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L’air des grandes villes est saturé de microplastiques : des niveaux jamais anticipés jusqu’ici

Le plus grand échec des mesures environnementales de la décenie ? Pas si loin, en effet.

Homo sapiens ou Homo plasticus ? On va finir par en douter, à force de découvrir que le matériau miracle des années 1950 est devenu l’un de nos pires poisons : on le retrouve dans notre alimentation, dans absolument tous les écosystèmes et même au plus profond de nos organismes. Sous la forme de microplastiques ou de nanoplastiques, ces indésirables sont omniprésents, mais il demeurait encore une inconnue dans sa dynamique de propagation. Nous n’étions que très peu renseignés sur la présence de ces polluants dans l’air des grandes villes.

L’atmosphère urbaine était le parent pauvre de la recherche sur les plastiques, car les instruments optiques qui la mesuraientt étaient trop limités. Les méthodes utilisées (comme la spectroscopie µ-Raman), ne parvenaient pas à décelerles particules inférieures à un micromètre en raison de la diffraction de la lumière, qui les soustrayait à la vue des chercheurs. Toutefois, grâce à une nouvelle technique d’analyse (microscopie électronique à balayage pilotée par ordinateur), autrement appelée CCSEM, une équipe internationale de chercheurs a réussi à traquer des particules de 200 nanomètres dans l’air de deux villes chinoises, Guangzhou et Xi’an.

Publiée le 9 janvier dans la revue Science, leur étude à ce propos confirme que les habitants de ces deux mégalopoles baignent quotidiennement dans le plastique diffusé dans l’air. Même si la qualité de l’air en Chine est incontestablement plus mauvaise qu’en France, il est fort possible que nous aussi soyons passés à côté de cette pollution fantôme.

Un tsunami nanoscopique

Selon les chiffres de l’étude, les concentrations atmosphériques atteignent, en moyenne, 180 000 microplastiques (MP) et 50 000 nanoplastiques (NP) par m3 d’air. Des ordres de grandeur difficiles à évaluer si on ne les compare pas à un autre référentiel, c’est pourquoi les chercheurs expliquent que ces niveaux sont « 100 à 1 000 000 de fois supérieurs aux valeurs obtenues par les techniques d’identification visuelle classiques ».

Si nous sommes restés aveugles à cette pollution, c’est, comme expliqué précédemment, car nous l’analysions avec des outils pas réellement adaptés. S’ils sont très efficaces pour repérer les plus grosses fibres plastiques, bien visibles au microscope électronique optique, ils sont inutiles à l’échelle nanoscopique.

En passant au crible l’air des deux villes à l’aide d’un faisceaux d’électrons (le fameux CCSEM), les chercheurs sont tombés sur le pot-au-roses. L’écrasante majorité de la pollution aérienne est constituée d’une bouillie informe, composé de minuscules fragments.

Les petits restes de notre monde moderne, en quelque sorte : morceaux de dizaines de milliers de pneu de voitures arrachés au bitume, morceaux d’emballages dégradés par les rayons UV, particules si fines qu’elles ne reflètent même pas la lumière, éclats de PVC en provenance des chantiers, agrégats de carbone suie qui collent au plastique comme de la glu… Toutes ces particules absorbent de plus les bactéries et les métaux lourds, eux aussi très présents en ville, et forment un aérosol hybride qu’aucun organisme ne peut éliminer.

Pour les auteurs, c’est catastrophique : « L’absence de quantification du plastique dans l’air a entraîné de nombreuses hypothèses et incertitudes dans la modélisation mondiale du cycle du plastique ». Nous avons donc développé nos politiques de santé publique sur des données tronquées, ignorant la part la plus volatile de cette pollution. Si l’épicentre de l’étude se situe dans les mégalopoles chinoises, ne nous leurrons pas : la densité du trafic à Paris, Lyon ou Marseille répond aux mêmes lois physiques que celles de Guangzhou et Xi’an. Même en l’absence de données, il est fort probable que nous respirions chaque jour cette bonne soupe de polymères, même si elle est peut-être un peu moins épicée. Nous attendons donc avec grande hâte qu’une équipe française s’empare de cette même méthodologie et braque un CCSEM sur nos centres-villes. En attendant, on vous laisse, et on va aller prendre un bon bol d’air frais rempli de de polyéthylène et de polyester !

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