D’après Bouygues Telecom, la 5G ne va “rien changer” avant 2023

L’opérateur continue son lobbying pour freiner le déploiement de la 5G, sur fond d’incertitude sur le matériel Huawei.

© Mohamed Hassan

C’est une croisade en apparence surprenante dans laquelle s’est engagé Bouygues Télécom. Voilà quelques temps que Martin Bouygues, PDG du groupe qui porte son nom, freine des quatre fers pour retarder l’arrivée de la 5G sur le territoire français… avec des arguments pour le moins étonnants de la part d’un patron d’opérateur télécoms. L’entrepreneur avait commencé par réclamer le report des enchères auxquelles les opérateurs vont devoir se livrer pour se partager les fréquences 5G à 2021. Devant le refus du gouvernement, il a tenté le tout pour le tout et est allé s’expliquer avec ses troupes devant une commission au Sénat ce mercredi, explique 01Net.

Le groupe y explique que selon lui, il n’y a absolument aucune urgence à déployer la technologie 5G dans la mesure où les appareils capables de l’utiliser vont encore mettre un petit peu de temps à arriver. D’après le président de Bouygues Télécom Olivier Roussat, la 5G “ne va rien changer. Cela va donner une vitesse un poil plus rapide, (..) mais il n’y aura aucune évolution dans la première partie de la 5G entre aujourd’hui et 2023. […] Tous les services dont on nous parle qui vont révolutionner l’industrie arriveront en France en 2023.”

L’aspect santé publique a également été évoqué. Didier Casas, directeur général adjoint de l’opérateur, a regretté que ces décisions soient prises avant que l’Anses ait terminé son étude sur les effets de la 5G . Martin Bouygues a aussi insisté sur les réactions “de plus en plus négatives” des Français. Pour lui, il est absolument nécessaire d’organiser un grand débat public avant le début des enchères.

Gagner du temps coûte que coûte

Du côté des observateurs, personne ne se fait d’illusion : cette manoeuvre de Bouygues est intimement liée au sort d’Huawei, dont le matériel pourrait être exclu de l’infrastructure télécom française. Or, l’opérateur attend une réponse de l’ANSSI pour savoir s’il pourra utiliser le matériel d’Huawei. Faute de quoi le groupe a déjà fait savoir qu’il exigerait un dédommagement pour remplacer toutes ses installations Huawei 4G… qui ne seraient pas compatibles avec le reste du matériel 5G.

Enfin, la délégation Bouygues au Sénat a conclu son plaidoyer par une menace à peine voilée, avancée sous forme de proposition. L’opérateur propose ainsi un “New Deal 2” pour succéder au New Deal Mobile, la feuille de route du déploiement des télécoms. Puisque l’infrastructure prévue par la première édition s’est avérée insuffisante, l’objectif de cette nouvelle mouture serait d’achever une couverture 4G intégrale du territoire… contre un dédommagement, sous forme de ristourne sur le prix des enchères 5G.

Toujours d’après 01Net, cette option aurait été immédiatement écartée par le gouvernement, ce à quoi le groupe a répondu qu’il ne comptait faire aucun effort de déploiement 4G dans ces conditions au-delà de ce que prévoit déjà le New Deal Mobile. En mettant les consommateurs dans la balance, Bouygues espère donc faire plier le gouvernement et obtenir, enfin, les fonds qu’il espère tant pour passer lui-même à l’ère de la 5G. Reste à voir comment les autorités des télécoms réagiront à ce coup de pression. L’Arcep doit annoncer la nouvelle date de ces fameuses enchères aujourd’hui (jeudi 11 juin).

Source: 01Net