Lorsque l’on traîne l’oreille, on a le sentiment, peut-être faussé, que Supergirl n’est pas la plus grosse attente de cet été dans les salles. Voire pas du tout. Pourtant, de notre côté, nous avions tendance à y croire fort, au moins pour trois raisons.
La première est assez simple : nous faisons partie des défenseurs du Superman de James Gunn, qui nous a donné bon espoir envers ce DCU nouvelle génération. La seconde, Craig Gillespie, le réalisateur, a prouvé qu’il avait du style avec son Moi, Tonya et son Cruella reste à ce jour le meilleur live-action de Disney (si, si). Enfin, parce que c’est la libre adaptation du meilleur comics consacré à la super-héroïne : Supergirl Woman of Tomorrow.
Il convient de préciser que cette critique va à la fois se distancer de ce dernier point, puisqu’on est bien conscients que le public en salles n’aura majoritairement pas lu l’œuvre originale, ET marquer la comparaison, car il nous semble important de pointer des failles inhérentes à son statut d’adaptation. Si on peut vous pousser à tourner les pages de l’œuvre de King et Evely au passage, c’est un joli bonus.

Cette semaine, Kara Zor-El fête ses 23 ans. Afin de célébrer l’événement, elle se rend avec Krypto sur des planètes soumises à un soleil rouge – qui affecte les pouvoirs des Kryptoniens – pour pouvoir sentir les effets de l’alcool. Mais cette virée cache un mal plus profond, celui d’une orpheline qui ne se sent à sa place nulle part. Lorsque son chien est blessé, elle part à la poursuite de Krem des Collines d’Ocre, le chef d’une bande de brigands écumant l’espace. Dans son périple, elle sera accompagnée d’une jeune fille avide de vengeance.
Craig Gillesqui ?
Le premier reproche que l’on peut formuler à l’encontre de Supergirl n’est même pas de notre propre fait, mais d’un sentiment partagé par l’ensemble de la salle lorsque les lumières se sont rallumées . Chacun se tournant vers son voisin avec la même question aux lèvres : où est Craig Gillespie ?
Lorsque le DCU a été lancé, James Gunn a fait une déclaration, celle que chaque film qui suivra son Superman aura la personnalité de son metteur en scène, comme pour défier le MCU ou encore l’ancien DC Universe qui semblait prisonnier de Zack Snyder. Une promesse qu’on n’avait pas encore pu voir se concrétiser, Gunn s’occupant lui-même de Sup’, Peacemaker ou Creature Commandos. Si Lanterns et Clayface semblent y répondre avec leurs premières images, Supergirl était la preuve dont on avait besoin et qu’il ne fallait pas louper.

Vu le résultat, on comprend une chose. On comprend pourquoi c’est surtout James Gunn qui s’exprimait lors du développement du film alors que Craig Gillespie jouait les ombres. Parce que c’est ce qu’il est ici. Il n’y a pas un plan, une séquence, qui épouse la personnalité de son auteur. Au contraire, on a le sentiment de voir un ersatz de Gunn derrière la caméra, cherchant à copier le maître avec des gros ralentis, une bande-son pop et une direction artistique qui sent bon Les Gardiens de la Galaxie bis. S’il y avait eu davantage d’humour, on aurait vraiment pensé que Gunn avait pris les commandes.
Cela donne un résultat sans saveur qui ne fait que copier-coller une recette visuelle qui a fait ses preuves chez le grand patron. Bref, tout ce que l’on pouvait reprocher hier se retrouve dans la femme de demain.
Supergirl on fired
Côté scénario, on se demande où commence le manque d’expérience de la scénariste Ana Nogueira et où finit la pression d’un cahier des charges imposé. Pourtant, il suffisait presque de respecter l’écriture de King bulle après bulle pour accoucher d’un résultat qui aurait regardé tout le cinéma de genre superhéroïque dans les yeux.

Est-ce qu’une adaptation littérale n’a pas été jugée assez cinématographique ? Là où le comics met davantage Ruthye (Eve Ridley) comme narratrice témoin de ce que représente Kara Zor-El, à la manière d’un Fight Club, le long-métrage entend faire coexister les deux femmes sans leur offrir l’espace nécessaire pour créer l’alchimie. Là où son modèle prenait son temps pour raconter un voyage nihiliste, se servant de la recherche de Krem comme d’un prétexte plus qu’une finalité, le film est une fuite en avant où une scène doit aussitôt succéder à une autre et où le temps d’échange est un temps à flashback.
C’est d’autant plus dommage que Milly Alcock prouve à chaque instant qu’elle comprend l’importance de son rôle pour une génération de fans et qu’elle incarne une super-héroïne dont la superbe touche une émotion volontairement plus mature que l’homme d’acier, plus grave et en phase avec son époque. Un excellent choix de casting.

Et si Kara a droit à son évolution – bien plus que dans le comics où elle agit davantage comme un guide silencieux -, sa partenaire est sacrifiée sur l’autel des nombreux éléments à rajouter à l’intrigue. Le scénario de Supergirl prend beaucoup de liberté avec son modèle et, étonnamment, aucune ne fonctionne. Aucune. Sauf si vous aimez voir David Corenswet en slip.
Soleil rouge
Pourquoi elles ne servent à rien ? Parce qu’elles sont utilitaires, uniquement là pour rajouter de l’action face à un récit qui a peur de l’introspection. La quête personnelle de Ruthye et de Kara n’est rien face au besoin de répondre aux critères du blockbuster avec de la bagarre intervenant à rythme régulier. D’où un Krem (Matthias Schoenaerts) qui passe de fantôme à gros barbare balèze ou l’ajout d’un Lobo (Jason Momoa) qui aurait pu incarner la tentation obscure de Ruthye – et le scénario l’esquisse pendant une minute –, mais qui préfère juste rire et taper avant de disparaître.

De l’autre côté, Supergirl s’empêche de supprimer plusieurs séquences tirées du comics, comme s’il se refusait à la transgression. Transgression déjà effective dès l’instant où ces séquences arrivent tel un cheveu sur la soupe, intégrées au forceps. Le passage sur une planète au soleil vert aurait pu, aurait dû être l’un des moments les plus forts du récit, il n’est qu’un outil pour amener au climax. Supergirl est un film qui ne s’assume pas, sacrifiant chaque proposition sur l’autel de la peur. Peur de se perdre, peur d’ennuyer le spectateur. Mal lui en a pris, il fait les deux.
Supergirl promettait d’être différente de son cousin. Pour le coup, elle est surtout plus fade. Alors que les super-héroïnes ont bien du mal à crever l’écran depuis Wonder Woman – sans compter des masculinistes fragiles appelant au boycott par peur d’être émasculés –, on a malheureusement la sensation que le box-office ne sera pas tendre avec notre Kryptonienne et, malheureusement, cette fois, on ne lui donnerait pas tort.
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