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Climat : l’humanité en état d’alerte rouge selon le dernier rapport du Giec

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Le groupe d’experts intergouvernemental vient de livrer le premier volet de son sixième rapport sur l’évolution du climat. Voici un récapitulatif des éléments clé du rapport pour comprendre toutes les implications de ces travaux aussi inquiétants qu’importants.

Récemment, la fuite d’un document de travail du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) avait fait grand bruit, à cause des conclusions très inquiétantes qu’il renfermait. Il ne s’agissait cependant que d’un prérapport; le premier volet du document final, lui, a été publié ce matin.

Il s’agit d’un gigantesque rapport, peaufiné par des centaines de scientifiques spécialisés, avec des dizaines de milliers de contributions de leurs pairs. Et sans surprise, le tableau dressé par les experts est terrifiant : l’humanité est plus que jamais en état d’ “alerte rouge”, selon António Guterres, le secrétaire général de l’ONU.

L’objectif des 1,5°C probablement hors de portée

Premier point d’inquiétude : l’amplitude du réchauffement climatique. Les accords de Paris stipulent que son augmentation devrait idéalement être contenue sous les 1,5°C. Mais d’après les experts, cet objectif semble désormais presque irréaliste. Aujourd’hui, les températures moyennes ont déjà augmenté d’environ 1,2°C depuis l’époque préindustrielle. Et apparemment, la tendance serait tout aussi inquiétante que le chiffre brut, puisque cette hausse de la température continue d’accélérer.

Dans toutes les modélisations, la barrière symbolique des 1,5°C sera franchie au plus tard d’ici une dizaine d’années. Le scénario le plus optimiste suggère qu’il serait tout de même possible d’inverser la tendance, à condition de mettre à disposition 100% des moyens possibles et imaginables, et ce immédiatement. Mais même dans ce scénario utopique, ce chiffre retomberait péniblement autour des 1,4°C… et pas avant 2100.

Si nos émissions de gaz à effet de serre ne sont pas réduites de façon drastique, le monde semble plutôt se diriger vers une augmentation de 3°C, 4°C, voire même 5°C d’ici la fin du siècle.

Notre marge de manœuvre diminue à vue d’œil

D’après le rapport, depuis une soixantaine d’années, les sols et les océans ont absorbé environ 56% du CO2 émis par les activités humaines. Une quantité suffisante pour atténuer les effets de ces émissions, et qui nous offre une certaine marge de manœuvre. En revanche, cette dernière s’amenuise à vue d’œil; le rapport explique que ces puits de carbone devenaient de moins en moins performants avec l’augmentation des émissions. Le GIEC estime avec une que cela se traduira bientôt par une plus grande proportion de CO2 qui restera piégée dans l’atmosphère, où elle participera directement au réchauffement climatique.

En nous privant de notre pare-soleil naturel, la fonte des glaces est l’une des principales causes du déséquilibre énergétique de la Terre. © cocoparisienne – Pixabay

Les eaux grimpent toujours plus vite et toujours plus haut

Depuis 1900, le niveau des océans a grimpé d’environ 20cm en moyenne. Mais surtout, la vitesse de cette montée des eaux a triplé en à peine dix ans. Même dans un scénario généreusement optimiste où le réchauffement serait limité à 2°C, le niveau de l’océan grimperait d’ un mètre d’ici 2100, pour atteindre presque deux mètres en 2300. Mais d’autres se veulent encore plus pessimistes; à cause du rythme de fonte des calottes glaciaires, les experts expliquent qu’ils “ne peuvent pas exclure” que le niveau augmente de deux mètres d’ici 2100. Ces phénomènes sont dus en grande partie à la fonte des glaces en Antarctique et au Groenland, qui ont désormais supplanté la fonte des glaciers en tant que première source de montée des eaux.

Le spectre de terrifiants points de bascule

Cette fonte des glaces fait resurgir le spectre de gigantesques points de bascule. Il s’agit d’événements qui constituent le début d’un cercle vicieux aux proportions dantesques, qui rendraient la situation ingérable, au point d’en devenir complètement irréversible. La calotte glaciaire en est un bon exemple. Elle joue un rôle fondamental pour notre planète, en réfléchissant une partie du rayonnement solaire qui vient la réchauffer. Mais le réchauffement atmosphérique fait fondre cette surface, qui ne peut donc plus en réfléchir autant. La Terre absorbe donc davantage d’énergie, qui va à terme participer à la fonte des glaces… et ainsi de suite.

Un tel cercle vicieux serait extrêmement difficile à inverser. Et le souci, c’est que la fonte de l’Antarctique et du Groenland n’est pas le seul point de bascule critique de ce type. Parmi ces événements, on peut citer la fonte du pergélisol, l’extinction des biomes, ou encore les changements de diverses circulations climatiques (bouleversement des moussons, ralentissement du gulf-stream et de la circulation thermohaline de l’océan… ).

D’après Valérie Masson-Delmotte, climatologue et coprésidente du groupe à l’origine de ce rapport,le mal est même déjà irrémédiable dans certains cas. “Certains des changements déjà amorcés, comme l’élévation continue du niveau de la mer ou l’acidification des couches profondes de l’océan sont irréversibles sur des centaines, voire des milliers d’années”.

La circulation thermohaline est indispensable à bien des égards, notamment dans la redistribution de la chaleur terrestre. © WikiCommons

Le GIEC sûr de son fait

La climatologie est une science très largement basée sur des modélisations. Cela signifie qu’il y aura toujours, par définition, une part d’incertitude qui est très importante dans l’interprétation de ces rapports. Et à la lecture de ce rapport, ce qui saute aux yeux, c’est que les experts affichent un niveau de confiance “élevé pour une grande partie de leurs résultats, notamment certains des plus importants. A l’inverse, très peu de résultats sont annotés de la mention “low confidence”, et ceux qui le sont relèvent généralement de cas de niche.

Par rapport à son rapport précédent, qui datait de 2013, le Giec a donc encore affiné ses prédictions. L’institution a plus confiance que jamais en ses modèles, ce qui lui permet désormais de trancher sur certaines questions. Elle estime par exemple que “le rôle de l’influence humaine sur le système climatique est indiscutable”. En 2013, elle utilisait encore le terme d’”extrêmement probable, à 95%” .

Sortir de la léthargie

S’ils se gardent bien de crier à la fin du monde, les conclusions des scientifiques du Giec se veulent toutefois sensiblement plus pressantes qu’auparavant. Pour Patricia Espinosa, secrétaire exécutive de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, “cette tâche qui était urgente auparavant est désormais cruciale”. Une phrase qui résume bien l’ensemble du rapport; à force de procrastiner sur cette question centrale, nous nous rapprochons de plus en plus des fameux points de bascule, qui constituerait un “game over” en bonne et due forme pour l’écosystème tel qu’on le connaît.

Les engagements à long terme doivent s’accompagner d’actions immédiates, pour démarrer la décennie de transformation dont les gens et la planète ont si désespérément besoin.António Guterres.

Enfin, le Giec et les Nations Unies pointent directement du doigt la responsabilité des décideurs politiques, qui doivent absolument contraindre les responsables à rentrer dans les rangs. 2021 sera donc une “année charnière”, durant laquelle “les décideurs devront joindre le geste à la parole”, explique António Guterres.

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