2026 promet d’être une année cruciale pour le streaming par abonnement. Entre la perspective d’une coalition Netflix et HBO Max, une nouvelle fenêtre de distribution (9 mois) en France ainsi que de plus grands investissements dans la création locale, Disney+ est à un tournant. Au cours de cette année, l’entreprise espère consolider sa base d’utilisateurs, créer l’événement autour de ses sorties les plus importantes. Nous avons rencontré David Popineau, Lead Disney+ en France pour parler des perspectives de la plateforme autant que des défis qui l’attendent. Entre l’arrivée de l’IA et l’exploration de nouveaux formats, que réserve la troisième plateforme payante à ses clients ?
S’emparer de l’intelligence artificielle
L’année 2026 sera marquée par de nombreuses tentatives dans le domaine technologique. Forte de son nouveau partenariat avec OpenAI, Disney espère tirer profit des perspectives offertes par l’intelligence artificielle pour élargir l’expérience utilisateur. Grâce à Sora, ce sont bientôt de nombreux personnages qui pourront prendre vie et évoluer au gré des envies du public. Ce partenariat a été annoncé le 11 décembre dernier, l’entreprise de Sam Altman a mis la main sur plus de 200 personnages emblématiques du catalogue de la firme. Pendant trois ans, Sora va pouvoir explorer l’image de Mickey, Luke Skywalker ou encore Thor. Cet investissement, évalué à un milliard de dollars sous la forme d’actions, doit redéfinir la présence des licences emblématiques sur le secteur culturel.
Pour David Popineau, l’idée est de s’emparer de ces technologies pour garder le contrôle. “Je trouve que c’est une belle démonstration que Disney embrasse l’innovation, embrasse le sujet de l’IA générative avec tout ce qui sera mis en place pour qu’on puisse respecter les créateurs et leurs œuvres. Il faut s’assurer que tout est bien respecté, fait dans les règles de l’art”. Popineau ajoute que s’il n’est pas dans le secret de la stratégie de Disney Global, la firme veut le faire dans le respect de ses personnages et de ses propriétés intellectuelles.
“Comme ça a été embrassé et pas subi, ça nous permet de mettre sur la table tout ce qui est important pour nous”. Pas plus tard qu’en mai dernier, Fortnite et Llama Productions essuyaient de vives critiques après le May the 4th et la création d’un avatar de Dark Vador dopé à l’IA. Le personnage utilisait la voix clonée de James Earl Jones pour interagir avec les joueurs. Rapidement, les utilisateurs avaient tourné en dérision le personnage en lui faisant prononcer des injures. Disney et Disney+ espèrent prendre le taureau par les cornes et s’éviter de telles déconvenues. Reste que le public, lui, se montre particulièrement réticent concernant ces nouvelles technologies. Disney+ va devoir les rassurer.
S’adapter aux nouveaux usages
Autre volet sur lequel Disney+ va se lancer en 2026 : les formats verticaux. Au CES 2026, Disney+ a annoncé l’arrivée prochaine d’une section dédiée au divertissement court et vertical dans son application. Le but est d’offrir aux utilisateurs une opportunité de se rendre sur Disney+ pour occuper de courts laps de temps. Dans les transports, avant un rendez-vous, Disney+ veut remplacer les plateformes comme TikTok ou Instagram pour augmenter le temps moyen d’utilisation de ses clients. À une époque où les plateformes de streaming se disputent le temps d’attention avec les géants de la tech comme Meta, YouTube ou ByteDance, Mickey y voit une opportunité de tirer son épingle du jeu.
Ici, il ne s’agira en revanche pas de faire éclore un réseau social, mais de proposer de courts extraits de séries ou de films ainsi que des moments marquants des compétitions sportives. Dans ce dernier cas, l’expertise d’ESPN permettra de délivrer des contenus express et éditoriaux.
“L’idée c’est d’avoir un flux dynamique qui s’actualise en temps réel pour que, lorsque l’on revient plusieurs fois dans la journée, on puisse avoir des contenus différents”.
