Dossier

[chronique] Suites, remakes, projets abandonnés… Comment gérer quand on est indé ?

Par Gaylord le

De passage à Bordeaux, nous avons rencontré Nicolas Cannasse, fondateur aux côtés de Sébastien Vidal du studio Shiro Games et créateur du surprenant Evoland. Une rencontre en terrain connu, au chaud dans leurs locaux tout près de la Garonne, après un rendez-vous manqué en 2014 à la gamescom pour y découvrir un jeu qui n’est finalement jamais sorti. Le succès, la déconfiture, la mise en chantier d’une suite, sans oublier quelques portages sur écrans tactile, le tout en à peine trois ans d’existence.
Dans un monde qui associe bien souvent « indés » au mot « fragilité », on devient curieux quand un studio tord le cou à cette équation simpliste.

evoland

Et pourtant, aussi protéiforme soit-il, le jeu indépendant invoque des images plus persistantes que d’autres dans nos esprits de joueurs chevronnés. On imagine assez machinalement un jeu tout en pixels, un platformer 2D quand ce n’est pas un Rogue-like procédural. Peu importe au final, tous sont à nos yeux de courageux David aux idées rafraîchissantes et concepts inédits face au grand méchant Goliath triple A qui obstrue notre champ de vision à grands renforts d’opérations marketing.

Puis on se frotte un peu les yeux et les choses changent du tout au tout.

Ce marché qui avait autrefois le vent en poupe se confronte aujourd’hui au même problème que le géant tant décrié. Une saturation totale du marché, évidente à une époque où les outils et leur simplicité d’utilisation permettent à tout le monde de créer un jeu vidéo. Les « petits jeux » pullulent, quelques concepts émergent, très vite étouffés par une armée de clones. Quand une poignée de studios sort la tête de l’eau c’est une ribambelle d’équipes aux genoux un peu plus fragiles qui s’effondrent. Parfois dans une discrétion relativement gênante.

Confrontés finalement aux mêmes problématiques que le jeu vidéo « classique », certains indés rentrent dans le rang et se mettent à répliquer les recettes du grand frère pour survivre : des remake, des portages et des suites pas toujours très inspirées. Une direction complètement assumée par le duo de Shiro Games qui doit sa bonne santé à l’ingéniosité de son Evoland, petit RPG pour rigoler né après 25 heures de gestation lors d’une Ludum Dare en août 2012.

Le début d’une belle aventure.

Après Ludum Dare j’ai eu 300 000 visites sur le site sur lequel j’avais hébergé le jeu. Alors on s’est dit que ça pouvait être sympa d’en faire une version un peu plus grosse. En 25 h je n’ai pas eu le temps de mettre en place toutes les idées que j’avais eu pour le jeu. Et puis ça nous permettait de rôder l’équipe avec laquelle on commençait tout juste à travailler.

EvolandClassic
Evoland Classic : http://evoland.shirogames.com/classic

On était quatre quand on a lancé Shiro Games. Sébastien, moi, un graphiste 2D et un graphiste 3D en renfort. J’étais à la programmation et Sébastien s’occupait du reste (game design, business dev, marketing, etc.).

Puis on a sorti le jeu. On avait très peu d’ambition finalement. On savait que le jeu allait un peu buzzer mais pas à ce point. On se disait qu’on allait tester le marché en sortant un petit jeu sur Steam et il se trouve que c’est un énorme succès. Aujourd’hui on a dépassé les 500 000 copies toutes plates-formes confondues (ndlr : le jeu a été porté sur iOS et Android en début d’année).

Pourrtant, Shiro Games ne doit pas sa naissance à Evoland.