C’est sans aucun doute une transaction qui n’était pas dans le bingo d’Hollywood. À quelques mois d’une nouvelle scission entre la TV et le cinéma / streaming, Warner Bros Discovery envisage désormais de se vendre au plus offrant. Depuis quelque temps, l’entreprise de divertissement était approchée par de nombreuses rivales. Elle a finalement fait le choix de céder aux avances et d’évaluer la possibilité de rejoindre un autre conglomérat. Trois firmes s’étaient montrées particulièrement intéressées, au point de formuler de premières offres ce jeudi 20 novembre. Tous les joueurs de la partie avaient l’obligation de faire leur proposition, non contraignante, d’ici à la fin de journée d’hier. Universal, Paramount et Netflix sont désormais officiellement dans la partie.
Paramount Skydance est le grand favori
Si tous les acteurs de ces négociations sont sur la ligne de départ, tous ne partent pas avec les mêmes avantages. Paramount Skydance est le grand favori. D’abord, l’entreprise a été la première sur le coup. À peine la fusion de Paramount et Skydance validée par les autorités américaines, son nouveau PDG David Ellison, a toqué à la porte de David Zaslav avec une offre. Une offre pas assez alléchante pour la maison d’Harry Potter, le Seigneur des anneaux et DC. À l’époque, Warner Bros Discovery n’était officiellement pas intéressée. Quelques semaines plus tard, face à ses investisseurs, la firme avait néanmoins changé son fusil d’épaule en évoquant que les nombreuses sollicitations l’avaient poussée à reconsidérer la question.
Paramount Skydance n’a pas lâché le morceau et consolidé son offre. Outre sa fortune colossale, David Ellison a un atout dans sa manche que ses concurrents n’ont pas. Il est un fervent partisan de Donald Trump et ces liens devraient considérablement faciliter la procédure de validation de la transaction. Paramount n’aurait pas non plus regardé à la dépense, puisque l’offre la plus élevée a dépassé les 60 milliards de dollars.
Son plan, fusionner Paramount et Discover pour créer un véritable contrepoint aux géants de la tech comme Apple, Amazon ou encore Google, toutes investies dans le secteur culturel à différentes échelles. David Ellison veut remettre les acteurs historiques du 7e art et du petit écran à pied d’égalité avec les entreprises de la Silicon Valley.
Netflix inquiète
De son côté, Netflix a fait valoir la position de leader de son service de streaming. Ses plus 300 millions d’abonnés ont été au cœur de son argumentaire alors que le streaming par abonnement est un secteur primordial pour Warner Bros Discovery et son offre HBO Max. En cas de rachat, Netflix mettrait la main sur près de 120 millions de clients. Une base colossale qui lui permettrait de distancer un peu plus ses concurrents, Disney+ et Prime Video en premier lieu. Avec un tel rachat, le N rouge s’offre aussi des licences emblématiques du grand écran, comme Harry Potter, le Seigneur des anneaux ou encore les productions DC. Dans le même temps, elle pourrait tirer profit de la réputation d’HBO, synonyme de télévision premium aux États-Unis et dans le reste du monde, pour attirer un nouveau public.
Mais la candidature de Netflix inquiète. Depuis ses débuts, la plateforme met un point d’honneur à se tenir à bonne distance des cinémas. Hormis pour quelques productions d’envergure, de Frankenstein à Wake Up Dead Man en passant par Pinocchio, rares sont les films à avoir eu droit au grand écran ces dernières années. Le plus souvent, il s’agit de sortie événementielle, le temps d’un weekend ou d’une semaine. Une situation frustrante pour le public, mais pas inquiétante pour les exploitants de salles qui peuvent compter sur les studios historiques pour remplir leurs fauteuils rouges.
Sans les sorties de Warner Bros, la situation pourrait néanmoins devenir plus compliquée. La firme continue de créer l’événement chaque année au box-office, cette année avec Minecraft, le film (957 millions) ou encore Superman (616 millions). Lors de son plaidoyer, Netflix a affirmé son ambition de garder la sortie en salle à l’épicentre des activités Warner Bros. La plateforme s’est engagée à honorer les engagements sur les projets en production ou développement. La question des projets à venir, ceux qui ne sont pas encore nés, reste néanmoins en suspens.
Universal part avec un désavantage
Universal Comcast apparaît comme un choix tout trouvé pour racheter Warner Bros Discovery. L’entité a les mêmes ambitions que Warner Bros au cinéma comme sur le petit écran. Ajouter Warner Bros à son catalogue, ce serait une occasion pour Universal de véritablement mettre un pied dans le domaine très concurrentiel de la SVoD. En effet, Universal+ n’est pas un acteur de l’envergure du N rouge ou de Disney+, elle affiche quelque 40 millions d’utilisateurs à travers le monde. Les 120 millions de HBO Max dans le cadre d’une offre combinée lui offriraient automatiquement la troisième place du classement mondial. À noter que Peacock, aussi propriété de Comcast, affiche 41 millions d’utilisateurs à travers le monde.
Dans le même temps, Universal s’offrirait des licences d’envergure au cinéma et pourrait ainsi jouer des coudes avec Disney et ses franchises très populaires. Universal a quelques beaux titres de son catalogue, de Wicked à Jurassic Park en passant par La Momie ou encore Mario en animation. Reste qu’Universal pourrait éprouver des difficultés au moment de la validation d’une fusion par les autorités américaines. En effet, Donald Trump a déjà fait part de son animosité à l’égard de MSNBC et des personnalités phares du groupe, comme Seth Meyers. Il ne porte pas non plus le PDG de Comcast dans son cœur et pourrait bloquer le processus de validation.
Les prochaines semaines seront dans tous les cas décisives, Warner Bros espère conclure la vente d’ici à Noël. À noter qu’il faudrait au moins une année pour que la transaction soit effective, le temps de passer les étapes de régulation et de contrôle aux États-Unis et en Europe. Quoi qu’il en soit, le panorama cinématographique s’apprête à connaître un bouleversement d’envergure, à la hauteur de celui du rachat de la 20th Century Fox par Disney ou de l’acquisition de MGM par Amazon Studios.
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