Peut-être étions-nous trop enthousiasmés par la réussite des Maîtres de l’Univers qui accordait à son univers un ton léger qui permet encore aujourd’hui à cette production de faire les beaux jours de Prime Video. Peut-être vivions-nous un peu trop dans le souvenir de Xena, la guerrière. Peut-être espérions-nous enfin voir le personnage mieux traité que dans le navet des années 80, Kalidor (avec Arnold Schwarzenegger). Peut-être voulions-nous croire qu’après 20 ans où le projet est passé de mains en mains, de malédiction en malédiction, Red Sonja pouvait enfin renaître.

Que le film atterrisse aujourd’hui sur Prime Video tient véritablement du miracle. C’est peut-être pour ça qu’on a décidé de lui accorder notre focus de la semaine, lui qui grimpe petit à petit le top 10 de la plateforme. Et puis l’heroic fantasy nous manquait. Nous partions avec les meilleures intentions, mais l’enfer est pavé de bonnes intentions.
De quoi parle Red Sonja ?
Petite, Sonja a vu son peuple se faire massacrer par un tyran. Depuis, elle a grandi dans la forêt, apprenant à survivre et à se battre dans l’espoir de retrouver les siens survivants. Mais elle tombe en esclavage, se battant dans l’arène pour le plaisir du nouvel empereur, obsédé par la quête d’un objet capable de le faire régner sur toutes les terres connues. Sonja la Rouge va commencer à mener la révolte avec de féroces alliés, afin de libérer les peuples de la tyrannie.

Pourquoi il aurait dû rester maudit
Il y a une chose que l’on ne pourra pas enlever à Red Sonja : sa volonté de bien faire. Matilda Lutz, vue dans l’excellent Revenge de Coralie Fargeat, fait tout ce qu’elle peut pour apporter force et vigueur au personnage, traitant avec une grande bienveillance la Sonja trop souvent obscurcie par l’ombre immense de celui qui partage son univers, un certain Conan le Barbare (référence qui sera glissée dans le film).
Elle y croit et elle y met beaucoup d’implication. Une implication qui se retrouve à tous les niveaux tant on sent que le réalisateur M.J. Bassett (Solomon Kane, Silent Hill : Révélation) traite avec une certaine révérence son sujet, iconisant plus que de raison chaque action de son héroïne (la scène post-générique est incroyable dans le genre).

Mais est-ce que cela suffit pour fermer les yeux et trouver le résultat sympathique pour une soirée chips avec les copains ? Jamais. Absolument pas. Hors de question. Parce qu’il faut bien réaliser que le film n’a absolument aucun budget. Rien. Le projet a tellement été essoré au fil des années de développement qu’il débarque aujourd’hui avec l’équivalent d’un chèque-vacances en poche.
Le film est effroyablement laid et de nombreux effets spéciaux laissent à penser qu’on a ressorti les manuels des années 2000 du placard. Sauf que, loin de dissimuler le manque de moyens, Bassett a de l’ambition et veut vraiment montrer tout ce que Red Sonja peut offrir. Donc, au lieu de se contenter d’une ou deux scènes assez moches à regarder, on en a des dizaines.

Et ça nous ennuie de taper sur un long-métrage qui veut trop bien faire, mais, de notre point de vue, Red Sonja se trompe complètement de direction. Là où des films comme Donjons & Dragons ou Les Maîtres de l’Univers ont décidé de jouer avec le kitsch de leur production et de leur univers en jouant la carte du second degré, Red Sonja est très, très premier degré.
Dès lors, tout ce que l’on aurait pu pardonner sous couvert d’un film d’épée et de magie qui affiche son ridicule et s’en moque, l’œuvre de Bassett en devient gênante parce qu’on sent sincèrement qu’ils pensent tenir quelque chose de bon. À chaque fois que le réalisateur iconise son héroïne, on voit qu’il pense faire du grand cinéma et on finit partagés entre le rire et la peine.
Difficile de ne pas rire quand on voit des figurants faire n’importe quoi en arrière-plan (les scènes d’entraînement sont folles à ce niveau), quand le scénario oublie la moitié de ses éléments en chemin, quand des combats “féroces” sont filmés de manière à ce que l’on voie bien que personne ne se touche, quand on navigue entre le numérique baveux et le carton-pâte. Red Sonja a beau être bienveillant et généreux, il est surtout amateur et avec toute la complaisance du monde, il est impossible de le prendre au sérieux. On a juste la vision d’un long-métrage qui n’a aucune idée de ce qu’il fait tout en ne sachant pas voir ce qui cloche.
Du coup, le visionnage est juste long et désagréable et on n’a qu’une envie, c’est de libérer tout ce petit monde au demeurant fort sympathique du contrat qui les lie au projet. Finalement, Red Sonja ressemble à une expérience de non-assistance à personne en danger et on est à la fois heureux qu’ils aient enfin réussi à sortir le film pour s’en défaire, que malheureux de se dire qu’il a fallu aller jusque là.
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