Le débat fait rage chez les adorateurs du petit sorcier à lunettes. À chaque rediffusion, les spectateurs et lecteurs s’écharpent à déterminer lequel des huit films rend le plus justice à l’imaginaire de J.K Rowling et même plus largement à la fantasy. La rédaction du Journal du Geek est elle-même divisée sur la question, certains arguant (à tort) que le troisième film est le plus mauvais jamais proposé dans l’univers de Poudlard.
On ne peut pas laisser de telles sornettes être répandue ici et là, il fallait remettre les barres sur les T. Oui, Harry Potter et le prisonnier d’Azkaban est le meilleur film de toute la franchise (et de loin). Julie, qui ne tarit pas d’éloges sur le troisième volet de la saga, affronte Robin pour qui le film d’Alfonso Cuarón est un véritable affront à l’imaginaire de J.K Rowling. C’est l’heure du duel.
Julie : “C’est la seule vraie proposition de cinéma”
L’importance de Chris Columbus dans le processus d’adaptation des romans Harry Potter est indéniable. Le papa de Maman, j’ai raté l’avion, a fait éclore un univers riche pour accompagner les premières aventures du jeune sorcier à Poudlard. C’est à lui que la saga doit son esthétique si particulière, des objets qui se vendent aujourd’hui en produits dérivés en passant par les décors marquants comme la maquette de Poudlard, la Grande salle ou encore les dortoirs de nos héros. Un travail colossal a été abattu par les équipes artistiques. Mais à bien y regarder, c’est dans le troisième film que la licence entre véritablement dans la cour des grands.

C’est grâce à Alfonso Cuarón, premier réalisateur à s’interroger sur la manière dont l’univers doit se transformer pour accompagner l’évolution du jeune Harry Potter. Si certains choix ont fait débat auprès des initiés, force est de constater que Le Prisonnier d’Azkaban est la première vraie proposition de cinéma à Poudlard. Tandis que Columbus s’est bien trop souvent reposé sur les écrits et les descriptions de Rowling pour raconter les deux premières années d’Harry, Ron et Hermione à Poudlard, Cuarón n’a pas eu peur de remanier l’histoire pour la rendre plus cinématographique.
C’est particulièrement vrai concernant sa manière de jouer avec le temps, de le tordre encore et encore. La scène du Saule cogneur, que l’on voit se transformer au fil des mois, est l’exemple parfait de la manière dont Cuarón et ses équipes ont laissé leurs images parler d’elles-mêmes. Jusqu’ici, il était trop souvent question de se reposer sur les dialogues.
De la même manière, Harry Potter 3 parvient à se construire une véritable ambiance avec un changement radical de colorimétrie ainsi que des choix de mise en scène qui appuient les emprunts au fantastique. L’arrivée du loup-garou offrait au réalisateur une opportunité de rendre hommage au cinéma d’épouvante.
Un travail impossible sans l’expertise du directeur de la photographie, Michael Seresin (La Planète des singes) et qui rend chaque scène encore plus saisissante. Difficile d’imaginer que la scène des Détraqueurs dans le train aurait eu le même impact chez Columbus.
Robin : “Le changement de ton brise la cohérence de l’univers”
Fan de la première heure des livres Harry Potter ainsi que de leurs adaptations au cinéma, je trouve au contraire que Le Prisonnier d’Azkaban réalisé par Alfonso Cuarón est l’un des pires de la saga. Je n’ai jamais été fan des changements de réalisation brutaux qui rendent un univers moins crédible, à l’image de ce qu’il s’est passé avec les films 7 et 8 de Star Wars. À vouloir imposer sa patte, Cuarón nous sort de l’univers enchanteur d’Harry Potter établi par Chris Columbus dans les deux premiers films. L’exemple le plus flagrant est probablement le fait de voir les élèves de Poudlard aussi soudainement habillés en vêtements de Moldus plutôt qu’en uniformes de l’école, ce qui dilue l’identité visuelle magique de la saga.

