Dossier

Un geek devant les conséquences du changement climatique … en 2050

Incendies, inondations, maladies zoonotiques, fonte des glaces, sixième extinction : si 2020 est déjà un mauvais élève d’un point de vue écologique, qu’en sera-t-il de 2050 ? L’humanité aura-t-elle agi d’ici là ? A travers une série d’articles thématiques, le Journal du Geek vous invite à découvrir un monde futur possible en 2050.

Crédits : PIRO4D / pixabay.

Bienvenue dans le futur – ou plutôt, dans un futur. Le Journal du Geek vous propose un exercice de réflexion un brin science-fictionnel décliné sur six axes thématiques, sur six visions de notre monde tel qu’il pourra être dans trente ans – en 2050. Cette série de chapitres composés chacun d’une partie narrative fictionnelle et d’une partie informative, n’a pas pour but de simplement dépeindre ce que nous espérons ou redoutons. Elle n’a pas non plus de caractère exhaustif et passera volontairement à côté de certains sujets dits, actuellement, « d’avenir ». Son humble objectif est d’apporter un regard nouveau – parfois, un peu dingue mais plus ou moins plausible – et de nous projeter, à l’aide d’experts sur les sujets abordés, sur l’évolution future de problématiques technologiques, culturelles et sociétales importantes. Après nos premiers volets consacrés à l’espace et au cinéma, nous nous penchons cette fois sur l’environnement. Vous êtes prêt ? Suivez le guide !

FICTION. Le Soleil de décembre brûle ma peau. J’aurais dû graisser mes bras pâles avec de la crème solaire avant notre sortie au zoo. Chaque année, le lycée nous convie tous pour une matinée d’étude d’observation à la Ménagerie du Jardin des Plantes de Paris, l’un des premiers – et des derniers zoos – de France. Il est un des rares endroits sur Terre à encore comprendre de vrais chevaux et de vrais abeilles. D’autres animaux rares, parmi les derniers de leurs espèces respectives, y séjournent en captivité, tant bien que mal. L’endroit est en cela, exceptionnel, mais certains écologistes extrémistes réclament la fermeture définitive du lieu. Rares sont les régions du monde encore complètement sauvages. Celles qui subsistent seraient lourdement gardées par des casques bleus de l’ONU. Mon amie Artemis rêve un jour d’intégrer l’une de ses unités protectrices de biodiversité. Quand, le soir, je la rejoins pour discuter avec elle durant un concert Fortnite en ligne, elle ne tarie jamais d’éloges sur le progrès politico-économique réalisé ces dernières décennies. Elle se définit comme une Thunbergiste convaincue.

Selon Artemis, sans Greta Thunberg, nous n’aurions pas un deuxième mandat présidentiel de Zaius Rahbi, un néo-hippie ancien directeur de la branche française du WWF et arrière-petit-fils de Pierre Rahbi. Il faut dire qu’il a contribué à ramener l’économie écologique sur le devant de la scène politique française, lorsqu’il a été fait ministre de la justice climatique – le premier du genre – en 2037. Comme moi, Artemis n’avait que quatre ans à l’époque mais elle connaît son parcours sur le bout des doigts. C’est à Zaius Rahbi qu’on doit l’instauration du « crime contre l’atmosphère », une infraction pénale qui peut par exemple envoyer en prison toute personne qui possède un chauffage au gaz ou une voiture à essence. Depuis qu’il a été élu président, aux côtés de la première intelligence artificielle Première ministre (surnommée Villania, en hommage à l’ancien secrétaire d’État des travailleurs artificiels, Cédric Villani), il s’est mis à dos beaucoup de monde en multipliant les taxes et en réduisant considérablement les impôts. En compensation, les agriculteurs et les éleveurs locaux se sont vus enfin récompensés par sa politique de protectionnisme écologique. Son slogan ? « On ne consomme que ce qu’on produit et pas plus. »

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Pour le justifier, il s’est inspiré d’une réforme suédoise : le taux de consommation. Si un citoyen consomme plus que ce que les impôts nutritionnels lui autorisent – selon des tas d’indices biométriques et domotiques, comptabilisés par le compteur Linky de chacun et sous-traités par I-Amazon, l’IA de l’immortel Jeff Bezos – il subira une augmentation d’imposition et devra justifier de travaux d’intérêt écologique. Artemis et sa famille sont des élèves modèles en la matière. Personnellement, je ne lui ai jamais avoué que mon père a légèrement détourné notre compteur pour nous autoriser à acheter plus de sucre que la moyenne afin que ma mère diabétique puisse avoir de quoi contrer ses hypoglycémies intempestives.

