Ohlala qui voilà ? C’est l’inspecteur Gad… Non, c’est le retour de notre fameuse rubrique que le monde entier nous envie (si le monde entier se composait de nos parents) et qu’on retrouve sur chaque plateforme de streaming : la production regardable et oubliable ! Aujourd’hui, nos trois bonnes fées se penchent sur le berceau de The Abandons sur Netflix, mais ATTENTION ! Voilà que Maléfique vient jeter un terrible maléfice sur notre pauvre série.

Enfin maléfice, il faut le dire vite puisque The Abandons commence à se faire une solide place dans le Top 10 du service SVOD. Est-ce, grâce à la présence de Lena Headey, éternelle Cersei de Game of Thrones ? Celle de Gillian Anderson, mythique Scully de X-Files et mère fabuleuse dans Sex Education ? Ou est-ce parce qu’elle est le fruit de l’esprit de Kurt Sutter, le créateur de Sons of Anarchy ? Aucune idée. Par contre, pour l’échec qualitatif du machin, on a envie de pointer du doigt quelques coupables.
L’histoire de The Abandons
Nous sommes en 1854, dans l’Oregon, sur les terres arides d’Angel’s ride. Arides, mais pas pauvres puisque plusieurs gisements d’argent s’y trouvent. La propriétaire du plus important d’entre eux est Constance Van Ness (Anderson), mère de trois enfants ayant fait mainmise sur la ville. Pour répondre à l’offre d’un investisseur, elle cherche à obtenir la propriété d’une autre mine, plus abondante, qui se trouve sur le ranch de Fiona Nolan (Headey) et des quatre orphelins qu’elle a recueillis. Sauf que cette dernière refuse de vendre, alors Constance commence à employer les grands moyens en s’attaquant au bétail.

Voilà pour la partie introductive. Sans trop en dire, on rajoute à cela qu’une sombre histoire de viol et de meurtre va envenimer la guerre entre les deux femmes dès le premier épisode, ce qui va entraîner l’arrivée de hors-la-loi et d’autres familles obligées de choisir leur camp. Que la fête commence.
Wes-terne
Dans sa politique de conquête du streaming et d’augmentation de la quantité de frites à la cantine, Netflix a deux stratégies. La première, réussir à racheter Warner. La seconde, regarder ce que fait la concurrence et proposer une armée de productions dans la même veine. « Si vous avez aimé ça là-bas, alors vous en trouverez deux fois plus chez nous ». C’est ainsi que pour regarder Yellowstone dans les yeux, le service a multiplié les séries western. Ce qui peut donner lieu à de très bonnes choses, comme l’âpre À l’aube de l’Amérique. Mais aussi à des choses, comme The Abandons.
Pourtant, avec Kurt Sutter à la barre, il y avait de bonnes raisons d’espérer. On aime bien le côté sale que le bonhomme met dans ses relectures de Shakespeare, même si ça ne lui réussit pas toujours. Et ses deux héroïnes principales sont des poids lourds du milieu. Sauf que pour l’anecdote, Sutter s’est barré du projet en plein milieu suite à des différends avec Netflix. Est-ce que celui-ci n’a pas pu faire ce qu’il voulait ? Est-ce qu’il a pu faire ce qu’il voulait, mais que ce n’est pas ce que les décideurs voulaient ? Est-ce que ça ne fait pas trop de vouloir ? Résultat, cette première saison qui devait faire dix épisodes n’en fait que sept et la saison 2 (sans Sutter donc) est loin d’être actée.

Ce que l’on peut dire, c’est que cela se ressent dans l’expérience de visionnage. La série n’a aucune identité. On nous ressert les poncifs modernes du genre où le capitaliste avare et sans morale veut écraser le courageux individualiste pieux. Le fort veut écraser le faible au sein d’un récit binaire où les gentils ont de bonnes raisons d’agir alors que les méchants sont juste très méchants. Et le fait que le duel soit mené par deux femmes n’apporte strictement rien à l’intrigue si ce n’est pour nous livrer des discours laborieux autour de la maternité. Et, par-dessus, on rajoute une couche de Roméo et Juliette. Parce que.
Il y a une maladresse d’écriture persistante au long de la saison avec une multiplication de personnages et de sous-intrigues, avec une différence de traitement flagrante. Et comme chaque épisode semble écrit à l’ancienne, au format épisodique (une intrigue par épisode), cela entraîne certains raccourcis empêchant tout affect pour les protagonistes, voire les rendre simplement utilitaires. En manque d’action ? On rajoute un passif violent à untel. Besoin de glisser un segment sur les Amérindiens pour coller au western ? Voici quelques scènes déconnectées du fil principal. L’un des enfants est racisé ? Une petite séquence pour mettre en avant son problème d’intégration. Mais est-ce que ces personnages semblent avoir une existence une fois hors caméra ? En aucune façon.
La seule bonne chose que l’on retire de The Abandons, c’est cette impression de ne pas être devant une production machinale. On a aucun mal à croire qu’il y a des personnes impliquées derrière cette série, loin d’un simple besoin algorithmique de la plateforme. Mais que ces gens n’ont absolument pas su quoi faire pour rendre le show plus appréciable que de raison. Que ce soit de leur responsabilité ou non.
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