Une page se tourne pour Juliette Nichols et les habitants du silo 17. Après avoir consacré deux saisons au premier roman de Hugh Howey, la série s’attaque enfin à Origines. C’est dans ce second tome que se lève le mystère sur la création des silos. La série regarde enfin dans le rétro pour raconter les événements ayant conduit à la disparition du monde tel qu’on le connaît.
Sur le papier, c’est à ce moment que Juliette est délaissée pour que de nouveaux héros entrent en scène. Mais Graham Yost n’allait pas abandonner son silo 17 et ses habitants. Cette nouvelle salve navigue entre le présent de Juliette et le passé avec un membre du Congrès et une journaliste qui enquêtent sur la mort de plusieurs pilotes de l’armée américaine.
La série la plus claustrophobe du moment prend un peu l’air. Elle s’accorde d’importantes libertés avec le récit qu’elle adapte. Une bonne idée alors qu’elle mettait jusqu’ici tout le monde d’accord ? Verdict.
Silo évite de tourner en rond
Pour une série de la trempe de Silo, le plus dur est de continuer à être captivante et énigmatique tout en commençant à donner des réponses aux questions que les spectateurs se posent (n’est-ce pas From ?). Un jeu d’équilibriste que les scénaristes de la série Apple TV maîtrisent à la perfection, même après une trentaine d’épisodes. Dans cette fournée, qui prend le risque de morceler sa portée dramatique en jouant sur plusieurs tableaux, on retrouve le même goût pour l’inattendu, pour le cryptique et le drame humain.

La plus belle idée de cette saison 3 est d’ailleurs le découpage de ses chapitres, la manière dont les séquences à l’extérieur répondent aux défis que Juliette Nichols doit affronter sous la surface. Les lecteurs des romans reconnaîtront d’ailleurs un certain savoir-faire chez Yost, qui met judicieusement en parallèle Juliette et Daniel. On voit ce que le monsieur veut faire à l’approche de la saison 4, et on ne peut que saluer la prise de risque.
Les choix d’adaptation de Graham Yost tombent d’ailleurs presque toujours juste. On se reprend immédiatement au jeu de cette exploration labyrinthique de l’imaginaire de Hugh Howey. Si la rébellion était au cœur de la saison 2, il est maintenant question d’aborder les figures et les héros. Juliette est de ces emblèmes que le pouvoir brandit pour calmer les ardeurs des foules.
Les mécaniques du pouvoir ont toujours été à l’épicentre du récit. La saison 1 confrontait les habitants au poids des images, la saison 2 s’élançait du côté de la révolte et cette saison 3 fait de la mémoire son point d’ancrage. Une manière de rebattre les cartes à l’approche du grand final.

Mémoire collective… amnésie solitaire
Silo ne se contente pas d’empiler des couches de mystères. Elle ne multiplie pas les énigmes mais prend plutôt le temps de raconter l’humain. Au travers du parcours de Juliette, la série se demande quel rôle joue la mémoire pour nos sociétés.
L’ancienne Shérif, devenue Maire du Silo 17, a perdu tous ses souvenirs et ses repères. Elle est une coquille vide et c’est la redécouverte de son histoire qui devrait la conduire à prendre les armes. Dépouillée de son passé, elle n’a aucune chance de faire basculer la situation en faveur des habitants, elle n’est qu’une marionnette au service de Camille Sims et de la voix qui dicte ses moindres faits et gestes.
Sans en avoir l’air, Silo revient à ses premiers questionnements sur la manipulation des masses. Graham Yost pose l’idée que la mémoire est l’outil le plus important pour une société, qu’elle soit collective ou personnelle.

Un seul regard à l’état du monde contemporain suffit à confirmer que Silo n’oublie pas d’être pertinente. Cette saison est même la meilleure à ce jour, en ce sens qu’elle ose enfin donner corps à ses idées et ses réflexions politiques et philosophiques.
La science-fiction a toujours été une affaire politique, voire militante. Cette digne représentante du genre ne dilue jamais son propos, préfère au contraire le mettre au service de ses personnages. Elle évite même le piège de la dichotomie. Il n’y a plus de gentils et de méchants, mais des humains écrasés par un système. Les dés sont pipés et les alliés d’hier peuvent devenir les ennemis de demain. Plus que jamais, personne n’est à l’abri.
Plus étouffante à l’air libre
Paradoxalement, c’est même ce choix de quitter les souterrains qui rend Silo encore plus étouffante. L’immensité du monde extérieur dépeinte dans l’arc de Daniel et Helen est un rappel constant à la précarité de la situation des centaines d’années plus tard. La série porte une nouvelle lumière sur les défis de la vie à plusieurs kilomètres de la surface, ajoute un sentiment d’urgence qui pourrait bien faire basculer ses derniers épisodes.

Alors non, tout n’est pas parfait. Certaines intrigues viennent souvent parasiter la grande histoire. Certains arcs sont aussi traités dans la précipitation. Mais voilà, aussi proche de son but, Silo ne peut plus se permettre de tergiverser. La saison 4 sera la dernière. Si elle s’approche de la qualité de cette cuvée 2026, ou qu’elle la surpasse, on tient peut-être la meilleure série SF de ces dernières années. Silo est en passe de devenir tellement bonne qu’on voudrait l’oublier…pour la revoir.
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