
Par les temps qui courent, certains sujets sont plus sensibles et médiatiques que d’autres. La chasse au sexisme qui dégouline de toute part dans notre bonne vieille société est donc désormais de mise. Sus aux jouets genrés, bleu pour les garçons, rose pour les filles, GI Jo pour l’un et Barbie pour l’autre.
Les sénateurs Chantal Jouanno (UDI) et Roland Courteau (PS) ont donc pris les choses en mains et remis ce matin un rapport d’information sur « l’importance des jouets dans la construction de l’égalité entre filles et garçons ». Dans celui-ci, ils dénoncent la « nette séparation des univers de jeu des filles et des garçons » et « l’existence de messages sexistes implicites susceptibles d’être adressés aux enfants par le biais des jouets ». En pleine période de Noel ce rapport « s’inscrit dans une démarche pragmatique ».
En effet, sur les sites marchands, il n’est pas rare de voir des jouets catégorisés par la mention « filles » ou « garçons », le rapport pointant notamment la Redoute qui proposent « quatre onglets, classés horizontalement et agrémentés de reproductions de jouets emblématiques ».

On constate d’ailleurs que les jouets LEGO sont considérés comme exclusivement masculins puisque même les ensembles LEGO “Friends” et “Disney” mettant en scène le carrosse de Cendrillon ou le château de la Belle au Bois Dormant par exemple se trouvent uniquement dans la catégorie « Garçons ».
Après, il est peu probable que l’ensemble des cybercommerçants soit des sexistes patentés, mais catégorisent ainsi leurs jouets par soucis de simplification. Cependant, sous couvert de simplification, ces catégories reproduisent des clichés sexistes, aux filles le ménage, la cuisine, les poupées et autres poussettes, aux garçons les jeux de construction, l’aventure, les super-héros, les armes ou les voitures, concourant ainsi à formaliser « un monde des jouets plus stéréotypé et plus inégalitaire que le monde réel ».
Ce qui est un problème puisque les jouets ont « une grande influence sur la construction de l’identité de l’enfant et sur ses apprentissages ».
« D’une part, les jouets sont à l’origine d’« injonctions » identitaires qui sont en contradiction avec l’objectif d’égalité entre les sexes. D’autre part, les stéréotypes qui caractérisent les jouets contribuent à limiter le champ de l’orientation professionnelle des filles et à aggraver potentiellement les inégalités professionnelles ».
Les deux sénateurs nuancent tout de même en concédant qu’« il est difficile d’anticiper les effets des évolutions actuellement à l’œuvre dans le monde des jouets sur les futurs adultes et sur les relations à venir entre hommes et femmes », mais que les cyber-marchants devraient prendre en considération le problème.

C’est pourquoi ils préconisent une série de 10 recommandations allant de l’attribution d’un “label” aux distributeurs qui privilégient « des jouets dénués de codes sexués », à la mise en place d’une charte de bonnes pratiques, en passant par l’instauration un système de « name and shame » (très en vogue ces derniers temps) sur le modèle revendiqué de Macholand, pour « stigmatiser les pratiques contestables » et sur lesquelles « les parents pourraient échanger sur les pratiques sexistes ou stéréotypées qu’ils rencontrent quand ils se rendent dans des magasins de jouets ».
Les sénateurs ne manquent pas de préciser que « son efficacité est susceptible d’être forte », les grandes enseignes de jouets [étant] extrêmement sensibles à leur réputation ». Après rien n’empêche les parents d’offrir les jouets qu’ils souhaitent à leurs marmots en piochant aussi bien dans le rayon “Garçons” que “Filles”, au plus jeune âge, ils n’ont encore rien à dire…
Alors on ne saurait dire si ce rapport a été guidée par les événements récents. Néanmoins, notons leur proximité dans le temps. Fin novembre, une fillette de 7 ans dénonçait le sexisme du magasin Tesco qui proposait le jouet qu’elle désirait sous la mention « Fun gifts for boys ». Pas contente !
My superhero loving 7yo daughter not impressed when she spotted this sign in @Tesco today @LetToysBeToys pic.twitter.com/8F3bsRv6PK
— Karen Cole (@karlou) 22 Novembre 2014

Peu de temps après, le hasard faisant bien les choses, plusieurs collectifs féministes dénonçaient ces pratiques devant le magasin Toys r us à Paris.
« Construction de l’identité » « ‘Injonction’ identitaire », « Stéréotypes », « Inégalités » autant de termes qui font écho aux arguments de Najat Vallaud-Belkacem, alors ministre du Droit des Femmes lorsqu’elle a voulu introduire les ABCD de l’égalité à l’école pour des raisons similaires à celles invoquées dans le rapport.
Las, en pleine « Manif pour tous », ces ABCD de l’égalité ont été détournés en « théorie du genre ». Face à l’imbroglio, le gouvernement a préféré reculer. La ministre promettant ensuite un projet encore « plus ambitieux ».
Depuis, Najat Vallaud Belkacem est passée ministre de l’Éducation Nationale (en lieu et place de Benoit Hamon) et a abandonné le ministère du Droit des Femmes. Le 25 novembre, elle a présenté le remplaçant des ABCD de l’égalité dans une version plus « générale », ce que certains ont traduits par light.
Ce rapport, validé par la délégation parlementaire aux Droits des Femmes, remet donc le sujet sur le tapis. Pour combien de temps ?