Ne dites plus dark kitchen ou transition digitale. Dans une liste publiée ce week-end au Journal officiel, la commission d’enrichissement de la langue française a dressé un état des lieux des nouveaux anglicismes à proscrire. Ils sont nombreux. Sur les 235 termes passés au crible, plusieurs concernent le domaine du numérique et des nouvelles technologies.
Dark kitchen et dark store à bannir
Désormais, il ne faut plus dire dark kitchen ou dark store, mais “restaurant tout en ligne” et “entrepôt relais“. Ces deux termes, utilisés pour désigner des restaurants ou des magasins de livraison accessibles uniquement en ligne ou par téléphone, ont connu un énorme succès pendant la crise sanitaire du covid-19 et les différents confinements. Ces derniers mois, ils ont fait parler d’eux après les déboires judiciaires de Getir, Frichti et Gorillas, contraints de quitter la France, dans un contexte économique et judiciaire largement défavorable aux dark stores.
Par pitié, arrêtez avec “digital”
Autre terme pointé du doigt par la commission d’enrichissement de la langue française, le mot digital, régulièrement en proie à des incompréhensions sémantiques. Alors que le mot est souvent utilisé à tort pour désigner le secteur de l’informatique, il convient en fait de le remplacer par le terme “numérique”, plus adapté. De son côté, le mot “digital” désigne en fait tout ce qui se rapporte aux doigts.. Rien à voir donc, avec les nouvelles technologies. La confusion vient de l’anglais, où digital signifie bien numérique. Tous les mots dérivés sont concernés. Ainsi, pour parler de digitalisation, il conviendra d’utiliser les expressions “transformation numérique“, ou “numérisation”.
Crypto et cybersécurité en ligne de mire
Comme souvent, les anglicismes sont nombreux dans les domaines de la tech. Dans le secteur des actifs numériques d’abord, la comission recommande de ne plus parler de “cryptocurrency”, mais bien de cybermonnaie. Les attaques DDoS (par déni de service) sont désormais renommées en “attaques collectives par saturation de service“, tandis que le scrapping est désormais francisé en “moissonnage de données“.
Chez les joueurs et les joueuses, les early access se transforment en accès anticipés, tandis que le matchmaking qui permet d’organiser les affrontements pvp au sein d’un même jeu devient “l’appariement de joueurs“. Le cloud gaming et les free to play deviennent quant à eux des jeux vidéo en nuage et en accès gratuit. Les streameurs enfin, deviennent des joueurs-animateurs en direct. Même principe pour les season pass et les publicités ingame, qui se transforment en passes saisonniers et en publicité intrajeu. Sans parler du retrogaming, qui devient le rétrojeu vidéo, ou des contenus pay-to-win, qui sont littéralement traduits par “payer pour gagner“.
Sans grande surprise, les anglicismes pointés du doigt par la commission d’enrichissement de la langue française ne seront sans doute jamais abandonnés au profit de leur version française. Parfois parce que leur traduction est parfois incohérente, mais le plus souvent pour une raison très pragmatique : c’est l’usage qui fait la langue, et non l’inverse.