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Après Trump et Obama, Emmanuel Macron a-t-il le droit de partager des deepfakes de ses opposants politiques ?

Donald Trump a publié un deepfake mettant en scène l’arrestation fictive de Barack Obama, déclenchant un débat mondial sur la légalité de ces vidéos manipulées.

L’affaire a rapidement fait le tour du monde. Il y a quelques jours, Donald Trump partage sur son réseau social une vidéo deepfake mettant en scène Barack Obama arrêté par le FBI dans le Bureau ovale. Derrière le caractère volontairement provocateur de l’opération, le Président reste-t-il dans les clous de la légalité ?

Donald Trump a-t-il le droit de publier un deepfake de Barack Obama ?

Les États-Unis abordent la question de l’IA, et de son utilisation sous un angle libertaire. Plusieurs projets de lois fédérales visent à encadrer l’usage des deepfakes, comme le Deepfakes Accountability Act voté en 2023, et le No Fake Act rédigé l’année suivante. Pour autant, en 2025, la régulation reste morcelée et les sanctions varient selon le type de contenu et selon l’État.

De manière générale, presque tous les États américains ont légiféré sur la diffusion de deepfakes, surtout quand ils portent atteinte à la vie privée ou à la réputation, ou relèvent de la pornographie ou de la désinformation malveillante. Reste que la notion de satire politique dont il est question ici, bénéficie d’une plus grande marge de manœuvre. Dans ce cas précis, la liberté d’expression, protégée par le Premier Amendement, prime sur les restrictions, sauf si la vidéo générée relève de la diffamation, de l’incitation à la haine ou de la tentative de manipulation électorale. Malgré la mauvaise foi évidente du Président américain, la justice aura bien du mal à poursuivre son auteur (qui n’est pas Donald Trump) sans preuve d’intention malveillante manifeste. Le débat, dans ce contexte, aurait essentiellement été d’ordre moral et politique.

Et en France ?

En France, la loi est plus stricte. Peu de chance donc qu’Emmanuel Macron ne s’amuse à partager des vidéos mettant en scène François Hollande en cellule. Depuis la loi SREN de 2024, renforçant l’article 226-8 du Code pénal, la France possède en effet l’un des cadres les plus sévères au monde contre les deepfakes. Il est interdit de publier ou partager un contenu image, audio ou vidéo représentant une personne sans son consentement, si le caractère artificiel de la production n’est pas clairement explicité ou immédiatement perceptible. Dans le cas de la vidéo partagée par Trump, la nature artificielle n’est pas clairement mentionnée. Satire politique ou pas, ce manquement exposerait son auteur à des peines pouvant atteindre deux ans de prison et 45 000 € d’amende en cas de diffusion sur les réseaux sociaux.

Au cœur de cette législation, on retrouve la protection de la réputation, du droit à l’image et de la vie privée. Si la vidéo est partagée sans avertissement clair ou consentement de la personne représentée, un risque de tromperie du public suffit à engager la responsabilité pénale de l’auteur.

Entre la France et les États-Unis, ce sont deux manières diamétralement opposées de concevoir la liberté en ligne qui s’affrontent. D’un côté, la priorité est donnée à la prévention de la tromperie et à la protection des personnes. De l’autre, la défense absolue de la liberté d’expression laisse davantage d’espace à la satire et au risque de confusion, au nom du débat public.

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