Des chercheurs contrent les effets de l’âge chez des souris

Science

Par Antoine Gautherie le

Une équipe de chercheurs américains explique avoir mis le doigt sur une information importante concernant les mécanismes du vieillissement. Chose rare dans un délai aussi court, la procédure d’essai clinique est déjà lancée pour vérifier les conclusions de cette étude… et potentiellement développer des applications pour l’Homme.

En 2005, des chercheurs de l’université de Californie publiaient des résultats expérimentaux très intrigants. En créant artificiellement des jumeaux siamois à partir d’une souris âgée et d’une plus jeune, qui partageaient donc leurs organes et leur circulation sanguine, les chercheurs ont observé que les symptômes de l’âge diminuaient chez la plus âgée des deux. La semaine dernière, c’est cette même équipe qui a publié de nouveaux travaux, dans la continuité de ces derniers. Dans un papier paru dans Aging, l’équipe annonce avoir progressé dans la compréhension de ce mécanisme : l’effet anti-âge constaté pourrait être obtenu par simple dilution du plasma des souris âgées (la partie liquide du sang, c’est à dire sans les globules, plaquettes…). Il n’y aurait donc pas besoin de sang de jeunes individus. C’est en tout cas ce qu’a constaté l’équipe d’Irina et Michael Conboy, un couple de chercheurs connu pour avoir passé la majeure partie de sa carrière à tenter d’élucider les mystères de l’âge. En remplaçant la moitié du plasma de vieilles souris par un mélange de sérum physiologique et d’albumine (une protéine que l’on trouve par exemple dans le blanc d’œuf), ils ont obtenu une réjuvénation visible de nombreux tissus, dont les muscles, le cerveau ou le foie.

Des fibres musculaires d’une vieille souris, avant (haut) et après (bas) la dilution du plasma. On constate qu’après le traitement (bas), les vieilles souris produisent significativement plus de fibres musculaires, que l’on voit sous la forme d’ anneaux rouges.© Conboy et al., University of California, Berkeley

Cette découverte a pris à contre-pied les nombreux chercheurs qui, après la publication originale de 2005, s’étaient immédiatement lancés sur la piste d’une molécule “fontaine de jouvence” dans le sang de jeunes mammifères, y compris des humains. Cette étude coupe donc l’herbe sous le pied à une poignée d’autres travaux en cours, mais permettra d’en initier d’autres à la lumière de ces nouvelles données.

Une information majeure sur les mécanismes de l’âge

C’est une découverte potentiellement majeure, car elle offre un indice énorme sur l’origine des mécanismes du vieillissement. Il existe en effet deux théories majeures. Selon la première, le vieillissement survient à cause de la modification ou de la perte de certaines molécules, présentes dans le sang des jeunes individus. La seconde, à l’inverse, stipule que les signes de l’âge arrivent avec l’accumulation de certains composés chez  les individus d’un certain âge. les résultats de cette étude semblent être un argument extrêmement solide en faveur de la seconde : en diluant le plasma, on diminue mécaniquement la concentration des molécules qui s’y trouvent et donc leurs potentiels effets néfastes.

L’une des raisons qui font que ces résultats sont enthousiasmants, c’est qu’ils offrent un chemin tout tracé vers une transposition à l’être humain. Aux Etats-Unis, la FDA (l’autorité suprême en matière de santé publique outre-Atlantique) approuve d’ores et déjà une méthode nommée plasmaphérèse, qui consiste en un échange de plasma entre humains pour soigner certaines maladies auto-immunes. L’équipe de recherche a pris les devants et lancé les démarches pour soumettre sa méthode à un essai clinique. Avec pour objectif de limiter l’impact de l’âge sur la santé et de traiter des maladies typiquement associées au vieillissement comme la dégénérescence nerveuse et musculaire. Mais pas seulement : Dobri Kiprov, l’un des co-auteurs de l’étude, espère que ces recherches “ouvriront la porte à des travaux sur l’échange de plasma en général – pas seulement dans le cadre de l’âge, mais également pour l’immunomodulation”.

De là à dire que nous serons bientôt en mesure de traiter l’âge comme une maladie auto-immune bénigne, il y a un pas qu’il vaut mieux ne pas franchir. Mais ces recherches qui peuvent se concrétiser très rapidement par un essai clinique sont souvent parmi les plus intéressantes : que l’essai soit concluant ou non, il nous en apprendra certainement davantage sur les mécanismes du vieillissement chez l’humain. Et si d’aventure le mécanisme se révèle être similaire à celui observé chez la souris, il s’agit potentiellement d’une première porte ouverte à des solutions thérapeutiques très concrètes pour de nombreuses maladies liées à l’âge.