Dossier

Nihon, go ! Épisode 4 : Que manger au Japon ?

culture geek

Par Benjamin Benoit le

Plein de choses délicieuses, puis votre PEL. Du konbini au plat de sushi, notre intrépide reporter s’est sacrifié pour essayer tous les plats typiques du Japon.

De passage dans le Kansai (ici à Osaka) pourquoi ne pas tenter le fameux boeuf de Kobe ? Ce n’est pas indispensable.

Un peu de contexte. Votre serviteur n’est pas du tout un grand mangeur et n’a pas le goût de la bonne chère. Mais quand une épiphanie culinaire arrive, vous en entendrez parler toute la décennie suivante. Le Japon n’est-il pas le pays idéal pour vivre des petites expériences culinaires à raconter ? Oui, assurément. On restera dans le superficiel, mais voici quelques obligations, vous affinerez de vous-mêmes après.

Nos précédents épisodes Nihon, Go ! pour bien profiter de son voyage au Japon :

Le konbini, l’ami pour la vie

Appelez-les Conbini ou Konbini, où appelez-les directement par leurs petits noms : Seven Eleven, Family Mart ou Lawson. Les supérettes japonaises sont partout, du moment que vous n’êtes pas en rase campagne ou sur un endroit demandant de prendre un ferry. Où que vous soyez, il y a un konbini dans les deux cents mètres. « Mais Benji, pourquoi nous recommander de la bouffe de supérette ? Pourquoi ce paragraphe est-il le plus gros de l’article ? Tu veux qu’on ne mange que des sandwiches dégueus au Japon ? Tu es fou ! »

Regarder cette photo me donne instantanément envie de tout plaquer pour vivre au Japon et manger exclusivement dans des konbinis.

Eh non, je ne suis pas fou. Bien sûr qu’il y a toujours un bon restaurant pas trop cher sur lequel faire une découverte qui sort davantage des sentiers battus. Mais le konbini, c’est l’amour au quotidien, c’est le « irashaimasse !!! » d’un lycéen qui se fait de l’argent de poche, et c’est surtout un peu plus que de la nourriture de dépannage au quotidien. Aux antipodes d’un sandwich club Casino (la pire horreur qu’il soit possible de mettre dans sa bouche en France), votre « nourriture de secours » du quotidien est aussi un délice de tous les instants, au moins jusqu’à que l’habitude remplace l’effet de nouveauté. Sandwichs fins et délicats (et leurs bonnes sauces, mmh !) mais aussi une foultitude de bentos contenant veaux, vaches, cochons, mais surtout currys, sushi (pas très fréquemment) les fameux onigiris-boulettes-fourrées-de-riz et petits plats plus qu’acceptables.

L’eki bento, le “panier-repas de gare” à manger dans un Shinkansen, était le fantasme d’une vie. Tout sec, il avait en fait le goût de la DÉCEPTION.

Ajoutez à ça des desserts addictifs de boulange (ce croissant au chocolat chez Lawson, ouloulou !), des confiseries, et une pelletée de boissons… tout ceci n’est pas très cher, la tentation de tout acheter est grande à toute heure puisque la propriété numéro un d’un konbini est d’être ouverte 24/7. Alors, soyez sympas avec les employés, merci pour eux. Et n’oubliez pas les poignées de mains secrètes et autres services qu’offrent ces établissements : librairie (on y achète le fameux Shonen Jump), réchauffages… besoin d’une chemise en urgence ? Le konbini peut peut-être aider. Les konbinis sont vos amis pour la vie, et autant vous prévenir, ils me manquent au quotidien. L’établissement nommé « Seven-Eleven » le plus proche de chez moi est un bar à chichas. La déprime.

