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[Impressions] Zelda: Breath of the Wild – Bravo le renouveau [Wii U]

Par Corentin le

Ça ne vous choquera certainement pas : Zelda a énormément changé. La bonne nouvelle, c’est que c’est que le changement était quelque chose qui était particulièrement réclamé pour cette série particulièrement embourbée dans ses traditions. La mauvaise nouvelle, c’est que les changements, par définition, peuvent aller dans le bon sens comme dans le mauvais.

Parce qu’au fond ? Qu’est-ce qu’un jeu Zelda, fondamentalement ? Est-ce un simple nom que Nintendo applique à un jeu d’aventure en décrétant que celui-là sera un Zelda ? Non, évidemment. Il y a un vrai « feeling Zelda » que l’on peut ressentir dès qu’on joue à l’un des titres de la série. Est-ce un monde, des paysages, alors ? Pas vraiment non plus. Bien que la licence soit plus souvent rattachée à des univers médiévaux, elle est également tout à fait capable de s’accommoder de décors marins ou ferroviaires, comme nous l’ont montré The Wind Waker et Spirit Tracks.

Est-ce que c’est une histoire de mécaniques et de game design alors ? Certainement, oui. Qui dit Zelda dit troisième personne, dit combats à l’épée, dit arc et flèches, dit donjons, dit tout un tas de petits gimmicks qui sont propres à la série. Mais alors, comment accueillir un changement aussi drastique que celui que nous propose Breath of the Wild ?

Zelda Breath of the Wild 7

Cette démo, la même qui fut présentée à l’E3, me laisse entrevoir le coup de pied salvateur dans la formule consacrée dont la licence avait cruellement besoin. Cette nouvelle mouture s’inspire de cadors, qu’ils se nomment Skyrim ou The Witcher 3. C’est pratiquement 10 ans de jeu vidéo que Nintendo essaye de rattraper. Link se promène ainsi dans un monde ouvert immense. Il peut à peu près tout grimper, il peut à peu près tout traverser. C’est d’ailleurs une promesse faite par Aonuma, le réalisateur principal de la série : il sera possible d’aller à la fin très rapidement et s’épargner la grande majorité du jeu. En cela, ce Zelda rompt déjà avec la continuité des précédents et renoue peut-être avec une certaine vision des tout premiers épisodes. L’idée que finalement, tous les donjons sont à portée de quiconque veut bien explorer suffisamment loin.

Link ne trouve d’ailleurs plus son salut dans les cœurs qu’il dégote dans les pots ou les herbes fraîchement coupées, mais dans la nourriture qu’il ingère. Il vous incombera donc de chasser, de cueillir, de voler et de cuisiner votre nourriture afin d’être prêt à partir à l’aventure. Viandes, champignons, fruits, cuits ou non, chaque aliment remplit un certain nombre de cœurs et confèrent divers avantages à Link. Comme une endurance accrue (pour sprinter et escalader), ou une résistance améliorée aux différences de températures. Car oui ! Link est devenu frileux ! Et c’est bien normal, parce qu’on ne comprenait pas trop comment notre vaillant héros restait sans broncher et sans équipement adapté dans les eaux glacées ou au bord d’un torrent de lave dans certains épisodes. Il s’agira là d’une des barrières naturelles qui devraient dissuader le joueur de s’aventurer dans des zones un peu trop éloignées. Pareil pour la dangerosité de certains ennemis, tout comme les centaures qui pouvaient vous tuer en deux coups dans le tout premier The Legend of Zelda ou A Link to the Past, on vous fait comprendre que vous n’avez rien à faire ici avec des monstres bien trop puissants pour vous. À l’ancienne.

C’est aussi une véritable ouverture d’approche qui vous est proposée pour vaincre vos ennemis. À côté de l’indicateur de température corporelle de Link, un sonagramme indique le bruit qu’il émet. Pour vous faufiler dans le dos d’un ennemi et en terminer en un seul bouton, cet indicateur sera donc à surveiller et il faudra se déplacer en catimini pour ne pas attirer l’attention.

