[Chronique] Pourquoi Flappy Bird n’a pas plagié Kek et pourquoi ce dernier devrait arrêter de se plaindre

Par Corentin le

[Mise à jour - 12/02/14] Kek a commenté l'article. Je mets en avant la réponse pour que tout le monde puisse la lire. [Article original] Kek,...

[Mise à jour – 12/02/14] Kek a commenté l’article. Je mets en avant la réponse pour que tout le monde puisse la lire.

Réponse Kek

[Article original]

Kek, blogueur et développeur web, a déclaré avant-hier comment il a « failli être millionnaire » suite au « plagiat » d’un de ces jeux par Flappy Bird. En réalité, il est à des années-lumière du moindre centime.

kek flappy bird

Cela fait en effet une semaine que le jeu Flappy Bird défraie la chronique, dans le bon sens comme dans le mauvais d’ailleurs. Le jeu est à la fois un carton fulgurant et un psychodrame aux multiples rebondissements. On parle ici d’un jeu qui rapporte 50 000 $ par jour à son créateur et qui utilise librement des sprites directement issus de jeux Nintendo. Depuis, l’application a été enlevée par son créateur qui ne supportait plus la pression et l’emballement autour de Flappy Bird.

Même la France ne parvient pas à échapper aux péripéties engendrées par ce jeu. Kek est un blogueur BD français plutôt connu, programmeur, mais surtout game designer très inspiré, il faut bien le reconnaître. Ses Jeux Chiants, s’ils n’ont pas une grande prétention, sont tous très amusants et feraient de bons softs pour mobile. Certains sont même regroupés dans une très bonne petite compilation pour Android et iOS.

En 2011, Kek publie un petit jeu intitulé Piou Piou contre les cactus, lui aussi disponible sur mobile. Dans ce petit jeu qui n’utilise qu’un seul bouton, un petit oiseau doit passer des obstacles rectangulaires verts venant du haut et du bas de l’écran. Ça vous rappelle quelque chose ? C’est normal. Cette description pourrait tout à fait correspondre à Flappy Bird. Kek le fait savoir sur les réseaux sociaux et écrit une chronique sur le Huffington Post qui a été reprise par la presse spécialisée.

Sauf que non, Kek n’a pas été plagié

Alors plagiat ? Pas plagiat ? Il est vrai que quand on regarde le comparatif ci-dessus fait par Kek, on peut tout à fait croire à un plagiat.

Sauf que ce genre de comparatif, on peut le faire avec beaucoup de jeux, dont certains extrêmement connus. Allez, je vous en donne un pour la route. Il y en a d’autres sur ce billet de Cracked.com.

À gauche, Crush the Castle. À droite, Angry Birds. Celui qui est sorti le premier n'est pas celui qui a été un succès planétaire.
À gauche, Crush the Castle. À droite, Angry Birds. Celui qui est sorti le premier n’est pas celui qui a été un succès planétaire.

Alors oui, il y a une ressemblance entre Flappy Bird et Piou Piou, mais non, ce n’est pas le même jeu. Quiconque mettra la main sur les deux jeux – si vous ne l’avez pas fait, je vous invite à le faire – ressentira quelque chose de bien différent. La jouabilité n’est pas la même. Les règles ne sont pas les mêmes (dans Flappy Bird, le moindre impact est fatal et il n’y a pas de power ups). Le système de scoring n’est pas tout à fait le même. Les proportions de l’écran non plus.

Les ressemblances sont beaucoup moins flagrantes dans le game design qu’elles ne le sont dans les graphismes. Or le game design est l’essence même d’un jeu vidéo. Armageddon ne copie pas Deep Impact parce qu’ils parlent tous les deux d’astéroïdes qui vont frapper la terre. Là, c’est pareil.

En plus, Kek le reconnait lui-même, il est amer de savoir que quelqu’un se fait beaucoup d’argent sur une application qui a demandé autant de travail que pour Piou Piou. Il dénonce même dans son brulot le fait que Nguyen ait acheté « des commentaires positifs sur l’Apple store et Google, avec une note de 5 étoiles sur 5, ce qui a propulsé son jeu dans les jeux les plus téléchargés ». Hé bien oui, il a marketé son jeu, quoi. Il a investi dans son jeu pour le promouvoir. Si Kek avait payé un espace publicitaire sur un site — comme le nôtre d’ailleurs. Tu viens quand tu veux d’ailleurs Kek, on te fera un prix — tout le monde aurait trouvé ça normal.

Alors okay, ces pratiques ne sont pas méga-loyales, mais c’est malheureusement comme ça que fonctionne le monde merveilleux du marché mobile. Au milieu, des microtransactions douteuses, des ripoffs scandaleux et des gens qui s’achètent une e-réputation via des commentaires bidons, il paraît extrêmement difficile de faire croire qu’on ne savait pas.

Un flou juridique en défaveur de Kek

Mino, le clone de Tetris condamné.
Mino, le clone de Tetris condamné.

Si l’histoire du droit d’auteur lié au jeu vidéo est quasi inexistante, il y a quelques cas de figure qui se sont distingués aux États-Unis. En 2009, une affaire a opposé The Tetris Company (qui, comme son nom l’indique, gère les droits autour de la licence Tetris) et Xio, studio qui a développé Mino, un ripoff évident de Tetris.

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