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Critique Les Ensorceleuses 2 : une potion bien tiède pour les soeurs Owen

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L’une des comédies automnales les plus appréciées revient pour un second volet. Après 28 ans d’absence, les Ensorceleuses ont-elles perdu de leur magie ? La nostalgie est-elle le seul ingrédient de cette potion aux accents fantastiques ? Critique.

“Jetez toujours du sel par-dessus votre épaule gauche. Gardez du romarin à l’entrée de votre jardin”. Alors que les températures promettent de plonger dans les prochains jours, que les feuilles des arbres brunissent et que l’appel de la cannelle se fait de plus en plus pressant, Warner Bros signe ce 9 septembre le retour des sœurs Owens. 28 ans après le premier film, Les Ensorceleuses s’offre une suite très attendue. 

Si l’on ouvre cette critique par un point météo, ce n’est pas tout à fait un hasard. Depuis ses débuts, Les Ensorceleuses est indissociable de l’automne. Sur les réseaux sociaux, le long-métrage de Griffin Dune revient inlassablement dès qu’il est question de films à regarder sous un plaid, une tasse fumante à la main. Pourtant, cette consécration était loin d’être écrite. 

Critique Les Ensorceleuses 2 (4)
© Warner Bros

Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’en 1998, la presse n’est pas tombée sous le charme de Sally et Gillian Owens. Les premières aventures des sorcières étaient décrites comme “un petit film pour les filles”, voire carrément “nunuche, banal à pleurer, bêtifiant”. Le box-office n’a pas été plus tendre. C’est un bide. Mais la vente de VHS et les nombreuses rediffusions ont contribué à en faire un film culte pour toute une génération. Cette suite veut reproduire le petit miracle. 

L’histoire s’ancre plusieurs années après les évènements du premier film. Sally Owens n’a pas eu droit à son “ils vécurent heureux” puisque Gary Hallet est mort quelque temps après leur mariage. Depuis, la sorcière a rejeté toute forme de magie et gardé le secret sur son histoire familiale auprès de ses filles. Mais quand Kylie tombe amoureuse, Sally est rattrapée par la malédiction. Prête à tout pour rompre le mauvais sort et sauver son petit ami dans le coma, la jeune femme emprunte un chemin dangereux.

Alors que la musique originale d’Alan Silvestri est partout sur les réseaux sociaux depuis le début du mois d’août, que les vidéos dévoilant des looks inspirés de ceux de Sandra Bullock et Nicole Kidman pullulent… Les astres sont alignés. Les sorcières sont de retour. Qu’est-ce qui pourrait mal tourner ?

Critique Les Ensorceleuses 2 Avis
© Warner Bros

Un soupçon de magie… 

Qu’on se le dise tout de suite, Les Ensorceleuses premier du nom n’est pas un chef-d’œuvre injustement boudé par la critique. Il a de nombreux défauts et cette suite commet plus ou moins les mêmes impairs. La saga doit finalement plus à ses têtes d’affiche — Nicole Kidman et Sandra Bullock — qu’à la pertinence de son écriture ou sa réalisation. Fort heureusement, l’alchimie entre les actrices est intacte. 

La promesse d’une aventure mettant la sororité au cœur de son procédé narratif est presque tenue, les deux actrices s’amusent beaucoup à rejouer les scènes emblématiques autant qu’à approfondir le parcours de leurs héroïnes. 

Critique Les Ensorceleuses 2 (3)
© Warner Bros

Cet enthousiasme transpire à chaque scène et permet aux nouvelles arrivées, Joey King et Maisie Williams, de trouver leur place. C’est un peu moins vrai pour la seconde, tant l’interprète de Kylie Owens se voit offrir toute la lumière dans le dernier acte. Lee Pace parvient aussi plutôt bien à trouver sa place dans ce quatuor, même si son introduction semble parfois précipitée. 

… mais beaucoup trop de tout le reste 

Les Ensorceleuses 2 repose sur une solide distribution, mais peine à faire honneur aux talents invités. La faute à une structure narrative chancelante. Akiva Goldsman et Georgia Pritchett appliquent la recette du premier volet, mais c’est déjà elle qui limitait les premières aventures des sœurs Owens. Le film lambine dans sa première moitié, avant de précipiter sa conclusion.

