Ne vous fiez pas à son allure inoffensive : elle ressemble à un étrange croisement entre un bouquet de bulles et une créature extraterrestre délicatement posée sur le plancher océanique. Cette éponge de mer appartient au genre Chondrocladia, comptant un peu moins de 40 espèces recensées, des animaux, qui contrairement à la majorité des autres éponges, ne filtrent pas l’eau de mer pour se nourrir. Ce sont de redoutables prédateurs, parfaitement équipés pour chasser, sans même avoir à se déplacer, comme les plantes carnivores terrestres.
Cette petite nouvelle a été identifiée à 3 601 mètres de profondeur par le ROV SuBastian (un véhicule sous-marin télécommandé) lors de l’expédition Ocean Census. Un programme scientifique mondial titanesque, lancé en avril 2023, qui a pour mission d’explorer les fonds marins pour identifier la vie qu’ils abritent avant qu’elle ne disparaisse définitivement en raison des activités humaines. Si elle n’a pas encore de nom scientifique, elle a été baptisée « boule de la mort », un surnom qui, comme vous le verrez, lui va comme un gant.

Une machine à tuer
Comme vous pouvez l’admirer sur la photo ci-dessus, cette éponge ressemble à une grappe de ballons de baudruche en lévitation. Chacune des sphères qui dépassent de son corps, malgré leur apparence, ne sont pas lisses ; elles sont hérissées de spicules, qui sont de minuscules aiguilles de silice (le composant principal du verre), des structures microscopiques dotées de crochets à chaque extrémité. Pour un petit crustacé qui dérive dans l’obscurité totale, le moindre contact avec l’une de ces sphères signe son arrêt de mort. Une fois agrippée par ces milliers spicules de silice, la proie s’empêtre davantage à chaque mouvement.
Une fois sa victime engluée dans ce piège, l’éponge va pouvoir passer à la dégustation. Ne possédant pas de bouche ou d’estomac, elle va donc « fondre » sur sa victime et ses cellules vont l’envelopper, créant une cavité digestive temporaire tout autour d’elle.
Elle sécrète ensuite de puissantes enzymes digestives qui liquéfient les parties molles de la proie directement à travers sa carapace. En quelques heures, le crustacé n’est plus qu’une enveloppe vide, ses nutriments ayant été absorbés par les cellules de l’éponge qui reprennent ensuite leur place initiale.
Un modus operandi parfaitement adapté à son lieu de vie, car à ces profondeurs, la lumière du soleil n’y pénètre jamais et la nourriture est une ressource rare. Si d’autres prédateurs mobiles existent bien dans les abysses, ils épuisent leur énergie pour sillonner l’obscurité et chasser leurs proies. Notre petite « boule de la mort », elle, se la joue économe : elle reste immobile, laissant les courants marins faire le travail à sa place.
Elle partage ces eaux glacées avec de nombreuses créatures, dont une trentaine vient d’être identifiée par une expédition menée par la Nippon Foundation et l’alliance Nekton. Elle s’est concentrée sur l’un des lieux les plus reculés du globe, une fosse à l’est de l’île Montagu (territoire sous souveraineté britannique, aux confins de l’océan Austral) grouillante d’étranges animaux. Des crustacés encore inconnus, des vers à écailles protégés par une « armure » iridescente, d’immenses colonies d’étoiles de mer, qui sont sans l’ombre d’un doute, la (petite) partie émergée de l’iceberg.
Un bestiaire encore largement inconnu, comme le souligne justement Michelle Taylor, responsable scientifique du projet Ocean Census. « L’océan Austral reste profondément sous-échantillonné. À ce jour, nous n’avons évalué que moins de 30 % des échantillons prélevés lors de cette expédition. Confirmer déjà 30 nouvelles espèces montre à quel point la biodiversité est encore non documentée ». Il est certain que ces eaux reculées cachent encore une myriade de bêbêtes qui seront découvertes à l’avenir, puisqu’Ocean Census est une mission décennale qui projette de découvrir et de documenter 100 000 nouvelles espèces marines d’ici 2033. Il y a donc de fortes chances de tomber sur des créatures qui auraient tout à fait leur place dans Avatar 3 : de Feu et de Cendres, plus étranges encore que cette éponge.
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