En juin 2025, le gouvernement américain a décidé de démanteler climate.gov, le portail public fédéral de la NOAA (National Oceanic and Atmospheric Administration), consacré à la science climatique. Un service qui, depuis 2010, faisait figure de référence outre-Atlantique : une équipe de rédacteurs, de graphistes, de spécialistes de la donnée, de vulgarisateurs scientifiques y traduisait la complexité de la discipline en articles accessibles, en cartes interactives, en tableaux de bord suivant la fonte de la banquise arctique, les émissions de gaz à effet de serre, les variations du rayonnement solaire ou les épisodes El Niño, sans oublier des ressources pédagogiques utilisées par des enseignants du secondaire.
Dix personnes seulement suffisaient à le faire tourner ; les dix ont été licenciées d’un coup, noyées dans une purge qui a emporté plus d’un cinquième des effectifs de la NOAA. Une censure par l’obstruction, visant à déposséder la science de son statut de « réalité publique » : l’une des marottes de Trump depuis qu’il est revenu au pouvoir. Un an plus tard, un groupe de quatre-vingts scientifiques bénévoles vient de prendre sa revanche pour que les contribuables américains récupèrent leur droit à s’informer ; un pied de nez retentissant à l’attention de l’occupant de la Maison-Blanche.
Une renaissance grâce à la sueur de 2 500 donateurs
Rebecca Lindsey, ancienne directrice du programme climate.gov, a réuni son ancienne équipe et un aréopage de chercheurs pour ressusciter le site sous un nouveau nom, climate.us, hébergé par une structure associative indépendante de tout financement fédéral. Lancé officiellement un an après la fermeture, le site a pu voir le jour grâce à un financement participatif (plus de 321 000 dollars récoltés auprès de plus de 2 500 contributeurs) et un mécène resté anonyme.
Tout est là (presque) comme avant : 15 ans d’archives comportant rapports climatiques, outils pédagogiques, cartes régionales et tableaux de bord sur les indicateurs clés (CO2, glace arctique, températures mondiales, niveau des océans, etc.).
Au moment de la fermeture, Washington l’avait justifié en invoquant le respect de l’ordre exécutif 14303 (« Restoring Gold Standard Science »), un texte censé garantir la rigueur scientifique fédérale, mais que l’administration Trump a détourné en 2025 pour justifier la suppression d’outils de communication scientifique. Officiellement, aucune étude ni aucune donnée n’était visée nommément ; dans les faits, climate.gov s’est retrouvé sommé de répondre à des standards de validation administrative si lourds qu’ils en devenaient impossibles à tenir pour un service de vulgarisation tenu par seulement dix personnes.
Une technique typique de l’administration Trump : au lieu d’interdire le site (ce qui aurait provoqué un tollé juridique monstrueux), on fait en sorte qu’il soit illégal ou non conforme par le biais de la réglementation.
La « victoire » de Lindsey a tout de même l’affreux arrière-goût doux-amer d’une défaite par K.O. technique infligée par l’État. En fin de compte, qui a vraiment gagné ? Est-ce la chercheuse et son équipe, qui a réussi à sauver les meubles avant qu’ils ne finissent brûlés ? Est-ce Washington, qui a réussi à déclasser le savoir scientifique au rang d’opinion privée, presque un « hobby » financé par des donateurs anonymes, alors qu’il devrait faire partie de la colonne vertébrale de la souveraineté nationale américaine ? Cette manche revient sans le moindre doute aux scientifiques, mais la guerre, elle, continuera de plein droit, tant que les cycles électoraux suivront leur cours. « L’accès à une information climatique rigoureuse ne devrait pas disparaître au gré des changements de gouvernement », martèle Lindsey. Alors, oui, nous pouvons applaudir ce sauvetage, mais n’oublions jamais qu’il n’aurait jamais dû être nécessaire.
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