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Pour la première fois, des astronomes détectent un signal radio provenant d’une exoplanète : une géante trahie par ses aurores boréales

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Elle orbite à des dizaines d’années-lumière de la Terre, mais ses aurores sont si puissantes qu’elles viennent de livrer le premier signal radio jamais attribué directement à une exoplanète.

Les spécialistes de la radioastronomie savent capter des signaux radio d’étoiles lointaines depuis les années 1960 ; UV Ceti, une naine rouge à éruptions figurant parmi les premières sources stellaires identifiées dans ce domaine. Ces émissions, toutefois, étaient d’origine strictement stellaire (éruptions magnétiques ou activité chromosphérique, par exemple), et aucun signal radio n’avait encore pu être localisé sur une exoplanète plutôt que sur l’étoile autour de laquelle elle gravite. En six décennies de radioastronomie, cette barrière instrumentale n’avait jamais été franchie, jusqu’à ce mois-ci.

Une équipe du Centre d’astrophysique Harvard-Smithsonian et de l’Université de l’Oregon, dans une prépublication sur la plateforme arXiv le 15 septembre, a annoncé avoir détecté, pour la première fois, un signal radio dont l’origine a pu être attribuée directement à une exoplanète : Beta Pictoris b, une géante gazeuse découverte en 2008, nichée dans un système stellaire situé à environ 63,4 années-lumière de la Terre. L’émission captée a été produite par les aurores de la planète, un phénomène se produisant également dans notre Système solaire, lorsque des particules chargées interagissent avec le champ magnétique et l’atmosphère d’un corps céleste en émettant un intense rayonnement électromagnétique.

Beta Pictoris b : une géante dans l’ombre des chasseurs d’ondes

Les observations ont été réalisées à l’aide du réseau de radiotélescopes MeerKAT, installé en Afrique du Sud, au cours de quatre campagnes distinctes menées en 2025 et 2026. L’équipe a pointé ses instruments vers l’étoile Beta Pictoris, autour de laquelle orbitent trois planètes (b, c et d), et a capté de brèves émissions radio, récurrentes et marquées par une propriété très particulière : une forte polarisation circulaire. Cela signifie que les ondes captées ne vibraient pas dans une direction aléatoire, mais s’enroulaient en spirale à mesure qu’elles se propageaient, reproduisant exactement le comportement des émissions aurorales que l’on observe sur Jupiter ou Saturne.

Enregistrés sur des fréquences allant de 0,85 à 3,5 GHz (un intervalle qui couvre une partie du spectre utilisé par nos téléphones portables et nos réseaux Wi-Fi), ces caractéristiques ne pouvaient que confirmer l’origine aurorale des émissions.

Il restait encore à démontrer que la source se trouvait bien sur la planète, et non sur l’étoile qu’elle accompagne. Un exercice rendu particulièrement délicat par la distance : à 63 années-lumière, étoile et planète sont quasiment indiscernables dans le champ d’un radiotélescope. Les chercheurs ont contourné cette difficulté en se servant de quasars (des noyaux de galaxies lointaines, si brillants et si éloignés qu’ils apparaissent comme des points fixes dans le ciel) comme repères de positionnement.

En calibrant la position du signal par rapport aux quasars, ils ont établi qu’il coïncidait avec l’orbite de Beta Pictoris b, et non avec l’étoile elle-même. Un résultat que vient conforter un argument de nature physique : Beta Pictoris est une étoile de « type précoce », plus chaude et plus massive que le Soleil, dont la structure interne ne dispose d’« aucun mécanisme physique connu susceptible de produire des émissions radio » de ce type, selon les termes des auteurs.

Beta Pictoris B (signal Radio)
Suivi photométrique sur plusieurs heures montrant des impulsions radio brèves et répétées (burst 1 à burst 4) captées depuis Beta Pictoris b. © Ceballos et al., arXiv, 2026

Un champ magnétique des milliers de fois plus puissant que celui de la Terre

Grâce à la détection du signal radio, les astrophysiciens disposent également d’une donnée qu’ils n’avaient jamais pu obtenir concernant une exoplanète : l’intensité de son champ magnétique. Les aurores en sont, par nature, indissociables, puisqu’elles se manifestent par l’interaction entre ce bouclier et les particules qui frappent la planète. Sans lui, elles ne seraient ni canalisées ni accélérées, et aucune émission radio ne se produirait.

L’intensité du signal est donc un reflet direct de la puissance du champ, et les calculs de l’équipe indiquent que celui de Beta Pictoris b serait plusieurs milliers de fois supérieur à celui de la Terre. En plus d’être la première exoplanète dont on a capté un signal radio, elle est aussi la première dont on peut mesurer l’intensité du champ magnétique.

Un beau palmarès, qui pourrait bientôt être partagé par sept autres exoplanètes géantes, réparties dans cinq systèmes stellaires proches que les chercheurs ont déjà identifiées comme candidates à la même méthode d’analyse. Elles ne sont pas encore détectables avec les instruments actuels, mais devraient le devenir grâce à deux observatoires radio de nouvelle génération en cours de développement : le Square Kilometre Array (SKA), dont la construction progresse entre l’Australie et l’Afrique du Sud, et le Next Generation Very Large Array (ngVLA). Ils devraient multiplier la sensibilité des réseaux existants par un facteur de cinq à sept, suffisamment pour capter leurs émissions aurorales et, potentiellement, cartographier également leurs champs magnétiques.

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