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Prise en main d’Apple CarPlay Ultra dans une Aston Martin DBX707

Aston Martin est le premier constructeur à intégrer à ses autos CarPlay Ultra, la version étendue du système automobile d’Apple. Et c’est dans le DBX707 l’un des SUV les plus énervés et prestigieux du marché que nous avons pu essayer la nouvelle interface et une partie de ses options.

Il y a des jours ensoleillés normaux et ceux pendant lesquels vous conduisez un véhicule de rêve de 707 ch, tout en essayant le nouvel Apple CarPlay Ultra. Mais si la voiture touche l’exceptionnel, le système, lui, se cherche encore. Pour comprendre, nous allons revenir un chouïa en arrière, puis expliquer l’intérêt et les limites de de cette version étendue du logiciel automobile d’Apple.

Cartes routières, GPS et smartphones pendants

Fin de la guerre (oui « un peu » en arrière), la voiture se démocratise. Symbole de liberté, elle est le moyen de voyager et de draguer. Parfois l’un avant l’autre. C’est tout un écosystème qui s’est déployé autour d’elle, allant du trajet à la musique. D’ailleurs, les stations de ski sont un pur produit lié à l’automobile. Elles ont été une raison de voyager en hiver. Malin ! Donc il y a eu les cartes Michelin, les mauvaises indications de Michel, et cet objet magique, le GPS, utilisant une triangulation par satellite pour guider les gens.

Estuaire Seine Carte Michelin 1947 A1
Vous êtes (quelque part) ici ©Wikimedia Commons

Puis le smartphone est arrivé. Version mutante polymorphe et ultra musclée du téléphone, il a tout absorbé, de l’appareil photo au lecteur MP3, en passant par ce fameux GPS, tuant la poule aux œufs d’or des constructeurs auto : la fameuse mise à jour payante de la cartographie (en plus d’une option perfectible).

Nokia N95 Running Tomtom Navigator 2
Le Nokia N95 et son GPS intégré Here Maps. ©Wikimedia Commons

Ce fut Nokia qui a déployé en premier une cartographie, doublée d’un logiciel de guidage. Nommé Here Maps, il a été précurseur en modélisation de bâtiments en 3D et en indications ultra réalistes pour aider les plus nuls en guidage GPS. D’ailleurs, cette solution a été rachetée par des constructeurs automobiles. C’est ainsi que presque du jour au lendemain, les téléphones arboraient les pare-brise des automobiles dans la circulation, valsant à chaque dos d’âne pris avec un peu trop de véhémence.

Le tour de passe-passe de la « premiumisation »

Très vite, les constructeurs comprennent que leur GPS maison n’est plus utile. Ce qu’il faut, c’est projeter l’écran du smartphone sur une dalle encore plus grande, afin de gagner en lisibilité et en premiumisation. Car un écran ça évoque une TV. Dans l’inconscient populaire, c’est statutaire. Un grand écran, c’est cher, donc luxueux. C’est surtout moins coûteux que les boutons, parfois fabriqués pour un seul modèle.

Restait un point à gérer : l’interface. Les constructeurs n’ont jamais été bons pour ça. Sont alors arrivés Android Auto et Apple CarPlay. Des systèmes liés aux smartphones et s’adaptant aux modèles automobiles. Un moyen d’avoir ses applications adaptées au hardware de la voiture. Le tout, en reposant sur le smartphone du conducteur.

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Apple CarPlay classique sur l’écran d’une Hyundai i10. © Jérémy FDIDA

L’automobiliste se retrouve alors à jongler avec deux systèmes : celui natif à son véhicule, avec toutes les infos de la voiture (température du moteur, éventuels problèmes, phares, etc.) et la partie logicielle du smartphone. Il restait donc à fusionner tout ça !

