Pour tous les natifs du 9 septembre, nous vous souhaitons d’abord un excellent anniversaire. Si vous lisez ces lignes aujourd’hui, sachez que la probabilité que vous souffliez vos bougies en même temps qu’un contingent exceptionnel d’autres êtres humains est statistiquement confirmée. Vous n’êtes pas spécial (au sens statistique, bien sûr) en somme ; ou plutôt, vous l’êtes autant que les 12 344 autres personnes nées en moyenne ce jour-là, chaque année, rien qu’aux États-Unis. C’est le chiffre qui a émergé d’une analyse du site FiveThirtyEight, réalisée par le journaliste de données Matt Stiles, fondateur du site The Daily Viz, à partir des données compilées par FiveThirtyEight en 2016.
En passant au crible vingt années de naissances sur le sol américain, de 1994 à 2014, cette analyse est parvenue à la conclusion que le 9 septembre arrivait toujours en tête. D’ailleurs, 90 % des dates d’anniversaires les plus fréquentes aux USA tombent en septembre, comme si ce mois était l’épicentre démographique de l’année.
Comment est-ce possible ? Qu’est-ce qui, dans notre biologie ou nos habitudes sociales, fait que tant de bébés voient le jour à ce moment-là ? Rien de trop sorcier pour répondre à ces deux questions : un peu de mathématiques, de statistiques, une pincée d’endocrinologie et une bonne dose de sociologie.
Quand le thermomètre baisse, la libido grimpe : la cuvée spéciale de l’hiver
Commençons par les mathématiques, histoire de se débarrasser de la partie la moins rigolote. Une grossesse humaine dure, en moyenne, 38 semaines (soit 8 mois et trois semaines), à compter de la fécondation. Si l’on remonte 38 semaines en arrière depuis le 9 septembre, on atterrit logiquement aux alentours du 17 décembre. Pour les naissances du 19 septembre (deuxième date la plus fréquente, avec 12 285 naissances quotidiennes en moyenne), la conception se situe autour du 27 décembre.
Quant aux bébés de la fin du mois, qui voient le jour entre le 22 et le 26 septembre, disons que leurs parents ont fêté l’arrivée de la nouvelle année avec un enthousiasme tout particulier. Enthousiasme dont ils ne verront (et berceront dans leur bras) le résultat final que neuf mois plus tard.
La période de conception correspondant au pic de septembre est donc celles des fêtes de fin d’année. Période où les congés se multiplient, le Père Noël arme déjà son traîneau, la consommation d’alcool peut légèrement grimper, et où les couples aiment à passer davantage de temps dans l’intimité de leur cocon pendant que la nuit tombe à 17 heures. Rien de mieux pour survivre à cette période un peu maussade, non ?
La thermodynamique du caleçon
Ce phénomène s’explique autrement que par la seule ferveur festive et plusieurs travaux de recherche avancent des hypothèses complémentaires pour le démontrer. Physiologiquement parlant, le raccourcissement de la durée des journées en hiver pourrait influencer la sécrétion de certaines hormones liées à la reproduction (gonadolibérine, gonadotropines) ou autres neurotransmetteurs (dopamine, sérotonine).
D’autres études, publiées notamment dans la revue The New England Journal of Medicine ou dans Fertility and Sterility, suggèrent que la qualité du sperme est moins bonne en été. Effectivement, la chaleur est un facteur défavorable à la spermatogenèse. Les spermatozoïdes préfèrent les températures froides et nécessitent une plage idéale comprise entre 34 °C et 35 °C, soit environ 2 à 4 °C de moins que la température corporelle interne (37 °C). Ce qui, par élimination, placerait les mois froids dans une fenêtre de fertilité plus favorable, puisque durant l’été et ses canicules de plus en plus fréquentes, la qualité séminale prend une sérieuse claque.
Même si Homo sapiens se différencie du reste du règne animal, ce pic de naissance de septembre nous fait quelque peu redescendre à notre condition primaire. Nous sommes toujours des mammifères (même avec nos smartphones à 1 000 balles et nos voitures électriques qui ressemblent à des PC sur quatre roues) au comportement reproductif que nos rituels sociaux de fin d’année ne font qu’exacerber. Si vous mettez à disposition d’un couple du temps libre en quantité industrielle, un canapé sur lequel s’allonger sous de confortables plaids, un foyer chaud pour oublier le mauvais temps et oublier les courtes journées… la suite se passe de commentaire et nous n’allons pas vous faire un dessin. Le mois de septembre récolte ainsi simplement les graines que décembre a semées.