[nextpage title= »Zelda outragé, Zelda brisé, Zelda martyrisé, mais Zelda libéré »]

Mais alors qu’est-ce qui reste de Zelda ? Des combats à l’épée dans lesquels la caméra est verrouillée. On attaque avec sa lame (ou ce qu’on a sur soi, toutes les armes du début du jeu finissent irrémédiablement par casser à force d’utilisation), on pare avec son boucler qui peut parfois se résumer à un bout de bois pourri trouvé sur la carcasse d’un monstre, on esquive si on peut… Cette partie-là, cette partie combat, est peut-être un des derniers reliquats de la sempiternelle recette des Zelda en 3D. Pour le reste, le joueur est rarement guidé. Il doit rarement suivre un chemin tout tracé pour accomplir ses objectifs. Link se réveille de son long sommeil centenaire, on l’équipe immédiatement d’une tablette, on lui dit d’aller à une tour et d’observer les environs et ensuite, il se débrouille.

Zelda Breath of the Wild 2

La tablette en question est l’outil multifonction de Link. Elle remplacera un bon nombre d’objets grâce à des fonctions qu’elle peut téléchargeant. Oui, je suis très sérieux. Éparpillées dans le grand terrain de jeu qui s’offre au joueur, il sera possible de débloquer ces nouvelles capacités dans des sanctuaires qui s’apparentent à des mini-donjons assez courts. Vous récupérerez un nouveau pouvoir immédiatement en entrant dans un de ces sanctuaires, mais attention, pour pouvoir l’emmener avec soi à l’extérieur, il faudra venir à bout de cette épreuve qui fait également office de tutoriel. Bombes, stase, aimant, glace… Autant de possibilités qui seront attribués au bouton L et qui ne demanderont pas de magie. Seul un cooldown sera parfois à respecter entre deux utilisations. Évidemment, les sanctuaires sont faits pour vous faire découvrir par vous-même les différentes utilisations de la tablette. Faites apparaître une colonne de glace pour soulever une grille très lourde ! Figez un énorme rocher dans le temps, donnez-lui plusieurs coups avec un marteau, déverrouillez-le et voyez-le partir dans les airs comme si ce rocher ne pesait que 10 grammes ! Aucun tutoriel pour vous expliquer ça, que de la pratique et c’est très bien comme ça.

Les puzzles proposés par ce Zelda sont plus organiques que ce qu’on a l’habitude de voir. On a l’impression qu’il est possible de résoudre les puzzles de plusieurs manières différentes, tous répondants à des règles physiques qui sont propres au jeu. Que ça soit dans l’utilisation des vents, du feu, des masses, c’est une sensation de bac à sable qui s’empare du joueur. Auparavant, les énigmes étaient particulièrement balisées : mets la bombe exactement ici, fais tomber ce bloc exactement là… On ne ressent plus toutes ces contraintes dans ce nouvel opus. Il est ainsi possible de « mal » positionner une plateforme en métal avec l’aimant et se retrouver avec une construction tout à fait bancale. Ça semble n’être rien, mais avec le temps et les possibilités du jeu, j’espère qu’il sera possible de construire de véritables machines de Rube Goldberg pour parvenir à ses fins.

Notre avis

La question se pose donc. Aussi loin de ses racines, ce Zelda est-il encore un Zelda ? La réponse est clairement non. Nous sommes devant le Zelda nouveau. Celui qui va peut-être chahuter cette fameuse recette dont on a assez soupé. Hormis quelques exceptions, ça fait maintenant 18 ans qu’on joue des déclinaisons d’Ocarina of Time. Ainsi, même si ce Zelda : Breath of the Wild se plante, même s’il peut être parfois aux fraises techniquement (les chutes de framerate et le clipping sont malheureusement légion), même s’il est possible que la recette ne prenne pas sur 20 ou 30 heures, même si ce Zelda essaye de réinventer la poudre en s’inspirant des jeux qui ne l’ont pas attendu pour évoluer, même si ce Zelda n’a plus grand-chose d’un Zelda, il a toutes les chances de marquer les esprits. On espère maintenant qu’il restera dans les mémoires pour les bonnes raisons.