27 ans qu’Elon Musk tourne autour de cette idée. En 1999 l’entrepreneur fondait X.com, une banque en ligne censée réunir dépôts, paiements et investissements sous un même toit, avant que le projet ne se fasse absorber et rebaptiser PayPal. Le rêve n’a jamais vraiment quitté le milliardaire, qui promettait depuis son rachat de Twitter de déployer une solution multiplateforme dédiée aux paiement en ligne, mais pas seulement. Cette semaine, il vient de poser une nouvelle pierre à son édifice : X Money est désormais accessible à une partie des utilisateurs américains.
Le lancement, officialisé le 27 juillet dernier, reste pour l’instant limité. Seuls les abonnés X Premium+, la formule payante la plus chère de la plateforme, peuvent y accéder, et uniquement sur invitation aux États-Unis. Une prudence qui tranche avec les ambitions affichées par Musk, qui décrit depuis des mois une application capable de faire « tout ce que l’argent permet de faire ».
Une carte Visa et un taux qui fait de l’œil aux banques traditionnelles
Sur le papier, l’offre a de quoi attirer l’œil. X Money propose un compte rémunéré à un taux pouvant grimper jusqu’à 6 % par an, largement au-dessus de ce que proposent la plupart des banques classiques américaines sur un compte d’épargne courant. S’y ajoute une carte de retrait Visa au format métal, utilisable dans les commerces comme aux distributeurs, avec jusqu’à 3 % de cashback sur certains achats. Les virements entre utilisateurs de la plateforme, eux, sont annoncés comme instantanés et gratuits.
Le projet est néanmoins à nuancer. X Money n’est pas une banque au sens propre du terme. Le service s’appuie en réalité sur l’infrastructure de Cross River Bank, un établissement américain qui prête déjà sa licence bancaire à une bonne partie des fintechs du pays, X se contentant d’habiller le tout de son image de marque.
Le vrai défi n’est pas technique
L’obstacle principal pour X Money ne se situe pas du côté de la technologie, mais du côté des habitudes. Le marché est déjà occupé par des acteurs bien installés, PayPal en tête, dont la filiale Venmo domine largement les transferts entre particuliers, aux côtés de Zelle, directement intégré aux applications des grandes banques du pays.
Avec X Money, Musk ambitionne de marcher sur les platebandes de WeChat Pay, où des centaines de millions d’utilisateurs paient, discutent et achètent depuis la même application en Chine, sans jamais en sortir. La différence, c’est que ce modèle s’est développé dans un contexte très particulier, celui d’un marché chinois qui ne disposait pas encore d’une infrastructure bancaire par carte aussi développée que celle des États-Unis.
Pour l’instant, X Money reste cantonné aux États-Unis et à une poignée d’utilisateurs triés sur le volet. Aucune date n’a été communiquée pour une éventuelle ouverture en Europe, où la régulation bancaire et la protection des consommateurs sont autrement plus strictes qu’outre-Atlantique. Musk, de son côté, continue d’évoquer un futur où l’argent, sous sa forme classique, finirait par ne plus vraiment compter, entre comptes de marché monétaire, prêts et intégration éventuelle des cryptomonnaies. Reste à savoir combien d’utilisateurs seront prêts à confier leurs virements de tous les jours à la même plateforme que celle où ils postent leurs opinions sur l’actualité.
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