Android Automotive et Apple CarPlay Ultra : deux salles, deux ambiances

C’est la voiture électrique et le besoin d’intégrer la situation de la batterie à sa planification logicielle qui a poussé Android Automotive à exister. Le système de développement permet aux constructeurs d’intégrer les informations du véhicule en temps réel aux applications, et même d’en contrôler le système. Il n’y a plus de surcouche smartphone et une simple connexion à son compte Google sur l’auto suffit.
Le tout est traité par les serveurs Google. Au point que le smartphone peut exister simultanément, permettant ainsi d’afficher Waze sur l’écran principal et Maps sur l’écran secondaire.

Apple CarPlay Ultra utilise une autre approche. Tout se passe via l’iPhone. Ce dernier est donc toujours un prolongement du smartphone, mais il peut désormais récupérer les données propres à l’automobile à laquelle il est relié. De quoi également interagir avec différentes fonctions. C’est amusant, car Android et Apple ont respectivement adopté exactement la même approche pour leurs solutions de paiement. Google Pay passe par des serveurs tandis qu’Apple Pay s’appuie sur la puce du téléphone.

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© Bytebytego.com

Cela signifie qu’une grande partie des informations échangées entre la voiture et le smartphone restent en local du côté d’Apple. Résultat : il vous faudra un iPhone suffisamment récent pour bénéficier de CarPlay Ultra. Mais rassurez-vous, un iPhone 12 suffit pour le moment.

Notre prise en main d’Apple CarPlay Ultra

L’un des trucs agaçants du CarPlay classique est ce besoin de jongler entre l’interface du véhicule et celle d’Apple. Si vous devez accéder à un réglage technique, comme la désactivation des aides (bruyantes) à la conduite, vous devez entrer dans le menu et cliquer sur l’icône du constructeur pour sortir de CarPlay et entrer dans une nouvelle interface, rarement réussie et jamais dans la continuité de CarPlay.

Aston Martin Apple Carplay Ultra
La graduation du compteur n’est pas paramétrable, mais 360 km/h devraient suffir.© Jérémy FDIDA

Avec la version Ultra, c’est terminé. Il est possible de régler ces aides, le mode de conduite, la climatisation, la station de radio et même d’enregistrer tous les réglages choisis sous un profil utilisateur.
Il y a cependant un corolaire de taille : l’uniformisation entre les véhicules. Avec CarPlay Ultra, vous allez pouvoir garder vos réglages si vous changez… d’Aston Martin. Si vous changer de constructeur, il faudra évidemment reprendre les réglages.

Une uniformisation perfectible

N’y allons pas par quatre chemins : l’interface Apple n’est pas assez sérieuse pour une telle voiture. Comprenez que le flat design a ses limites. Aston Martin a pu apporter sa propre UI, mais l’empreinte d’Apple était encore trop palpable. À voir ce que donnera la mise à jour iOS26 et l’adoption (ou pas) de Liquid Glass. Car oui, Apple CarPlay Ultra suivra le style d’iOS et donc des évolutions du système.

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© Jérémy FDIDA

Cependant, malgré une collaboration de tous les instants, certains doublons interrogent. Ainsi, la commande tactile de la climatisation via CarPlay Ultra, qui requiert deux interactions successives, fait doublon avec la molette physique du DBX, bien plus ergonomique et satisfaisante, en plus d’être utilisable à l’aveugle.

Résultat, cette intégration de réglages qui nous économise un passage dans l’interface native de la voiture ne sert qu’à des modifications à réaliser à l’arrêt et une fois pour toutes. Même la radio est gérable depuis le système natif sans passer outre CarPlay en temps normal.

Des limitations étranges

Des limitations, il y en avait beaucoup. À commencer par l’affichage de la carte GPS sur le tableau de bord 100% numérique. Possible avec Plan, Waze, mais pas Maps. Maps a d’ailleurs perdu le fil plus d’une fois et a lutté pour récupérer le signal et recalculer l’itinéraire. La commande vocale est là encore limitée. Nous sommes loin d’un langage informel. Il faut trouver l’une des formules magiques. Le micro a cependant bien fonctionné et compris ce que je disais.