En résulte un dernier acte qui peine vraiment à faire honneur aux nombreux enjeux du récit. Du retour à la magie de Sally, à la découverte de ses pouvoirs par Kylie et la naissance d’une romance, Les Ensorceleuses 2 ne sait plus où donner de la tête. Le retournement final ne s’en trouve que plus diminué.

Critique Les Ensorceleuses 2
© Warner Bros

 Il devait nous émouvoir, il procure un sentiment de gêne persistante. On voit où l’histoire voulait en venir, ce qu’elle voulait raconter sur la filiation et la sororité, mais toutes ces idées sont écrasées sous le poids d’un scénario qui veut trop en raconter… Pourtant, avec 2h10 au compteur, il y avait de quoi offrir une conclusion à la hauteur du chemin parcouru. 

Victime de cette difficulté à faire entrer tout dans un seul film, Antonia, campée par Maisie Williams, est reléguée au rang de personnage secondaire. Sa corvée : veiller sur la victime de la malédiction. En d’autres termes, Les Ensorceleuses 2 souffre des mêmes défauts que bien des legacysequel. Il est incapable de faire coexister l’ancienne et la nouvelle génération. 

Un rendez-vous manqué 

Un impair encore plus dommageable quand le film aurait eu tout à gagner à se concentrer sur une seule idée. La sororité et l’esthétique “new age” étaient ce qui fait le charme des Ensorceleuse 1.0 et il aurait sans doute été judicieux de se concentrer sur l’impact qu’a eu la décision de Sally sur ses filles. Plutôt que de sortir un ennemi des fagots, il aurait sans doute été plus intéressant d’approfondir la difficulté d’une mère à laisser ses enfants faire leurs propres choix et suivre leur propre route. Cette thématique est là, en filigrane, mais elle n’éclot pas toujours comme elle le devrait.

Plus largement, à une heure où l’antiféminisme prospère sur les réseaux sociaux et que les courants masculinistes sont de plus en plus visibles, Les Ensorceleuses 2 aurait pu se faire le miroir de notre société. Il préfère rester dans sa bulle. Même le premier film avait pris la thématique des violences conjugales à bras le corps, cette suite se limite à immortaliser la force des liens de filiations… sans réellement y parvenir. 

Le charme est rompu ? 

À l’heure du bilan, on ne peut pas s’empêcher de ressentir une certaine frustration. Parce que le plaisir de retrouver les sœurs Owens est là, parce que le charme de la distribution est indéniable. Mais quelque chose a changé.

Aidé par les progrès en matière d’effets numériques, Les Ensorceleuses 2 ose aller plus franchement du côté du fantastique. Il n’est plus tellement question de donner dans le réalisme magique, de miser sur une cuillère tournante pour installer son ambiance. Susanne Bier peut convoquer des explosions de pouvoirs, délivrer un combat final d’envergure. 

Critique Les Ensorceleuses 4
© Warner Bros

Outre la qualité approximative de ces effets, on peut finalement lui reprocher d’avoir assez peu construit son atmosphère. Les ambitions sont plus grandes, il n’est plus question de cloisonner les héroïnes à une petite ville de Nouvelle-Angleterre.

Loin de ce carcan, elles s’en sortent moins bien. La faute sans doute à une photographie qui manque cruellement de personnalité, une mise en scène trop sage. Sans le vernis de la nostalgie et le grain de l’image, l’aura des ensorceleuses s’effrite. Ne reste qu’une suite dont on se serait sans doute passé… ou qu’on aurait sans doute regardée en streaming. 

Si le succès des Ensorceleuse 2 repose surtout sur les ventes physiques, ce n’est pas un hasard. Le premier film avait déjà des allures de direct-to-video, cette suite s’inscrit sur la même lancée. Hasard ou non, quelques années plus tôt, Hocus Pocus 2 sortait sur Disney+. Le premier film des sœurs Sanderson aussi doit sa popularité à la VHS… La question n’est peut-être donc pas de se demander si ce retour sur le grand écran est réussi, mais plutôt s’il méritait le grand écran. 

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