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Les 4 Fantastiques : les anciens films sont-ils si nuls que ça ?

À l’occasion de la sortie des 4 Fantastiques : Premiers pas, on revoit les anciens films pour distribuer les bons et les (très) mauvais points.

Marvel accueille enfin sa “première famille” au sein de son immense franchise. C’est ce qu’attendaient les spectateurs depuis le rachat de la Fox en 2019, quand Kevin Feige a récupéré le contrôle de ses héros les plus emblématiques sur papier glacé. Les X-men et les 4 Fantastiques rentraient au bercail après avoir été exploités par le studio au travers de plusieurs adaptations plus ou moins réussies.

Les mutants du Professeur Xavier sont parvenus à laisser leur empreinte sur la culture populaire. Jusqu’en 2020, la franchise restait active tandis que Les 4 Fantastiques n’avait plus profité d’une adaptation depuis 2015 et la catastrophe industrielle réalisée par Josh Trank.

Le film de Matt Shakman est donc attendu autant qu’il est redouté, en ça qu’il doit s’illustrer comme la vraie bonne adaptation des comics emblématiques de Jack Kirby et Stan Lee. S’il faut se rendre dans les salles obscures pour en avoir le cœur net, on a revu les trois films en se posant une question : Est-ce que c’était vraiment si catastrophique que ça ?

Les 4 Fantastiques et Les 4 Fantastiques et le Surfeur d’Argent (2005 – 2007)

À la fin des années 90, la 20th Century Fox veut faire feu de tout bois sur les super héros. Quelques années plus tôt, un film Les 4 Fantastiques a été produit sous l’égide du producteur allemand Bernd Eichinger. Il a obtenu les droits d’adaptation pour la modique somme de 250 000 dollars selon les estimations et espère faire éclore un énorme succès au cinéma.

Mais le projet patine et, en 1992, le producteur est approché par Roger Corman avec l’idée de faire une telle adaptation pour 5 millions de dollars afin de conserver les droits. Finalement, le projet bénéficie d’un petit million pour immortaliser les héros. Le tournage a lieu, une bande-annonce est montrée au cinéma et la tournée promotionnelle débute quand la machine s’arrête soudainement. Le film ne sera jamais montré, il a été jugé trop mauvais.

Un an plus tard, la Fox lance sa propre adaptation. Chris Columbus est recruté pour faire éclore ce projet qui doit redéfinir le film de superhéros sur le grand écran. Le réalisateur de Maman, j’ai raté l’avion, va néanmoins abandonner le navire pour laisser sa place à Peter Segal puis Sam Weisman.

De nombreux metteurs en scène se succéderont, de Peyton Reed (Ant-man) à Sean Astin (Le Seigneur des anneaux). C’est finalement Tim Story qui permettra au projet de se concrétiser, avec Chris Columbus à la production.

Les 4 Fantastiques 2000

L’histoire reprend les origines du quatuor en racontant comment, après un voyage vers l’espace, les héros ont été exposés aux rayons cosmiques et ont développé des pouvoirs extraordinaires. Ioan Gruffudd est Mister Fantastic, Jessica Alba est la Femme invisible, tandis que Chris Evans et Michael Chiklis sont respectivement La Torche humaine et La Chose.

À sa sortie, le film est largement renié par une partie du public. Humour potache, voire lourdingue, effets visuels douteux et une approche trop différente de celles des comics, le film obtient un B sur CinemaScore. Après l’échec du film de 2015, il remontera néanmoins un peu dans l’estime des spectateurs.

Pourquoi c’est bien

Dès les premiers instants, Les 4 Fantastiques s’illustre par son ludisme. Tandis que bien des métrages se seraient contentés de présenter brièvement les pouvoirs étranges des héros, le film de Tim Story s’attarde à montrer la manière dont ils interagissent avec leur environnement.