L’Izakaya, l’autre ami pour la vie

Le meilleur des quinze mondes tient dans ce « format » de restaurant, que vous trouverez un peu partout, notamment dans le fameux Golden Gai de Shinjuku, l’un des plus beaux endroits que vous verrez à Tokyo, mais où il ne sera pas facile de se faire une place. Un Izakaya est le « bar/brasserie » local où l’on vient picoler pour se socialiser entre collègues, composante nécessaire du travail de bureau au Japon. On y mange et on y boit bien, et on peut y repartir avec la cravate sur la tête, parce que c’est comme ça qu’on est ivre au Japon. Grand, petit, cozy, confortable, collectif, pour les étrangers, confidentiels, il y en a de tous types et tous fonctionnent de la même manière. On vous y installe, vous choisissez tous ce que vous voulez dans une carte normalement bien fournie, vous appuyez sur le petit bouton de votre table et badaboum ! On commande, on mange, on savoure.

Soirée izakaya ? Meilleure soirée.

L’occasion de découvrir des milliers de nouvelles façons de manger de la volaille : les organes, le cou, la peau, le coeur, tout ça en brochettes. Du poulet épicé. Croustillant. Le plus savoureux que vous mangerez jamais. Des boulettes Tsukune avec un jaune d’oeuf, trois fois meilleures que chez votre Japonais du coin. Bientôt, les petites assiettes affluent sur la tablée, et aucune ne devrait dépasser les 700-800 yens. Bien sûr, c’est aussi l’occasion de goûter des shochu, nature ou mélangés avec des sodas ou des jus de fruits. Bières et sakés (il faut aimer, ce n’est pas très éloigné d’un vin blanc) sont aussi de la partie. Une fois la peau du ventre bien tendue, on doit payer d’un coup, et les convives donnent tous leur part à la personne qui s’occupe de la douloureuse.

Tonkatsu Gori Buta à Kyoto : des viandes panées en tous genres (et une grosse crevette).

Une recommandation ? J’ai passé un fort bon moment ici. Allez au neuvième étage, et la magie s’accomplit.

La voie du ramen

Sauvez-vous la vie. Mangez un ramen. Mangez-en plein. En presque trois semaines, je n’ai englouti QU’UN SEUL RAMEN. Allô la police ? C’est pour me rendre. J’ai pêché. C’était idiot. Mais il m’a sauvé les miches. Physiquement au bout de moi-même après une journée de vadrouille, le seul truc ouvert était un boui-boui en plein quartier de Yanaka (coin que l’intégralité du monde vous conseillera, à raison) qui cuisine le fameux sésame. Un bouillon de longues pâtes à la viande et aux légumes, dont les ingrédients sont largement modulables. Un ramen va très bien avec votre future drogue : un oeuf bien mollet. Un délice à chaque bouchée, et l’un des plats les plus roboratifs dans un pays toujours précautionneux de livrer un bol à la taille idéale pour ne juste plus avoir faim. Pas idéal en pleine chaleur humide mais une étape indispensablissime d’un voyage au Japon.

Ce bol de ramens m’a sauvé la vie. LA VIE !

Pour commander ? Généralement, tout se fait avec un distributeur à l’entrée, donnez vos tickets au comptoir, et regardez la carte en amont pour comprendre quoi correspond à tel chiffre. Vous pouvez peut-être manger un ramen pas loin de chez vous si vous habitez dans une grande ville. Il y a, par exemple, quelques adresses parisiennes à Pyramides. Mais rien ne vaudra jamais l’original !

Une montagne de sushis

Si vous voulez dépasser l’expérience « manger des bons sushis ailleurs que dans un konbini », autant faire la totale et tenter un restaurant « tapis roulant ». Souvent familial, rempli d’employés qui viennent se détendre après le travail (et il y aura toujours quelqu’un qui parlera votre langue), c’est une manière amusante et à la carte de consommer du poisson cru. C’est simple : devant vous, un tapis roulant avec des mets préparés devant vous. La couleur de l’assiette détermine son prix, et votre pile d’assiettes vides sera un rappel de l’addition finale. Tout ça est expliqué sur un menu que vous n’aurez, fondamentalement, pas trop besoin de comprendre. À tout moment, vous pouvez aussi réclamer un élément, une boisson, quelque chose que vous ne voyez pas tourner. On m’a conseillé « l’expérience du thon » : le normal, le mi-gras, et le gras, qui ressemble à un morceau de bidoche à mastiquer. C’est quelque chose. Si vous êtes aventureux, vous pourrez tester plein de nouvelles choses, le pire risque étant de vous retrouver avec quelque chose d’un peu trop caoutchouteux en bouche.

