[Pavé + mare] Survie de l’occasion : « Joueurs, journalistes et Microsoft : tous responsables. »

Par Corentin le

Les joueurs ont sauté de joie à l’annonce du rétropédalage de Microsoft. Certains développeurs sont, quant à eux, fous de rage.

Adrian-Chmielarz

Edge Online a laissé une tribune à Adrian Chmielarz. Et il s’en est servi, c’est le moins que l’on puisse dire. Le monsieur est fondateur du studio The Astronauts qu’il a monté avec ses petits copains de People Can Fly (Bulletstorm, Gears of War) et surtout, c’est ami du père Cliff Bleszinski qui avait déjà râlé contre l’occasion.

Selon lui, les choses sont assez simples. L’usage classique des jeux (achat neuf d’un titre en boîte, puis revente sur le marché de l’occasion) demeurant sur la prochaine génération de machines se fera au détriment des développeurs.

Ce qui compte c’est que beaucoup de personnes jouent avec des jeux en boîte et que pendant que cela rend les consommateurs et les magasins de distributions heureux, cela ne rend pas les dévelopeurs et les éditeurs heureux.

Ce système pousse les développeurs à faire en sorte que les gens gardent leurs jeux. Par n’importe quel moyen. Pour Chmierlaz, c’est mettre au second plan la qualité du jeu au profit de la durée de vie et uniquement la durée de vie. Quitte à ce que les joueurs ne finissent jamais les jeux.

[Les joueurs] remettent [le jeu] sur l’étagère, se promettant à eux même qu’ils le finiront un jour. La plupart du temps, ils ne le font jamais. Mais le plus important pour les éditeurs, c’est que les joueurs conservent le jeu et qu’ils ne le revendent pas.

La volonté des développeurs et des éditeurs à faire en sorte que le jeu reste le plus longtemps possible entre les mains du joueur a ainsi donné naissance aux DLC, et aux microtransactions. Mais aussi à des modes multijoueurs bâclés dont le temps et l’argent utilisés pour les développer auraient dû être dépensés ailleurs, ainsi qu’aux systèmes d’achievments qui donnent envie aux joueurs de finir un jeu à 100% à moindre frais.

Le marché de l’occasion nuirait ainsi gravement à la créativité d’après Chmielarz et maintiendrait le prix des jeux à 60 $.

Mais c’est le prix à payer pour avoir des jeux d’occasion. […] si vous aimez les jeux vidéo, vous vous devez de vouloir que ce modèle meure.

Il explique que l’expérimentation serait la clef pour pouvoir trouver des modèles plus viables pour la création de jeux vidéo. Mais les vilains retailers, dont le géant américain Gamestop en tête, ne permettent pas de faire cela, car ils sont trop attachés au système actuel de jeux neufs à 60 $ et de la revente des jeux d’occasion, sur laquelle ils font le plus gros de leurs bénéfices.

Adrian Chmielarz l’a donc mauvaise quant au retournement de veste de Microsoft sur sa politique. Il l’a d’autant plus mauvaise qu’il considère Microsoft lui-même particulièrement responsable de cette communication désastreuse qui a ruiné toute chance de voir ce système changer sur cette génération.

Comme on le sait tous, Microsoft est arrivé comme un éléphant dans un magasin de porcelaine. Jamais capable d’expliquer à quoi servait la connexion obligatoire toutes les 24 heures. Jamais capable d’expliquer comment les jeux d’occasions fonctionnent vraiment. Jamais capable de communiquer avec clarté et avec une violente honnêteté.

Il y avait une grande vision quelque part, derrière tout ça, mais tout ce que les gens ont retenu, c’est qu’agiter les mains ou parler à sa console permettra de changer de chaine de télévision.

Mais ne vous en faites pas, cher lecteur. Microsoft n’est pas le seul responsable de cette situation. Toi aussi tu es responsable derrière ton petit écran et moi aussi, d’ailleurs, devant mon clavier, toujours d’après Adrian Chmielarz.

Tout le monde est à blâmer. Microsoft et le message qu’il a passé, les joueurs et leur volonté de conserver le statu quo, les journalistes et leur incapacité à se dresser contre les masses, les développeurs et leur silence.

micromania_occasion

Bref, retenez de cette tribune que le « système pourri jusqu’à la moelle » va durer un petit moment encore, que c’est de notre faute, et qu’absolument aucun compromis n’est possible.

Après tout, il a absolument raison ce brave Adrian Chmielarz. C’est évident que les éditeurs sont absolument prêts à baisser le prix des jeux une fois passés en dématérialisé ! Pas vrai Ubisoft ?

Il est certainement vrai que des avancées possibles ont été empêchées par la mauvaise communication de Microsoft et par la levée de boucliers des joueurs et des journalistes. Peut-être aussi que quand les éditeurs arrêteront de prendre les consommateurs pour des poires, et les exemples sont nombreux, les gens arrêteront de chercher refuge dans une valeur sûre et éprouvée depuis des années pour avoir des jeux à moindre coût : le marché de l’occasion.

Et tant que cette confiance ne sera pas établie entre les éditeurs et les consommateurs, hé bien, il y aura des levées de boucliers.

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