Julie. “C’est l’histoire la plus aboutie”
Côté narration aussi, Le Prisonnier d’Azkaban surpasse largement ses compères. Dès les premiers instants, le film (comme le livre) multiplie les bonnes idées pour surprendre son auditoire. De la tante Marge transformée en ballon de baudruche à un jeu du chat et de la souris très efficace dans Poudlard, le scénariste Steve Kloves a su faire les bons choix pour ménager le suspense. Tandis que Columbus avait livré une adaptation très fidèle des deux premiers romans, Cuarón et Kloves se sont affranchis plus largement de leur modèle pour préparer savamment la deuxième moitié du métrage.
C’est simple, le retournement de situation dans la cabane hurlante est l’un des mieux maîtrisés de toute la saga. Les cailloux envoyés dans la cabane d’Hagrid, les hurlements, Harry Potter et le prisonnier d’Azkaban repose sur un concept ludique qui n’en oublie pas d’être aussi le moteur émotionnel du récit.
C’est particulièrement vrai concernant Sirius, qui devient immédiatement une figure importante de la mythologie. L’astuce du Retourneur de temps ajoute à la tragédie que représente l’évasion de Peter Pettigrow pour Harry et Sirius. Malgré tous ses efforts, Harry ne pourra vivre auprès de ce parrain aimant encore vu par le reste du monde comme un criminel en cavale.

Robin : “Le traitement du voyage dans le temps est laborieux”
L’aspect le plus agaçant du film est sans conteste sa représentation du retour dans le temps. Cuarón déroule d’abord 30 minutes de film consacré aux événements autour de la libération de Buck l’hippogriffe et du sauvetage de Sirius Black. Seulement, le réalisateur a ensuite décidé de nous montrer les mêmes scènes du point de vue d’Harry et Hermione ayant remonté le temps, avec de très légères variations. Résultat, il faut subir les 30 minutes précédentes de nouveau. Une façon de faire bien trop longue, ennuyeuse et répétitive, là où une narration plus habile aurait pu alterner les points de vue ou condenser l’action.
Robin : “Il y a une erreur factuelle dès les premières secondes de film”
Le film commence par une erreur factuelle majeure. Dans la première scène, Harry pratique la magie en dehors de Poudlard dans sa chambre chez les Dursley, ce qui est strictement interdit dans le monde magique pour les sorciers mineurs. Cette transgression des règles établies dès le premier film montre ici un manque de respect pour la cohérence de l’univers créé par J.K Rowling.

L’un des choix les plus problématiques et encore moqués sur les réseaux sociaux 20 ans plus tard est celui où Sirius hurle sur son affiche de recherche. Alors qu’il est innocent, cette représentation le fait passer pour le criminel dément et dangereux décrié par le Ministère. Certes, ce choix aide le récit en renforçant l’atmosphère menaçante, mais elle n’a absolument aucun sens.
Julie : “Rien que pour le travail de John Williams, c’est incroyable”
Harry Potter ne serait rien sans les quelques notes composées par John Williams. Celui à qui l’on doit les thèmes musicaux les plus emblématiques du septième art s’était surpassé dans les premiers films, restant tout de même dans les clous de ce qu’il avait déjà fait pour Star Wars ou Indiana Jones. Avec Le Prisonnier d’Azkaban, bien aidé par le changement radical de ton de la saga, livre un ensemble de compositions bien plus varié et enthousiasmant. Il invite de nouveaux instruments pour accompagner les nombreuses créatures et événements auxquels nos héros sont confrontés. Ce troisième film signera d’ailleurs son chant du cygne, puisqu’il passera ensuite le relais à la musique. Si l’on peut applaudir le travail de ses successeurs, jamais aucun n’aura eu un impact comparable à celui de Williams.
Robin : “Une scène finale appropriée pour un film aussi décevant”
Quitte à apporter un ton plus sombre à Harry Potter, autant y aller jusqu’au bout. Le départ de Lupin aurait représenté une belle fin à cet opus pourtant, Cuarón a décidé de finir sur une des scènes les moins puissantes de l’histoire de la saga. Harry montant sur son Éclair de Feu, avec un gros plan figé de son visage comme image finale. Décidément, le film ne se fait pas remarquer pour les bonnes raisons, et on a hâte de voir si la série de HBO apprendra des erreurs de Cuarón pour apporter plus de rythme et de cohérence au Prisonnier d’Azkaban, point central de la saga.

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