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La France va-t-elle interdire la revente des cartes Pokémon avec plus de 20 % de marge ? (les scalpers en PLS)

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Une publication vue près de 1,3 million de fois affirme qu’une nouvelle loi française va bientôt interdire de revendre un produit neuf plus de 20 % au-dessus de son prix d’origine. Le texte viserait notamment les cartes Pokémon et le scalping.

Les cartes Pokémon sont particulièrement difficiles à trouver en ce moment, et cela suffit visiblement à faire travailler l’imagination. Alors que les produits célébrant les 30 ans du jeu de cartes suscitent un important engouement, une publication sur X affirme qu’une nouvelle loi française va mettre fin au phénomène du “scalping” dès 2027. Le message, vu près de 1,3 million de fois, affirme notamment qu’il deviendra “impossible et illégal” de revendre un objet neuf plus de 20 % au-dessus de son prix initial. Une affirmation suffisamment précise pour sembler crédible.

Cette “info” est pourtant bien fausse ! La DGCCRF a indiqué à TF1 Info ne pas avoir connaissance de l’étude d’une telle loi et aucun texte correspondant n’a été publié au Journal officiel.

Il n’existe aucune loi plafonnant les prix à +20 %

Pour l’instant, rien dans la législation française ne fixe un plafond de 20 % sur le prix auquel un particulier peut revendre un objet qu’il possède.

Un particulier qui revend occasionnellement un bien lui appartenant peut donc fixer le prix qu’il souhaite. Si quelqu’un est prêt à payer 150 euros pour un produit acheté 100 euros quelques jours plus tôt, le simple fait de réaliser une plus-value de 50 % ne rend pas la transaction illégale.

La situation est différente lorsque la personne achète des produits dans le but de les revendre. Il ne s’agit alors plus simplement de vider ses placards ou de revendre une collection personnelle : cette activité peut relever d’une activité commerciale et les revenus correspondants doivent être déclarés. Bercy distingue explicitement la vente de biens personnels de l’achat de biens destinés à être revendus. Mais là encore, aucune limite générale de 20 % n’existe.

Une pétition sur les cartes Pokémon existe bien

La rumeur n’est toutefois pas sortie totalement de nulle part. Une pétition déposée au Sénat en juillet 2025 demande effectivement un encadrement de la revente de produits scellés de collection, avec les cartes Pokémon comme exemple. Son auteur dénonce les achats massifs de produits dès leur sortie, suivis de reventes à des prix pouvant atteindre deux à quatre fois le tarif initial.

Le texte va même beaucoup plus loin qu’un simple plafond de prix. Il propose notamment de limiter les quantités achetées, de réserver certaines ventes de produits scellés à des professionnels agréés, de responsabiliser les plateformes et de créer un observatoire des produits de collection.

Cependant, la pétition est aujourd’hui fermée et n’a recueilli que 6 signatures, très loin des 100 000 nécessaires pour pouvoir être transmise à la Conférence des présidents du Sénat. Elle n’a donc pas débouché sur une loi, ni même sur le processus législatif décrit dans la publication virale. Et surtout, cette pétition ne proposait pas elle-même une loi imposant précisément une limite de 20 %.

Ce que le fisc peut réellement vous réclamer

Il existe en revanche bien des règles fiscales concernant la revente de cartes Pokémon. Depuis plusieurs années, certaines cartes peuvent être considérées comme des objets de collection, lorsque leur prix de cession dépasse 5 000 euros, une taxe forfaitaire peut s’appliquer.

Bercy précise actuellement que cette taxe représente 6 % du prix de vente, auxquels s’ajoutent 0,5 % de CRDS. Le vendeur peut, sous certaines conditions, choisir à la place le régime d’imposition des plus-values sur les biens meubles : l’impôt est alors calculé sur la plus-value réalisée et non sur le montant total de la vente. Cela concerne potentiellement une carte Pokémon vendue plusieurs milliers d’euros, mais cela n’a absolument rien à voir avec un plafonnement du prix de revente.

Bercy rappelle d’ailleurs que la grande majorité des cartes Pokémon se négocient très loin du seuil de 5 000 euros. Les ventes spectaculaires de cartes extrêmement rares ne représentent pas le marché dans son ensemble.

Autre cas, lorsqu’un particulier achète des produits dans le but de les revendre, les revenus de cette activité sont imposables. Là encore, ce n’est pas le montant de la marge qui rend la revente illégale, c’est le caractère commercial de l’activité qui entraîne des obligations fiscales et administratives.

Pourquoi cette rumeur tombe particulièrement bien ?

Le timing est presque trop parfait, Pokémon célèbre actuellement les 30 ans de son jeu de cartes, et la sortie de produits anniversaire a provoqué de fortes tensions dans certains magasins. Les produits scellés sont particulièrement recherchés par les collectionneurs et les revendeurs, avec des écarts importants entre le prix conseillé et certains prix pratiqués sur le marché secondaire.

Le phénomène de spéculation n’est donc pas imaginaire, les cartes les plus rares peuvent atteindre des sommes considérables. En février 2026, la carte Pikachu Illustrator de Logan Paul s’est par exemple vendue 16,5 millions de dollars, établissant un record pour une carte à collectionner.

Le marché attire aussi les contrefaçons et les fraudes, et Logan Paul avait lui-même acheté en 2021 une boîte supposée contenir des cartes Pokémon de première édition pour 3,5 millions de dollars avant de découvrir, après ouverture, qu’elle contenait des cartes G.I. Joe.

Il y a donc bien un problème autour de la spéculation, mais cela ne signifie pas qu’une loi française est sur le point d’interdire les marges supérieures à 20 %.

Le Japon réfléchit réellement à de nouvelles règles

La confusion est peut-être d’autant plus facile à entretenir que le Japon s’intéresse réellement au sujet. En juillet 2026, des parlementaires du Parti libéral-démocrate japonais ont créé un groupe consacré au marché des cartes à collectionner. Les élus souhaitent notamment réfléchir aux problèmes liés aux contrefaçons, aux achats massifs destinés à la revente et à la transparence du marché. Pokémon et Yu-Gi-Oh! sont directement concernés par cette réflexion.

Le marché japonais des cartes à collectionner a atteint environ 338 milliards de yens en 2025, selon les chiffres cités par Kyodo. Les parlementaires japonais veulent donc réfléchir à des règles permettant d’accompagner cette croissance tout en limitant certaines dérives.

Non, vous ne risquez donc pas une amende pour avoir revendu votre carte quelques centaines d’euros

À ce jour, aucune loi française n’interdit de revendre un produit neuf plus de 20 % au-dessus de son prix initial. Aucun calendrier d’entrée en vigueur en 2027 n’existe non plus. Une pétition française sur l’encadrement de la revente de produits de collection a bien été déposée au Sénat, mais elle n’a recueilli que six signatures et n’a pas franchi le seuil nécessaire pour poursuivre son parcours.

Ce qui existe réellement concerne surtout la fiscalité et les obligations liées à une activité commerciale. Quant à la spéculation sur les cartes Pokémon, elle existe bel et bien et commence même à intéresser les pouvoirs publics dans certains pays. Mais pour l’instant, si vous trouvez un coffret Pokémon à 50 euros et qu’un acheteur accepte de vous en donner 100 euros, la marge de 100 % n’est pas, en elle-même, interdite en France.

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