L’équation est simple en mangeant des sushis-tapis roulant : la pile d’assiettes monte, l’addition aussi…

Pause fast-food

Je peux vous assurer d’une chose : malgré toute bonne volonté, vos envies d’éclectisme, de découvertes, de dépaysement et de bidules raffinés, vous en reviendrez bientôt à une bonne grosse fringale de gras et de burgers. Bien sûr, faites-le une fois ou deux, les produits spécifiques au Japon sont intéressants et permettent de continuer à découvrir des saveurs. Même au Macdo – le Japon est le deuxième consommateur mondial de la chaîne – vous pourrez tenter quelques trucs. Mais sincèrement, ce n’est pas le meilleur endroit au monde pour manger de bons burgers et vous le savez très bien. Pourquoi ne pas tenter un petit Mos Burger ? Fondée en 1972, acronyme de « Mountains, Ocean & Sun », cette enseigne très présente en Extrême-Orient propose des produits originaux, comme l’Umami Burger, qui vous permettra de toucher du doigt la fameuse cinquième saveur. Attention, entre le « subtil » et le « fade », la ligne est très fine. Le Japon peut aussi être l’occasion de tenter un repas chez Wendy’s, Lotteria ou Mister Donut.

Un plateau au Wendy’s de Shibuya. Petites parts idéales, thé glacé bien moins sucré, moutarde obligatoire pour des saveurs moins prononcées.

D’autres objets au menu

Les listes à puces ont une place très importante dans cette saga d’été, en voici une autre.

  • Vous avez vu les takoyakis, les boulettes de poulpe, partout dans 20 000 animes et séries de fiction. Souvent dans un festival, toujours vendu dans une petite échoppe ou au détour d’un stand. Ayant tenté l’aventure, j’ai trouvé ça trop gros, trop chaud, trop épicé et trop gras. Le reste de ma vie se fera sans takoyakis.
  • Spécialité locale à Hiroshima (mais comestibles partout, hein) n’oubliez pas les okonomiyakis, sorte d’omelette de légumes qu’on croque au fur et à mesure de sa cuisson, cuisson qui se fait devant vos yeux ébahis et grillés. C’est très bon, attention à la sauce choisie. Si vous n’êtes pas fan de sauce barbecue, le goût peut être similaire.
L’indispensable okonomiyaki dans toute sa splendeur.
  • Le Japon est la maison de quelques légumes rares et exotiques. Vous n’aurez probablement pas beaucoup de temps pour eux. Ces deux lignes leur sont dédiées.
  • Un bon curry. Avec ce que vous aimez dedans. Un Tonkatsu Curry. Tentez la Tonkatsu Curry Experience au porc pané.
  • Tout ceci s’arrose de bières locales, de Ginger Ale, de jus d’orange en pagaille, et des dizaines de boissons que vous trouverez dans le milliard de distributeurs du pays. Attention, certaines sont particulièrement infectes – et cherchent plus à reproduire le goût du Fervex qu’à désaltérer. Définitivement, le Japon n’est pas le pays du bon jus de fruits.
Cette bière est absolument exceptionnelle !
  • Et bien sûr : des crêpes partout, des pancakes à la pâte de haricot rouge, des nouilles soba, des petits mochis gluants, du pain melon… et mille autres choses à découvrir. À vous !

Hommage au Tapioca dégueu

Vivre une belle expérience à Kyoto sur les bords de la rivière Kamo ? Génial ! Mais hélas, je suis tombé sur la seule mauvaise expérience de mon séjour, qui ne s’avérait même pas être un attrape-touriste tant que ça. Des plats interminables et pas super locaux, tentant de singer la gastronomie occidentale, avec pour grand final un bol de vide, presque littéralement. Honte à toi, tapioca dégueu ! Et gloire à tout le reste !