Si notre temps d’attention a baissé en flèche avec l’explosion de TikTok et des réseaux sociaux vidéo, c’est la même chose pour les enfants. D’après l’étude Contemporary Hollywood Animation, ouvrage de référence édité par Edinburgh University Press en 2021, le cinéma d’animation et la 3D ont conduit à des plans de plus en plus courts. En 1941 par exemple, Dumbo affichait une durée de plan moyenne (ASL) de 5,8 secondes. En 2018, Spider-Man : Into the Spider-Verse tombe à environ 2 secondes par plan.
Surexcitation, sommeil perturbé et émotions en vrac
Aujourd’hui, un enfant exposé à un dessin animé voit trois à quatre fois plus d’images et de changements visuels qu’il y a quarante ans. Ces montages hyper-dynamiques, inspirés des algorithmes sociaux et des publicités ultra-courtes, passent d’un plan à l’autre en quelques fractions de seconde, créant un effet presque stroboscopique. Résultat : le cerveau immature peine à suivre, entraînant une surcharge sensorielle immédiate, alertent les experts. Interrogés par nos confrères du Parisien, certains parents parlent même d’un “trip sous LSD” pour qualifier le déferlement d’images et de sons qui accompagnent Gabby et la Maison magique, Miraculous ou La Pat’Patrouille.
C’est d’autant plus impactant que l’effet de cette surcharge sensorielle ne s’arrête pas à l’instant T. Les lumières vives, sons stridents et transitions brutales excitent le système nerveux, détaillent certains experts. De quoi nous convaincre un peu plus qu’il vaut mieux interdire les écrans avant 3 ans, et que le maître mot reste l’accompagnement d’un adulte de confiance. À long terme, le risque principal est de favoriser une dépendance aux contenus toujours plus saturés, rendant les activités calmes (lecture, jeu libre) plus fades et frustrantes.
Les enfants ne sont pas les seuls touchés
Avant de jeter la pierre aux dessins animés et aux jeux vidéo, il convient cependant de rappeler que cette capacité d’attention en chute libre n’est ni réservée aux plus jeunes, ni à la télévision. Netflix a normalisé l’audiodescription narrative, pour nous permettre de suivre une série tout en scrollant sur notre smartphone. Les réseaux sociaux sont devenus le temple du “hook” accrocheur, et ambitionnent de capter notre attention dès la première seconde, sous peine de se noyer dans un algorithme bien trop vaste.
Le potentiel addictif des nouveaux contenus n’est pas inédit, et il est surtout en augmentation constante. De là à dire que c’était lieux avant ? Pas forcément. Si la forme est effectivement critiquable, on se souvient aussi que les dessins animés de notre enfance n’avaient parfois rien d’un long fleuve tranquille, notamment en matière de violence, de racisme et de sexisme.
Du coup on fait comment ?
Face à cette déferlante, les recommandations fusent et ne s’accordent pas toujours : limiter à 15-20 minutes par jour, choisir des dessins apaisants, alterner avec jeux sans écran. Quand l’industrie du divertissement jeunesse court après le temps de cerveau disponible, mieux vaut ralentir le pas.
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