Pendant près de trois semaines, deux des modèles d’intelligence artificielle les plus performants de la planète ont été débranchés. Il ne s’agissait ni d’une panne, ni d’un piratage, mais bien d’un ordre gouvernemental, en provenance directe de Washington. Le 12 juin, une directive de contrôle à l’exportation émise par l’administration américaine, invoquant des raisons « de sécurité nationale », a contraint Anthropic à suspendre l’accès à Claude Fable 5 et Claude Mythos 5. Depuis le 1er juillet, la situation se débloque progressivement. Mais le mal est déjà fait.
Une faille, et de sérieuses questions politiques
Tout est parti d’une faille. Des chercheurs d’Amazon ont mis au jour une méthode de contournement des garde-fous de Fable 5, poussant le modèle à identifier des vulnérabilités logicielles et, dans au moins un cas documenté, à produire un code montrant comment les exploiter. De quoi alarmer Washington, qui a réagi en imposant une restriction brutale, et en interdisant l’accès aux modèles IA de Claude pour tous les ressortissants non américains.
Problème, une entreprise ne filtre pas ses utilisateurs par nationalité en temps réel. Incapable d’appliquer une règle aussi précise, Anthropic a choisi la seule option praticable : couper l’accès pour tout le monde. Le blocage a été total, immédiat, et vécu comme un coup dur par tout un écosystème d’entreprises et de développeurs qui bâtissent leurs outils sur ces modèles. Un premier redémarrage partiel est intervenu le 26 juin, mais réservé à un cercle restreint d’organisations américaines de cyberdéfense. Depuis ce matin, les modèles premium de Claude opèrent un retour progressif dans le reste du monde.
Problème réglé, vraiment ?
Le 30 juin, le Département du Commerce a finalement levé les contrôles à l’export, mettant fin à un bras de fer de trois semaines entre l’entreprise américaine et la Maison-Blanche. Dans une lettre rendue publique, le ministre du Commerce Howard Lutnick a précisé les termes du marché : Anthropic s’engage à détecter et traiter de façon proactive les risques de sécurité, à collaborer avec le gouvernement sur les protocoles et les normes de ses modèles présents et futurs, et à signaler toute activité malveillante. En contrepartie, l’exécutif se réserve explicitement le droit de rétablir les restrictions si ces engagements ne sont pas tenus.
Concrètement, Claude Fable 5 redevient accessible dans le monde entier. Sauf que ce « retour mondial » mérite quelques précisions. D’abord, Fable 5 revient bridé : Anthropic a redéployé le modèle avec de nouveaux garde-fous, conçus pour bloquer davantage de tâches liées à la cybersécurité, au point que certaines opérations de routine, y compris du simple code, pourraient être affectées à court terme. Ensuite, Mythos 5, la version la moins restreinte du même modèle, ne revient pas pour tout le monde : son accès reste cantonné à des organisations américaines validées par le gouvernement.
Le monde est dépendant de l’IA, et c’est un problème
Le véritable problème relève du traitement politique plus que de l’incident technique. En quelques semaines, l’administration américaine a démontré qu’elle pouvait suspendre, filtrer, puis relancer une IA de pointe selon son bon vouloir, et décider qui y accède, dans quel cadre et sur quel territoire. Début juin, un décret présidentiel avait déjà instauré un examen fédéral des modèles avancés jusqu’à trente jours avant leur mise sur le marché. Dans la foulée, OpenAI a lancé son GPT-5.6 en accès limité, acceptant que le gouvernement valide ses clients au cas par cas. La vraie question n’est plus de savoir si Claude Fable 5 fonctionne à nouveau, mais qui décidera, la prochaine fois, qu’il ne doit plus fonctionner du tout.
🟣 Pour ne manquer aucune news sur le Journal du Geek, suivez-nous sur Google et sur notre canal WhatsApp. Et si vous nous adorez, on a une newsletter tous les matins.