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Après 20 ans à viser Mars, SpaceX décroche enfin son premier contrat avec la NASA : Musk voit son rêve se réaliser, mais la mission pourrait ne jamais voir le jour

SpaceX sera peut-être le premier opérateur privé à envoyer une charge utile vers Mars… à condition que la Maison Blanche ne supprime pas le financement qu’elle vient tout juste d’accorder. Une situation légèrement lunaire.

Depuis 2002, Elon Musk est en boucle sur la même obsession : il a fondé SpaceX pour envoyer l’humanité sur Mars afin qu’elle dispose d’une porte de sortie au cas où la Terre ne devienne inhabitable. Encore en ce début d’année 2026, il jurait, comme à son habitude, qu’un Falcon Heavy irait se poser sur la planète rouge cette année. D’aucuns diront que c’est une enième promesse qui s’évaporera entre les dizaines d’autres non tenues tout au long de sa carrière d’entrepreneur. D’autres peut-être y croiront et préféreront s’accrocher au rêve multiplanétaire du milliardaire plutôt que de se résigner au déclinisme ambiant.

En 24 ans, SpaceX est devenue la reine de l’aérospatial privé : l’entreprise a décroché des contrats pour la Station Spatiale Internationale (capsules Cargo Dragon et Crew Dragon), avec le Pentagone (constellation SB-AMTI, Starshield), pour Starlink, pour le programme Artemis (méga-contrat Human Landing System), mais jamais pour Mars. Un long désert, dans lequel SpaceX vient tout juste de trouver une oasis, le 16 avril.

La NASA lui a officiellement confié comme mission le lancement du rover martien Rosalind Franklin, développé par l’Agence spatiale européenne. Au plus tôt, fin 2028, celui-ci décollera depuis le Centre spatial Kennedy en Floride, à bord d’un Falcon Heavy. Un contrat valorisé à 175,7 millions de dollars obtenu parce que l’une des missions de l’ESA s’est retrouvée orpheline de lanceur : SpaceX a donc été choisi comme une vulgaire roue de secours. Un choix qui n’était pas exactement la consécration ultime pour un homme qui déteste par-dessus tout passer après les autres, et encore moins comme second choix.

Un contrat bâti sur les ruines du partenariat russo-européen

Le rover Rosalind Franklin traîne une histoire tragique et pleine de déconvenues. Conçu au début des années 2000 dans le cadre du programme ExoMars, il a changé de fusée de lancement et de partenaires presque autant de fois qu’il a essuyé de reports. Il devait initialement décoller en 2022 à bord d’une fusée russe Proton, dans le cadre d’une coopération entre l’ESA et Roscosmos. L’invasion de l’Ukraine en février de cette même année a mis fin à ce partenariat, laissant l’engin assemblé mais cloué au sol, sans lanceur ni plateforme d’atterrissage.

Avec déjà plus d’un milliard d’euros pour le développer, il était impossible pour l’ESA de laisser la situation s’enliser. Elle attribua alors un contrat de 522 millions d’euros à Thales Alenia Space pour reconstruire les éléments autrefois fournis par Moscou. Un mois plus tard, l’ESA et la NASA ont signé un mémorandum d’accord qui réglait l’un des problèmes les plus sensibles laissés par le départ des Russes : les unités chauffantes à radioisotopes, sans lesquelles le rover gèlerait sur Mars, ne peuvent être produites qu’aux États-Unis, et Roscosmos en avait la charge depuis l’origine du projet.

Ce dernier point explique d’ailleurs pourquoi le lancement devait impérativement être confié à un opérateur américain : les réglementations américaines sur l’export des technologies à base de radioisotopes imposent que tout chargement contenant ces éléments quitte le sol à bord d’un lanceur domestique, ce qui réduisait le choix à SpaceX ou United Launch Alliance.

La NASA s’est donc tournée vers l’entreprise de Musk, parce qu’elle n’avait plus le choix : les fenêtres de lancement vers Mars ne se présentent que toutes les vingt-six mois, et durant celle de 2028, le Falcon Heavy était le seul lanceur américain lourd disponible et éprouvé pour une mission de cette envergure.

Le rover qui pourrait ne jamais décoller ?

Toutefois, c’est là que l’histoire se corse et que les dirigeants de SpaceX et Musk doivent l’avoir mauvaise : le budget proposé par la Maison Blanche pour l’exercice fiscal 2027 ne prévoit aucun financement pour le projet ROSA. Le volet américain de la mission qui désigne l’ensemble des contributions pour le rover que la NASA s’est engagée à fournir à l’ESA : les moteurs de freinage pour la plateforme d’atterrissage, les unités chauffantes à radioisotopes, l’électronique embarquée et le spectromètre de masse.

Pire : la mission n’est même pas mentionnée dans le document de justification budgétaire détaillé transmis au Congrès le 3 avril 2026. Selon une analyse de la Planetary Society, ROSA figure parmi les dix missions de la catégorie « sciences planétaires » que l’administration propose de supprimer, soit 29 % du portefeuille actuel de la NASA. Mission que l’administration vient tout juste de commander pour 175,7 millions de dollars : un chef-d’œuvre de schizophrénie administrative qui ferait presque passer la paperasserie de l’Union européenne pour un modèle de fluidité.

La mission ROSA a déjà frôlé l’annulation en 2025, quand le budget 2026 avait été présenté, avant que le Congrès ne rétablisse son financement. Un scénario similaire pourrait donc se répéter : un comble pour une entreprise qui prône l’agilité maximale et se retrouve suspendue au bon-vouloir de sénateurs proches de la retraite. Vingt-quatre ans à viser Mars, et c’est le calendrier budgétaire du Congrès américain qui décidera de la suite : on se croirait revenus dans les années 1970, quand la Maison-Blanche a décidé que l’espace lointain coûtait trop cher et a condamné les ingénieurs américains à faire du surplace autour de la Terre pendant quarante ans. Que l’on s’entende bien : loin de nous l’idée de prendre parti pour SpaceX et Elon Musk, mais voir l’une des missions scientifiques les plus importantes de l’exobiologie prise en otage par des politiciens qui ne savent probablement pas faire la différence entre un astéroïde et une comète reste profondément désolant.

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