C’est particulièrement vrai concernant La Chose et Mister Fantastic, dont les particularités sont explorées en détail. On montre Ben Grimm éprouvant des difficultés à utiliser les objets du fait de sa morphologie, comme avec une cabine téléphonique. La scène du pont illustre aussi très bien la force du personnage. Ses pieds détruisent le goudron alors qu’il tente de retenir un camion de pompier qui s’apprête à sombrer dans le vide, c’est efficace.

Les 4 Fantastiques 2000. 2

Pour Reed Richards, c’est bien simple, le film convoque les effets visuels les plus amusants autour de ses pouvoirs. Il utilise son élasticité pour entourer ses adversaires, pour ouvrir une porte fermée en passant par un interstice. Dans le deuxième film, son anxiété prend forme lorsque, avant son mariage avec Susan, il se liquéfie…littéralement. Même la scène de la confrontation avec Fatalis est réussie, quand le rival scientifique de Richards s’amuse à donner un cours de science sur les propriétés de la gomme.

Plus largement, et même si une telle réinvention à faire grincer quelques dents, le choix de faire de Fatalis un des membres de l’équipage exposés aux radiations cosmiques permet au film de donner tout son sens au conflit entre l’équipe et l’homme d’affaires. Il jalouse Richards qui est acclamé pour ses pouvoirs, perd Susan et finit par être rongé par sa mutation et sa soif irrépressible de pouvoir.

Alors oui c’est souvent kitch et parfois très lourdingue, surtout pour les répliques de Johnny Storm, mais c’est finalement plutôt efficace. L’alchimie entre les personnges est palpable (Johnny et La Chose, un peu moins pour Sue et Reed). Les “catchphrases” sont souvent marrantes, un film de superhéros comme on n’en fait plus et qui s’impose comme un plaisir coupable. À moins que ce ne soit la nostalgie qui parle ?

Pourquoi c’est aussi un peu nul

Si on ne cache pas le plaisir pris à la redécouverte de ce film qui a bercé bien des enfances, il existe tout de même quelques éléments qui font grincer nos dents d’adultes majeurs et vaccinés… Premier impair et sans doute le plus important : le maquillage de Jessica Alba.

Pour coller à l’apparence de l’héroïne dans les comics, l’actrice a été invitée à porter des lentilles bleues et une perruque blonde. En plus d’avoir gommé les origines latines de l’actrice, le film ne délaisse jamais son “male gaze” pour en faire un personnage que l’on regarde plutôt qu’un qui prend part à l’action. Un regard sur l’affiche de l’époque ou la scène du pont suffit à illustrer le traitement douteux dont elle a profité. On peut tout de même souligner quelques jolies scènes, comme lorsqu’elle traduit le jargon scientifique de Reed à Ben ou qu’elle est la seule à essayer de comprendre le Surfeur d’argent et ses motivations.

En parlant de l’antagoniste dont le développement ne manque pas d’intérêt, le deuxième film rate complètement son grand final. Alors que les fans espéraient voir Galactus s’emparer de la Planète bleue et la dominer de toute sa hauteur, il aura fallu se contenter d’une entité gigantesque prenant la forme d’un voile brumeux qui recouvre le monde. Une véritable déception quand on sait que sa physionomie dans les comics est particulièrement intéressante. Il peut adapter sa taille à l’envie et est consumé par un appétit vorace que rien ne peut arrêter. Le deuxième film repose sur un concept aussi brumeux que son final… Dommage.

Les 4 Fantastiques (2015)

En 2009, lorgnant le succès d’un MCU naissant, la 20th Century Studios mise sur un redémarrage de la licence Les 4 Fantastiques. Si un troisième film réalisé par Tim Story a un temps été envisagé, la réception critique décevante et des scores au box-office qui l’étaient tout autant ont poussé le studio à revoir ses plans. En 2009, Akiva Goldsman (I,Robot et Je suis une légende) est embauché comme producteur tandis que Michael Green doit écrire le scénario. Mais ce projet ne verra jamais le jour et ce sont Josh Trank et Jeremy Slater qui sont conviés à prendre leur suite.

