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Pour aller de l’avant, Stellantis fait marche arrière en revenant au diesel

Acculé par des pertes colossales et une transition électrique plus lente que prévu, le groupe Stellantis réintroduit discrètement le diesel sur plusieurs de ses modèles phares en Europe. Un aveu d’échec ?

Il y a encore trois ans, Stellantis promettait le tout électrique. Carlos Tavares, alors directeur général, affichait des objectifs aussi clairs que positifs avec du 100 % de voitures électriques en Europe d’ici 2030. C’était ambitieux, probablement aussi imprudent.

Aujourd’hui, la réalité a rattrapé le groupe. Stellantis vient d’annoncer pas moins de 22 milliards d’euros de charges exceptionnelles liées à la révision de sa stratégie électrique. Le nouveau directeur général, Antonio Filosa qui a pris les commandes mi-2025 après le départ précipité de Tavares explique que le groupe a « surestimé le rythme de la transition énergétique ». Dans ce contexte, le retour au diesel n’est pas une lubie, c’est une nécessité commerciale.

Peugeot 308, Opel Astra, Berlingo… Le diesel sur du neuf fait son comeback

Stellantis vient d’annoncer bon nombre de modèles neufs disponibles en motorisation diesel. Les premiers concernés ont été les véhicules utilitaires et familiaux : le Citroën Berlingo, le Peugeot Rifter et l’Opel Combo ont retrouvé un moteur BlueHDi de 100 chevaux dans leur catalogue. Des modèles très prisés des professionnels et des familles nombreuses, qui avaient particulièrement souffert de l’abandon du diesel. Le Rifter notamment, avait vu ses ventes chuter brutalement après la suppression de cette motorisation.

Mais le mouvement dépasse le seul périmètre des utilitaires. Des berlines compactes emblématiques comme la Peugeot 308, l’Opel Astra et la DS N° 4 réapparaissent elles aussi avec une version gazole. Côté premium, les Alfa Romeo Giulia, Stelvio et Tonale continuent quant à elles de proposer des motorisations diesel, une confirmation importante pour leur clientèle européenne. Au total, ce sont au moins sept modèles qui bénéficient de ce retour ou de ce maintien actif du diesel dans la gamme Stellantis.

Le diesel est moins cher que l’électrique ?

Derrière ce revirement, il y a une évidence que l’industrie avait peut-être trop longtemps occultée étant l’écart de prix entre un modèle diesel et son équivalent électrique qui reste très significatif. En France, un Opel Combo diesel est affiché autour de 24 100 euros, quand sa version électrique dépasse les 37 000 euros. Pour un particulier ou un artisan, le choix est vite fait.

Contrairement à ce que les chiffres de ventes de voitures neuves pourraient laisser croire, le diesel reste loin d’être mort dans les usages quotidiens. Si la motorisation gazole ne représente plus que 7,7 % des immatriculations de voitures particulières neuves en Europe en 2025, elle pèse encore 45 % des transactions sur le marché de l’occasion. En France, près de la moitié du parc automobile roulant est toujours alimenté au gazole. C’est un vivier de clients que Stellantis ne peut pas se permettre d’ignorer plus longtemps.

Il y a un angle tout aussi décisif dans cette décision avec la concurrence chinoise. BYD, MG, Leapmotor et consorts ont envahi le segment électrique avec des prix agressifs et une technologie hybride rechargeable très compétitive. Face à cette offensive, les constructeurs européens peinent à se différencier sur leur propre terrain. En relançant le diesel, Stellantis se repositionne sur un créneau sans concurrent venu de Chine.

Un message politique derrière cette décision

Le retour du diesel chez Stellantis ne se lit pas seulement comme une réponse au marché. Selon Bernard Jullien, maître de conférences spécialiste de l’industrie automobile, « c’est plus qu’une offensive commerciale, c’est un travail politique de lobbying ». En roulant à contre-courant du tout électrique, le constructeur cherche à « forcer la main des politiques » et à faire valoir l’idée que les régulateurs ne devraient pas dicter les choix industriels des entreprises.

Le contexte réglementaire joue en sa faveur puisque la Commission européenne avait déjà reculé en assouplissant l’échéance d’interdiction des véhicules thermiques prévue pour 2035. Pour Jullien, derrière la décision de Stellantis, « il y a un discours subliminal qui consiste à dire : c’est Trump qui a raison et pas von der Leyen ». Stellantis n’est d’ailleurs pas seul dans ce mouvement puisque Ford, Volvo et General Motors sont aussi revenus sur leur trajectoire électrique ces derniers mois.

Stellantis tient cependant à nuancer son virage. Le groupe promet toujours le lancement d’une trentaine de modèles électriques ou hybrides en Europe entre 2025 et 2026. Ce n’est pas un abandon de l’électrique, c’est un retour à une approche multi-énergies, qui combine essence, hybride, diesel et électrique selon les segments et les marchés.

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