Une esquive qui a suffi à faire grimper les paris des analystes sur une opération jugée jusque-là spéculative. Le timing n’a rien d’un hasard car les comptes publiés le jour même révèlent à quel point les deux entreprises sont déjà imbriquées financièrement, bien avant toute fusion officielle.
Une question éludée, pas vraiment écartée
Quand les analystes ont interrogé Musk sur une possible fusion entre Tesla et SpaceX, sa réponse a laissé la porte grande ouverte plutôt que de la refermer. “Comme vous pouvez le constater avec toutes ces collaborations sur tant de fronts avec SpaceX, il y a de plus en plus de recoupements, notamment avec le Terafab, qui va devenir un projet gigantesque“, a-t-il répondu, avant d’ajouter: “Mais évidemment, on ne peut pas parler de fusionner des entreprises, ce genre de choses, lors d’un appel de résultats.” Musk a ensuite enchaîné sur un véritable argumentaire commercial en faveur d’un tel rapprochement, expliquant que le réseau Starlink de SpaceX pourrait assurer une connectivité fiable aux véhicules autonomes de Tesla comme le Cybercab, y compris dans les zones sans réseau cellulaire, et que l’intelligence artificielle Grok, développée par SpaceXAI, pourrait à terme piloter les robots humanoïdes Optimus dans le cadre d’un projet déjà lancé cette année sous le nom de Digital Optimus.
Cette non-réponse a suffi à convaincre plusieurs observateurs financiers. Gene Munster, cofondateur de la société d’investissement Deepwater, a relevé sur X qu’il évaluait déjà à 80 % la probabilité d’un rapprochement entre les deux groupes dans les prochaines années avant cet appel, une estimation qu’il a relevée à 90 % dans la foulée !
Des liens déjà bien étroits
Le rapprochement Tesla-SpaceX ne partirait pas de zéro. Les deux entreprises collaborent déjà sur le Terafab, une gigantesque usine de puces électroniques en construction au Texas, ainsi que sur l’intégration du chatbot Grok dans les véhicules Tesla. SpaceX elle-même a connu sa propre recomposition cette année, en absorbant xAI dans le cadre d’un rachat évalué à 1250 milliards de dollars, avant d’entrer en bourse cet été via une introduction record de 75 milliards de dollars. Ce parcours boursier reste toutefois heurté car SpaceX a perdu plus de 40 % de sa valeur depuis son pic atteint juste après cette entrée en bourse.
Le détail que les résultats de Tesla révèlent
C’est là que la question de la fusion prend tout son sens. Les résultats du deuxième trimestre 2026, publiés le même jour, affichent un chiffre d’affaires de 28,24 milliards de dollars, en hausse de 26 % sur un an et supérieur aux attentes du marché, porté par un nombre record de livraisons de véhicules. Mais le bénéfice par action ajusté ressort à 0,33 dollar, très en dessous du consensus des analystes fixé entre 0,51 et 0,55 dollar, une marge d’erreur de près de 40 %. La marge opérationnelle s’est effondrée de 4,1 % à 1,4 % sur un an, et la trésorerie disponible est devenue négative, à hauteur de 1,09 milliard de dollars, portée par des dépenses d’investissement en hausse de 142 % sur la période, à 5,79 milliards de dollars.
Le détail le plus révélateur concerne l’origine réelle du bénéfice net GAAP de Tesla sur la période, fixé à 1,11 milliard de dollars. Environ 763 millions de dollars, soit près de 68 % de ce total, proviennent en réalité d’une plus-value comptable non réalisée sur la participation que Tesla détient dans SpaceX, valorisée au cours de cette dernière au 30 juin. Autrement dit, sans ce gain purement financier lié à sa participation dans SpaceX, l’activité automobile et énergétique de Tesla aurait dégagé un bénéfice bien plus modeste que ne le laisse penser le chiffre affiché en une de ses résultats trimestriels. Les deux entreprises sont donc déjà largement liées sur le plan comptable, bien avant toute fusion formelle.
Cette dégradation des marges s’explique largement par un choix stratégique assumé. Tesla prévoit de dépenser plus de 25 milliards de dollars sur l’ensemble de l’année 2026, confirmés par le directeur financier Vaibhav Taneja, pour financer simultanément la production des robots Optimus, la construction de centres de données dédiés à l’intelligence artificielle et la montée en cadence du Cybercab. “C’est une année de dépenses d’investissement massives, mais je suis confiant que tout ce dans quoi nous investissons apportera des retours incroyables”, a justifié Musk, qui a également revendiqué auprès de ses équipes une consigne de dépenser “aussi vite que possible sans être trop gaspilleur“, plutôt que de viser une efficacité maximale qu’il juge susceptible de ralentir l’innovation. Il est allé jusqu’à qualifier cette phase de “probablement la montée en puissance industrielle la plus rapide aux États-Unis depuis la Seconde Guerre mondiale“, une formule spectaculaire qu’aucune donnée chiffrée indépendante ne vient à ce stade confirmer ou contredire !
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