Pour l’instant, l’idée n’est pas de donner purement dans la création et de réinventer la fiction sous un nouveau format. Alors que de nombreux créateurs de contenu s’essaient à la série verticale, sur Instagram ou TikTok, Disney+ préfère miser sur ce qu’elle a déjà dans ses stocks pour divertir. “On va démarrer par du contenu existant et, en fonction du succès, on ne s’interdit rien”. Reste que ce n’est pas la première fois qu’une plateforme se lance dans un tel projet. Netflix avait déjà tenté l’expérience avec sa section “Pour rire”.
L’approche était assez similaire à celle de Disney+ et la division avait été abandonnée quelques années plus tard pour faire de la place à d’autres innovations. Disney+ y croit tout de même. “Je ne peux pas commenter la stratégie de Netflix, peut-être que c’était un peu tôt. Il faut sans doute que l’on soit plus large et c’est comme ça que l’on va l’aborder”. Les formats dopés à l’IA et créés par Sora devraient y tenir bonne place.
Une concurrence qui s’intensifie
Disney+ va devoir aussi suivre de près un dossier qui ne la concerne pas directement, mais qui pourrait bouleverser le secteur de la SVoD. En décembre dernier, Netflix a annoncé son intention de racheter Warner Bros. et HBO Max pour renforcer sa position. Si la transaction connaît quelques remous, une alliance des deux entités bouleverserait l’ordre établi. Netflix, leader du secteur, s’emparerait du numéro 4 mondial et pourrait ainsi distancer largement ses concurrents. Dans le même temps, l’arrivée d’un studio primordial pour le box-office mondial offre au N rouge une position de choix dans les salles du monde entier. Pour faire simple, Netflix serait enfin à pied d’égalité avec Disney+ qui possède quelques-unes des licences les plus lucratives au monde. Star Wars, Marvel ou encore Disney Animation face à Harry Potter, le Seigneur des anneaux ou encore DC, Netflix entrerait dans la cour des grands à Hollywood.
David Popineau concède suivre le dossier de près. “Après, on est concentré sur notre stratégie et on est serein sur la stratégie que l’on déploie en France et dans le monde. Toute compétition est saine, on regarde, on suit, on lit les news. Et puis ils n’en sont qu’au début. Donc voyons ce que ça va donner”. Pas d’ajustement à l’horizon, Disney+ attend de voir ce qu’ont dit les régulateurs et comment les choses vont se dérouler. Il faut dire que, dans le domaine de l’exploitation des films sortis en salles, Mickey dispose d’un avantage considérable. En janvier 2025, Disney+ a signé un accord avec les organisations du septième art et de la télévision en France pour s’offrir le droit de diffuser ses productions maison et ses achats 9 mois après leur sortie au cinéma.
“Pour l’instant, on est super content des premiers signaux, des réactions que l’on voit du public, que ce soit en acquisition ou en fidélisation. Pour l’instant, c’est super tôt pour vous dire si on aimerait plus ou moins. La philosophie nous plaît. Ce que l’on veut c’est proposer le meilleur de ce que les gens veulent avoir”.
Les prochaines discussions doivent avoir lieu en 2027 et Disney+ estime qu’il est encore trop tôt pour estimer la réussite ou non de cet accord. C’est déjà ce que la firme disait en 2025, peu de temps avant de faire le coup de l’année et de coiffer Netflix au poteau tout en s’attirant les foudres de son ancien partenaire Canal+. En tout cas, l’heure n’est plus au bras de fer comme ça a pu être le cas en 2022, quelques semaines avant la sortie de Black Panther 2.
Disney+ débute donc l’année 2026 sur les chapeaux de roues, avec une troisième place assurée et de grands projets. Selon David Popineau, la fuite massive des utilisateurs après la fin du contrat avec Canal+ n’a pas eu lieu, elle a été endiguée grâce à la promotion à 2 euros qui arrive à son terme pour une partie des utilisateurs. Le plus dur est donc fait, ne reste plus qu’à proposer des séries immanquables pour continuer d’être pertinente à une heure. Le programme s’annonce chargé.
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