Depuis début décembre, la pub d’Intermarché fait le buzz sur les réseaux sociaux. Le conte en animation signé par Romance et Illogic suivait un loup solitaire lassé d’être le grand méchant de la forêt, et bien décidé à se faire des amis. Une production de très haut vol et réalisée sans IA qui a fait beaucoup de bruit à l’international, au point d’être accusée de plagiat par un auteur jeunesse.
On ne reviendra pas sur le livre qui incrimine le studio, tant le coup de publicité a été efficace à quelques jours des fêtes de fin d’année. Plutôt que de crier au plagiat, rappelons que l’archétype du méchant loup en quête de rédemption n’est pas nouvelle dans la littérature jeunesse. Depuis des années, les auteurs et les autrices revisitent ce personnage mal-aimé pour proposer une leçon morale intemporelle : celle de l’acceptation de l’autre malgré ses différences, de la rédemption par la bienveillance, et du vivre ensemble.
Gonzague, le loup végétarien
Daniel Laverdure et Jean-Philippe Morin, chez Michel Quintin
Gonzague n’est pas un loup ordinaire. Dès qu’on le rencontre, on comprend que son prénom excentrique annonce sa singularité. Il faut dire que ce loup rêveur adore les fleurs et les légumes, pas la viande. Ses préférences alimentaires lui attirent un déluge de moqueries de la part des autres loups, notamment de Roméo, son voisin grincheux, qui tente de le rappeler à ses vieux démon carnivores.
Mais Gonzague sait montrer les crocs pour défendre ses amis menacés, et prouver qu’être différent n’équivaut pas à être faible. Une leçon de vie joliment emballée qui prouve qu’accepter qui on est vraiment rend infiniment plus heureux que de jouer un rôle qui ne nous ressemble pas.

Le loup sentimental
Geoffroy de Pennart, chez Kaléidoscope
Lucas le loup a décidé de grandir et de quitter le nid familial pour aller vivre sa propre vie. Avant son départ, son père lui remet une liste classique de bonnes choses à manger selon les standards des grands méchants loups : la chèvre et ses sept chevreaux, le Petit Chaperon rouge dodu, les trois petits cochons grassouillets, et même Pierre. Mais voilà le drame : Lucas est bien trop sentimental pour être un vrai prédateur. À chaque rencontre avec ses proies potentielles, son cœur le paralyse.
Geoffroy de Pennart signe ici un chef-d’œuvre de subversion des contes traditionnels. C’est savoureux, foisonnant de références et de petits clins d’œil qui raviront aussi bien les enfants que les parents. Le loup sentimental propose une réflexion profonde sur les rapports de force. Chez Pennart, l’empathie devient une vertu révolutionnaire capable de redéfinir complètement une identité, même quand elle semble gravée dans le marbre.

Comment être aimé quand on est un grand méchant loup ?
Christine Naumann-Villemin et Annick Masson, chez Mijade
Par une nuit d’orage, trois coups énormes résonnent à la porte de l’autrice : C’est le Grand Méchant Loup en personne, furieux et exaspéré, qui en a assez d’être systématiquement le méchant des histoires. Les enfants le craignent, les animaux le fuient, personne ne l’apprécie. Alors que lui ne demande qu’une chose : être aimé.
La solution apparaît comme évidente : pour être aimé, il faut être gentil. Mais comment transformer un loup méchant en créature civilisée et douce ? L’autrice va déployer une batterie de techniques toutes plus absurdes les unes que les autres, où chaque victoire sonne comme un pas de plus contre la nature profonde du prédateur. Le retournement est doux-amer, mais l’humour mordant plaira aussi bien aux plus jeunes qu’aux adultes.

Mauvaise réputation : plaidoyer pour les animaux mal-aimés
Gilles et Liselotte Macagno, chez Delachaux
Destinée aux enfants un peu plus grands, cette bande dessinée documentaire pleine d’humour tente à sa manière, de réhabiliter les animaux mal-aimés du public. Assez logiquement, c’est le loup qui ouvre le bal. Accusé de tous les maux par les éleveurs et les contes traditionnels, il occupe pourtant un rôle essentiel dans l’équilibre écologique en régulant les populations de cerfs et en favorisant la biodiversité des forêts.
D’autres animaux suivent, à l’image du renard utile contre les rongeurs, l’araignée tisseuse indispensable aux écosystèmes, le moustique qui nourrit les oiseaux, et même la méduse ou le scorpion, tous défendus avec des faits scientifiques solides et des chiffres récents. Chaque chapitre alterne entre gags irrévérencieux et explications pédagogiques. C’est drôle et érudit, on en redemande.

Le Loup de Noël
De Claude Aubry et Pierre Pratt, chez Montagne secrète
Maître Griboux, un vieux loup des Laurentides, maussade et solitaire, n’a plus rien à manger. Affamé, il descend au village la veille de Noël où il est attiré par les lumières de l’église. Il entre durant la messe de minuit et voit un enfant couché dans une crèche. Perdant toute prudence, il se précipite pour le dévorer devant une assemblée paralysée d’étonnement. Heureusement, le curé intervient pour épargner l’animal, qui finit par devenir l’ami des enfants. Un joli conte de Noël à lire et à écouter.

🟣 Pour ne manquer aucune news sur le Journal du Geek, suivez-nous sur Google et sur notre canal WhatsApp. Et si vous nous adorez, on a une newsletter tous les matins.