Jeremy Slater, qui aura plus tard l’occasion de s’emparer de Moon Knight sur Disney+, a imaginé une histoire où Fatalis est le héraut de Galactus et devient dictature de Latvérie. Le scénariste dira plus tard s’être inspiré d’Avengers tandis que Josh Trank ne l’entendait pas de cette oreille. C’est finalement à partir d’un scénario de Simon Kinberg et quelques idées de Jeremy Slater que ce reboot avancera.

Les 4 Fantastiques 2015
On a un coeur de pierre ?

Miles Teller, Kate Mara, Michael B.Jordan et Jamie Bell sont recrutés pour incarner les trois personnages, tandis que Toby Kebbell est annoncé dans le rôle de Fatalis. Le choix de Michael B. Jordan et Reg E. Cathey pour les rôles de Johnny et Franklin Storm entraîne une levée de boucliers chez les fans. En coulisses, le metteur en scène a lui aussi dû se confronter à de sérieuses réticences alors qu’il envisageait de confier le rôle de Susan Storm à une actrice noire. Le metteur en scène a expliqué vouloir représenter de manière plus fidèle la démographie américaine. Une histoire d’adoption sera alors inventée pour expliquer la couleur de peau de la Femme invisible au regard de celle de son paternel.

Le film retrace les origines de la fine équipe, en réinventant quelque peu la mythologie. Après une séquence d’ouverture consacrée à l’enfance de Richards et Grimm, et en particulier sa machine capable de téléporter des objets, il est question pour le scientifique d’être mobilisé par un projet sur le voyage entre les dimensions. C’est lors du premier voyage habité par des humains que Sue, Reed, Ben et Johnny obtiennent leurs pouvoirs. Victor, qui fait aussi partie de l’équipe, reste quant à lui coincé dans un monde lointain et hostile avant de réapparaître des mois plus tard en Docteur Fatalis.

Pourquoi c’est très nul

Pour à peu près tout. Construire une dynamique de groupe qui fonctionne ? Non. Faire des héros attachants ? Non. Offrir du grand spectacle ? Toujours pas. En enfermant ses personnages dans les entrailles d’un laboratoire grisâtre, en confinant l’ultime combat à une planète lointaine et moche, Les 4 Fantastiques fait l’effet d’un pétard mouillé. Pourtant, certains ingrédients étaient là.

L’idée d’épaissir le personnage de Ben était plutôt maligne. En filmant sa rencontre avec Reed autant qu’un environnement familial violent, Josh Trank tenait une opportunité en or d’appuyer sur la tragédie que représente sa transformation. De la même manière, l’abandon de Reed Richards au milieu du métrage aurait dû avoir des conséquences désastreuses sur la formation d’une équipe solide. Même la mort de Franklin Richards tombe à plat et son ultime réplique sonne comme un ultime impairs pour ce scénario qui préfère faire avancer ses enjeux au moyen de réplique plutôt que de les faire prendre vie devant la caméra.

Les 4 Fantastiques 2015 2
Oh que c’est moche…

Le film ne se laisse jamais le temps de donner corps à ses idées, étant trop occupé à cocher les cases d’un cahier des charges plus long que le bras de Mister Fantastic à son maximum. Résultat, on s’ennuie ferme. Même Fatalis est raté, alors que l’antagoniste compte parmi les plus passionnants de la mythologie Marvel. Heureusement, le studio n’a pas donné suite à cette aventure faute de recettes suffisantes. 167 millions de dollars alors que The Avengers avait dépassé le milliard trois ans plus tôt chez Marvel Studios… Ça pique.

Reste à voir maintenant si la copie de Matt Shakman parviendra à faire mieux et si les héros campés par Pedro Pascal, Vanessa Kirby, Joseph Quinn et Ebon Moss-Bachrach deviendront les coqueluches des spectateurs. Ils sont déjà promis à de grandes choses puisqu’ils doivent être à l’épicentre du prochain film Avengers réalisé par les frères Russo. Un traitement dont n’ont pas pu profiter leurs prédécesseurs, confinés aux rayons des adaptations de comics au mieux décevantes au pire carrément ratées. Marvel semble y croire cette fois, nous aussi ? 

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