Vivendi Vs. Ubisoft : Bolloré se tire, Guillemot respire

Business

Par Jules le

Après plus de deux années d’affrontements par média interposé, de menaces d’OPA hostiles, de réunions de la dernière chance et d’opérations de communications musclées, les armes se sont tues entre Vivendi et Ubisoft. Le premier a décidé de retirer ses billes et vendre ses actions Ubisoft, avec la promesse de ne pas revenir à la charge avant 5 ans, permettant ainsi au second de souffler un coup.  

 

D’abord sur le terrain financier, puis sur le terrain médiatique, la grande guerre qui a opposé Ubisoft à Vivendi s’est terminée hier soir avec l’annonce de la sortie de l’entreprise de Vincent Bolloré du capital de l’éditeur d’Yves Guillemot.

Un armistice salvateur

Détenant jusqu’alors 27% des parts d’Ubisoft, Vivendi a revendu l’intégralité de ses actions, enterrant définitivement la menace d’une acquisition totale de l’éditeur français. La plupart des actions ont été rachetées par Ubisoft, ainsi que la famille Guillemot, qui détient désormais 19,4% des droits de vote et 15,6% du capital.

Cette opération financière est également marquée par l’arrivée de nouveaux actionnaires au capital d’Ubisoft. Outre le fonds de pension américain Ontario Teachers’ Pension Plan qui récupère 3,4 % du capital, le géant chinois Tencent s’offre pour 5 % de l’éditeur. Un nom de plus à ajouter à sa collection, lui qui détient déjà Riot Games dans son intégralité, ainsi que 12 % d’Activision et 48 % d’Epic Games.

Dans la foulée, Vivendi et Ubisoft ont signé un accord sous forme de trêve, puisque la société de Vincent Bolloré s’est engagée à ne pas rentrer au capital du second durant les cinq années qui viennent.

Un deal gagnant-gagnant

Bien entendu, Yves Guillemot s’est félicité de ce retournement de situation, remerciant au passage les “fabuleuses équipes Ubisoft pour leur passion et leur détermination sans faille” ainsi que les “fantastiques communautés de joueurs, partenaires et amis à travers le monde” dont le ” soutien et [l’] affection pour Ubisoft ont été une aide précieuse.”

We did it! Thank you and bravo to Ubisoft’s incredible teams for your amazing passion and determination. Thank you as…

Publié par Yves Guillemot sur mardi 20 mars 2018

Tandis que l’équipe dirigeante d’Ubisoft célèbre sa nouvelle “indépendance”, Vincent Bolloré et Vivendi peuvent également sabrer le champagne. Entrés au capital d’Ubisoft il y a plus de deux ans pour la coquette somme de 800 millions d’euros, l’homme d’affaires et sa société ont liquidé leur participation pour la non moins séduisante bagatelle de 2,3 milliards d’euros. En revanche, Vivendi garde la main sur Gameloft dont il détient 95,94 % du capital.

Presque trois années de conflit

Ce sont donc plus de deux ans de batailles financières et médiatiques qui s’achèvent avec cette décision. Pour rappel, la passe d’armes entre les deux hommes d’affaires avait débuté le 14 octobre 2015 lorsque Vivendi avait fait connaître son entrée au capital d’Ubisoft à hauteur de 6,6 %. Une participation “non sollicitée” par Ubisoft, dont Yves Guillemot n’a eu vent que trop tard.

Au fil des mois, le ton est monté entre les deux groupes, principalement par interview interposée, jusqu’à ce qu’Ubisoft décide de lancer plusieurs opérations de résistance, n’hésitant pas un instant à forcer les employés à afficher publiquement leur soutien à leur équipe dirigeante à grands coups de slogans et autres images de soutien. De guerre lasse, Vivendi légitimait sa participation au sein d’Ubisoft comme étant conforme aux règles d’un capital public.

En septembre 2016, lors d’une réunion entre les actionnaires d’Ubisoft, les dirigeants de l’éditeur breton transpirent à grosses gouttes en imaginant le pire : une acquisition majoritaire de l’entreprise par Vivendi. Cependant, la campagne de communication agressive menée par Ubisoft a vite fait de pousser le groupe de Vincent Bolloré à s’abstenir d’une telle opération. Lui qui entre-temps a fait grossir sa participation à hauteur de 23 % du capital.

Espérons simplement que l’histoire ne se répète pas avec Tencent, car on doute qu’Ubisoft ait les épaules assez solides pour faire plier le géant chinois.

 

Source: Ubisoft