production qui veut tout faire, trop faire, tout en n’ayant jamais le talent de ses ambitions.

C’est ce qu’on retient de Sirens. Des couches sur des couches sur des couches. Une série qui veut aborder toutes ses idées sur un pied d’égalité sans aucun recul ni tri, et mélangeant l’ensemble avec une platitude crasse. Les dialogues sont fades, les rebondissements tellement convenus qu’on ne sait pas si on est dans un téléfilm de Noël ou Les Feux de l’Amour, et l’écriture des personnages dessert complètement le propos.
Parce que oui, il convient d’aborder ce dernier point. Sirens est aussi féministe que Rambo 2. Nos trois protagonistes sont imbuvables chacune à leur manière, présentées la majorité du temps comme des manipulatrices castratrices, seulement excusées par un passé difficile. Les hommes ? De simples victimes des clichés. La morale finale aurait pu changer cet état de fait si la série n’avait pas passé son temps à mettre nos “héroïnes” en opposition, voire en compétition. Faut-il y voir des femmes abusées par le patriarcat et les diktats de beauté ou des adversaires en quête de pouvoir ? En tardant à prendre position, la série renonce finalement à choisir. Et c’est déjà faire un choix.
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