En quarante-six ans d’existence, la saga Alien en a connu des vertes et des pas mûres (ça se disait encore en 1979), passant entre toutes les mains, débarquant encore récemment dans les pages de comics pour affronter Spider-Man… Et s’il y a eu des tentatives pour étendre l’univers avec des croisements avec le Predator, on sait également la difficulté de renouveler la franchise en profondeur, même lorsqu’on en est le créateur originel.
Ridley Scott s’y est essayé par deux fois avec Prometheus et sa suite Covenant, sans parvenir à réellement convaincre le public. Quant à Romulus, l’opus le plus récent sur grand écran, il s’est vu reprocher l’inverse et sa trop grande ressemblance aux anciens. De là à penser qu’il semble impossible de proposer quelque chose de neuf avec nos amis les Xenomorphes, il n’y a qu’un pas que l’on ne franchira plus après avoir découvert Alien : Earth.
Alien : Earth est la toute première série de la franchise, écrite et essentiellement dirigée par Noah Hawley, responsable d’adaptations déjà assez folles sous ce format comme Fargo ou Légion. Un show en huit épisodes servant de préquel au film original – les événements se déroulent deux ans avant le premier réveil de Ripley – qui situe son intrigue sur notre bonne vieille Terre. Forcément, la curiosité était au maximum.

Nous sommes en 2120 et la planète est divisée en territoires contrôlés par cinq corporations. La petite dernière, Prodigy, dirigée par un jeune génie, vient de mettre au point un procédé révolutionnaire brisant la frontière entre l’homme et le synthétique. L’histoire commence lorsqu’un vaisseau spatial de la Weyland-Yutani s’écrase dans une ville de Prodigy. Un groupe d’êtres très particuliers est envoyé sur place pour fouiller l’épave. Ils ignorent encore que sa cargaison est la plus grande menace jamais rencontrée.
Alien Heart
L’ambition de la série n’est pas tant de s’inscrire dans une chronologie que de parvenir à intéresser un nouveau public. Si clins d’oeil il y a, comme un modèle de vaisseau similaire au Nostromo ou, évidemment, la présence de Weyland-Yutani, les références n’ont rien d’envahissantes au point de devoir s’interdire l’expérience sans revisionnage préliminaire. Toutefois, cela ne signifie pas que ce Earth n’a rien d’Alien. Au contraire.
Le show respecte les codes installés par la franchise au fil des œuvres, notamment en conservant l’ambiance claustrophobique qui lui est chère. On a beau parcourir de nouveaux décors, ceux d’une épave ou d’une bâtisse luxueuse, le sentiment d’enfermement prédomine. Il n’y aura aucune échappatoire.

Au niveau de la réalisation, Noah Hawley rend hommage au travail de Scott avec des transitions en fondu, non sans y apporter sa touche de folie avec quelques flashforwards épileptiques. Son directeur de la photographie David Franco et lui ont particulièrement travaillé sur la lumière et le cadrage pour maintenir le malaise et notre attention. Chaque scène raconte quelque chose.
La série a du budget et entend le montrer. Les effets spéciaux sont soignés, notamment dans l’aspect des nouvelles créatures, tout en ayant à cœur de maintenir une touche d’effets pratiques, à l’image d’un Xenomorphe cachant ostensiblement un acteur dans un costume sur les plans larges. Dans la lignée d’Alvarez sur Romulus, mais avec une approche bien différente, on sent qu’Hawley connaît son sujet et n’a pas l’intention de décevoir les fans de la première heure.
On ne fait pas de Xenomorphe sans casser des œufs
Ce qui ne l’empêche pas d’oser. Et c’est peut-être là où Alien : Earth nous a le plus agréablement surpris. Hawley est parvenu à trouver le juste équilibre entre fidélité et nouveauté, là où Prometheus s’était bien plus éloigné et Romulus peut-être trop collé. Non content d’avoir la Terre comme terrain de jeu – après tout, on l’avait déjà eu dans deux opus d’Alien vs Predator – le showrunner réinvente l’équilibre des pouvoirs tout en jouant avec les lois de la nature comme jamais.

Que ce soit du côté des protagonistes bipèdes ou des espèces aliens misent en scène, Hawley se sert de la franchise pour pousser la réflexion plus loin sur les dérives capitalistes, le besoin de contrôle, la présomption humaine… On a constamment la sensation d’être dans une œuvre officielle de la saga où chaque épisode vient enrichir davantage le lore. Au point où le meilleur atout d’Alien : Earth est autant le Xénomorphe que ses congénères, personnages affectés et surtout moteur du scénario à part entière.
Série prodigieuse ?
C’est bien connu, l’enfer est pavé de bonnes intentions. Alien : Earth est bourrée d’idées au point d’en déborder peut-être trop pour son propre bien. En même temps, difficile de faire autrement lorsque l’on entend tenir ce qui est habituellement un long-métrage sur huit épisodes de quasiment une heure. Il y a donc une profusion de tout, à commencer par un casting conséquent.

La série pullule de personnages au sein d’une intrigue qui entend faire cohabiter le survival horrifique, la réflexion transhumaniste, le complot capitaliste et le drame familial. Un mélange où chacun a son rôle à jouer, mais où il y a trop de rôles à jouer. On ne prend le temps de s’attacher à aucun, même à celles et ceux qu’il faudrait, voire l’inverse avec des protagonistes profondément agaçants. Une parité qui en efface même la valeur du Xenomorphe, devenu menace parmi d’autres, peut-être la plus dangereuse (et encore…), mais pas la plus intéressante…
Quant à respecter certains codes de la saga, on n’est pas convaincus que le show jure fidélité aux meilleurs aspects de la franchise, notamment sur l’avidité humaine. Cela donne malheureusement plus d’un rebondissement téléphoné, ayant déjà vu une action ou un comportement similaire quasiment une dizaine de fois depuis Le Huitième passager. Un brin répétitif, sachant que ses prédécesseurs ont déjà abordés les sujets, souvent en mieux.
On sent que le souci d’équilibrage a habité toute la conception de la série avec un montage qui découpe parfois très franchement moment d’exposition et horreur gore. Au point d’avoir des épisodes très marqués dans le genre ou, plus dérangeant, deux scènes accolées avec les mêmes protagonistes, mais deux ambiances opposées.
On apprécie néanmoins que le show montre la même implication dans chaque et n’a pas peur de pousser les curseurs. À ce titre, l’épisode 2 contient les scènes les plus sanguinolentes de toute la saga, osant toutes les dérives sous acide. En l’état, cela donne surtout un Alien : Earth avec lequel on ne sait parfois pas sur quel pied danser, tant elle souhaite ménager la chèvre et le chou sans parvenir à décider qui va manger l’autre.
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