Les molettes de contrôle physiques ne sont pas toutes compatibles avec la navigation dans l’interface CarPlay (les petits pads tactiles du volant le sont, mais pas les molettes). Nous touchons là du doigt les limites du système. Choisir les éléments physiques capables d’interagir avec CarPlay Ultra de ceux qui ne le sont pas.

L’interface de réglage du son n’a rien de spécial ni de ludique et les Widgets de veille en swipant sur la droite (les mêmes que ceux qui s’affichent quand vous chargez votre iPhone à l’horizontal) ne servent pas à grand-chose.
Apple CarPlay Ultra donne l’impression que les constructeurs doivent faire rentrer dans des cases mal agencées des options trop spécifiques.

Notre avis : trop limité pour les efforts demandés

Apple CarPlay Ultra, en l’état, ressemble plus à une vitrine technologique qu’à une réelle avancée pour l’utilisateur. Oui, l’intégration plus poussée promet une expérience unifiée. Mais dans les faits, entre les limitations d’interface, le manque de personnalisation (malgré les thèmes virtuels et les combinaisons), l’alternative des commandes physiques et tactiles et une ergonomie qui n’apporte de gain vraiment significatif. Surtout sur un moteur thermique, qui n’a pas besoin de communiqué l’état de la batterie au planificateur du GPS.

Le paradoxe est là : Apple veut simplifier, mais finit par complexifier. Ce CarPlay nouvelle génération, impose un lourd travail d’adaptation aux constructeurs, tout ça pour un système encore rigide et visuellement fade. Ce qui fonctionne très bien sur un iPhone ne s’adapte pas toujours au luxe feutré d’un Aston Martin DBX, ni à ses commandes physiques utilisables à l’aveugle.
Alors oui, l’ambition est belle. Et les prochaines versions corrigeront peut-être ces défauts de jeunesse. Mais pour l’instant, CarPlay Ultra reste une belle promesse, pas encore tenue.

Des avis tranchés

Si Aston Martin ouvre la marche (et pour cause, 90% de la clientèle utilise un iPhone), d’autres constructeurs (dont Porsche et Hyundai) vont également jouer la carte CarPlay Ultra. Mais face aux doléances d’Apple, d’autres constructeurs ont en revanche, abandonné cette solution. C’est notamment le cas de Mercedes, Audi, Volvo, Polestar ou encore Renault.

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L’iPhone est toujours obligatoire. © Jérémy FDIDA

De toutes façons, tant que les versions classiques de CarPlay et Android Auto restent disponibles, cela n’impactera pas beaucoup les utilisateurs.

Premier avis à chaud : dubitatif

Au quotidien, il doit y avoir des choses appréciables, c’est certain. Mais difficile de ne pas voir un reste de projet Titan, la “voiture d’Apple” qui tente de survivre.

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Le premier véhicule à proposer Apple CarPlay Ultra est l’un des SUV les plus puissants et les plus chers du marché.

J’ai d’ailleurs eu du mal à percevoir ce que cette fusion apporte d’intéressant. Les aides à la conduite sont souvent désactivables via un raccourci du constructeur (c’était le cas ici). Les fonctions essentielles comme le réglage de la température ou du volume se contrôlent soit via une commande vocale, soit via un bouton dédié sur le volant. J’ai également trouvé que les incrémentations d’Aston Martin étaient réussies, mais que le design enfantin et lassant d’Apple, doublé d’un manque d’aspect ludique évident, juraient avec la volonté finale d’une interface sérieuse et désirable. Car Apple CarPlay n’est, nativement, pas joli. C’est peut-être ici que le Liquid Glass prendrait tout son sens.

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© Jérémy FDIDA

Mais le plus gros souci finalement, c’est cette dépendance à l’iPhone. Apple CarPlay Ultra aurait eu nettement plus d’intérêt en s’en affranchissant totalement. Là, le concept aurait pris tout son sens. Pour le moment, ça donne l’impression d’une projection de smartphone version 2.0 et c’est dommage.

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