RÉALITÉ. En 2020, le réchauffement climatique est bel et bien une réalité et ses effets s’en ressentent déjà partout dans le monde. Encore aujourd’hui, les pays de l’Union européenne visent la neutralité carbone demandée par les Accords de Paris pour limiter la hausse de la température globale à 2°C au lieu de 4 ou 5°C supplémentaires estimés si aucune action n’est entreprise. Beaucoup de pays qui les ont signés puis ratifiés ne parviennent cependant pas à les respecter. En 2018, la France n’avait par exemple pas réussi à respecter son objectif annuel, inscrit dans le but de réduire de 40% ses émissions de gaz à effet de serre en 2030. Si la planète ne parvient pas à renverser la tendance, les conséquences pourraient être salées. En 2050, la température estivale moyenne dans l’Hexagone pourrait augmenter de 1,2 à 1,5°C et engendrer des pics caniculaires à 44°C à Paris. D’ici là, la faune sauvage continuera de décliner à un rythme effarant et la fonte continuelle des glaces entraînera non seulement des inondations fréquentes des côtes françaises mais libérera des micro-organismes préhistoriques emprisonnés depuis des centaines de milliers d’années dans le permafrost.

Pour vraiment changer les choses, il faut s’attaquer à notre mode de vie consumériste et à l’économie qui le promeut, nous explique Marie Pochon, secrétaire générale de l’association Notre Affaire à Tous – qui a, entre autres, porté l’Affaire du Siècle, une plainte contre l’État français pour inaction climatique. D’ici 2050, « il faut renverser l’économie actuelle et construire un modèle économique qui prend en compte la finitude des ressources naturelles. » Pour le moment, ce n’est pas le cas : pour rappel, l’humanité a consommé l’équivalent de 1,6 planètes Terre en 2020. « Le système économique actuel ne rend plus service à l’humain, il le met en danger », déclare Marie Pochon au Journal du Geek. Le pari de Notre Affaire à Tous est d’induire cette nécessité de bouleversement économique par une modification du Droit français mais aussi international. « Établir et instaurer une justice climatique, par le droit et par la mobilisation citoyenne, c’est un enjeu politique », affirme la secrétaire générale de l’association. Selon elle, le Droit actuel est trop « anthropocentré », c’est-à-dire qu’il ne prend pas en compte la nature ou le climat, et devrait être remplacé par un Droit climatique, doté d’une « jurisprudence climatique pour mettre les responsables devant leurs obligations d’action. » Ainsi, les États pourraient notamment reconnaître « l’écocide » et ainsi « inscrire dans le droit pénal (certaines) atteintes graves à la biodiversité et aux écosystèmes » commises par des entreprises ou des gouvernements.

Néanmoins, pour y parvenir, il faut d’abord que s’opère un changement générationnel, aussi bien citoyen comme c’est le cas actuellement, que politique. « Il faut déconstruire la pensée politique actuelle », réclame Marie Pochon, et ce, en accord avec « la pression sociétale » à l’œuvre. « La préoccupation environnementale est l’une des premières en France, affirme l’intéressée. Mais ce changement de paradigme, on ne peut pas qu’y penser, il est aussi nécessaire de s’y mettre » … avant qu’il ne soit trop tard.

La Guérison du monde
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La Guérison du monde
  • Lenoir, Frédéric (Author)
  • 336 Pages - 03/12/2014 (Publication Date) - Le Livre de Poche (Publisher)