Pour consolider le lancement de sa nouvelle console, Nintendo ne s’est pas contenté de confier tout le travail à son plombier moustachu. Mario et ses amis ont déjà bien assez à faire dans Mario Kart World et le constructeur en profite donc pour mettre d’autres figures emblématiques en avant. Finalement, c’est à Donkey Kong et Pauline que revient la lourde tâche de porter une double casquette en lançant le bal des jeux de plateformes sur Switch 2. Le duo n’a même pas eu le temps de profiter de l’adrénaline du nouveau Mario Kart que le voilà propulsé dans une aventure grandiose avec Donkey Kong : Bananza.
Ce revirement de situation n’est pas pour déplaire, puisque le pauvre gorille ne s’est plus jamais essayé à la 3D depuis Donkey Kong 64 sur Nintendo 64 en 1999. Mais cela rend ce grand retour encore plus délicat. Est-ce bien possible de plaire aux joueurs qui auraient préféré un successeur à Super Mario Odyssey, tout en respectant les codes de la franchise Donkey Kong autrefois dirigée par le studio partenaire Rare ? Il n’y a pas à dire, Nintendo prend un pari plus que risqué avec ce nouveau platformer. Mais une fois de plus, c’est en jouant la carte de l’audace que la firme de Kyoto parvient à réinventer et honorer l’un de ses classiques.
Donkey Kong s’est refait une beauté bien méritée
Le ton est donné dès le premier regard sur la jaquette du jeu : DK est là pour en découdre tout en se montrant sous un nouveau jour. Donkey Kong : Bananza n’est pas seulement le tout premier platformer majeur de Nintendo sur Switch 2, c’est aussi un nouveau départ pour la mascotte simienne du constructeur. Nouveau look, nouvelle aventure, nouveau gameplay et nouvelle acolyte… Tous les éléments nécessaires au développement d’un reboot ambitieux sont présents, mais qu’en est-il manette en main ?
Cela fait maintenant 15 ans que le pauvre Donkey Kong doit se contenter d’un rabâchage de sa formule Country nostalgique. Et franchement ? Il était grand temps d’assumer que trop, c’est trop. Tout comme la saga New Super Mario Bros ne pouvait durer éternellement sans ennuyer et décourager les joueurs, il était grand temps de tester une autre formule pour DK. Les développeurs ont donc opté pour un retour à la 3D : une première depuis l’ère de la Nintendo 64. Si ce choix peut paraître évident aux yeux du public, il est loin de l’être pour le constructeur.
Et oui, l’absence de 3D pour Donkey Kong durant toutes ces annĂ©es n’est pas due au hasard. Entre la sĂ©paration avec les Ă©quipes de Rare et les critiques dont souffre Donkey Kong 64 aujourd’hui encore (trop d’objets Ă rĂ©cupĂ©rer, mĂ©caniques trop rĂ©pĂ©titives…), il fallait bien du courage pour remettre le pied Ă l’étrier. Mais comme ont pu le laisser entendre les trailers de toute beautĂ© : Donkey Kong est de retour en pleine forme… ou presque.
L’héritage de Rare se fait ressentir…
Que les joueurs nostalgiques se rassurent immédiatement, la refonte que propose Donkey Kong : Bananza n’efface aucunement l’ADN de la franchise. Au contraire, ce titre va même jusqu’à en faire une force. DK n’a plus la même tête et évolue dans un environnement bien différent mais cela ne l’empêche pas d’être fidèle à son passé. Si la direction artistique et l’ambiance que propose Bananza sont aussi efficaces, c’est parce que le jeu parvient contre toute attente à équilibrer nouveauté et familiarité.
Ici, tout est dans les détails. Car là où le gameplay innovant pourrait se montrer déstabilisant sur le papier, des éléments du passé judicieusement utilisés viennent créer l’illusion que Donkey Kong : Bananza est une évolution organique et progressive de la franchise plutôt qu’un chamboulement que l’on a trop longtemps attendu.
Les mouvements du gorille par exemple, bien que retravaillés, sont très clairement inspirés par ceux de Donkey Kong Country et Donkey Kong 64. Aussi, le design des PNJ ainsi que leur doublage en charabia sont très clairement un hommage à l’esthétique de Rare. Même constat avec les nombreux objets à ramasser dans l’environnement, qui nous rappellent l’âge d’or des jeux collect-a-thons. Certains détails sont même loin d’être subtils, puisque le DK Rap du compositeur légendaire Grant Kirkhope (Banjo-Kazooie) est également présent dans Bananza pour le plus grand plaisir des fans. Ce nouveau jeu mérite donc amplement de porter le nom de Donkey Kong, même si l’influence de son rival Mario se fait parfois un peu trop ressentir.
… mais l’héritage de Super Mario Odyssey aussi
Vous avez l’impression que Donkey Kong : Bananza est un Super Mario Odyssey où l’on peut tout casser ? Et bien vous n’avez pas tort. Une courte session de jeu suffit à s’en rendre compte et de toute manière, Nintendo ne s’en cache pas. Il y a quelques jours, la firme de Kyoto a partagé des anecdotes de développement pour promouvoir son nouveau jeu, et celles-ci nous apprennent que les premières expérimentations de gameplay ont eu lieu dans une version modifiée de Super Mario Odyssey. À l’origine, un Goomba portait les mains d’un des boss du jeu avant de pouvoir attraper et déplacer des éléments de l’environnement.
The core gameplay mechanic of Donkey Kong Bananza came from a technical experiment of taking the arms from a Super Mario Odyssey Boss and putting them on a Goomba to smash the terrain! pic.twitter.com/3QNrbrWvDc
— Genki✨ (@Genki_JPN) July 15, 2025
C’est d’une idée aussi simple qu’est né le gameplay défouloir de Donkey Kong : Bananza, mais ce n’est malheureusement pas la seule chose que le titre a fini par emprunter à Odyssey. Pour une production unique censée offrir une seconde vie à DK, celle-ci se joue un peu trop comme une suite spirituelle aux aventures du plombier moustachu. La structure des niveaux, mais surtout la logique derrière la chasse aux bananes cachées, est en tout point similaire au fonctionnement des niveaux et des lunes dans Odyssey. Peut-on considérer cela comme un défaut tant la recette de ce prédécesseur a su faire l’unanimité ? Difficile à dire, mais il est quelque peu décevant que Donkey Kong doive impérativement surfer sur le succès de son rival pour tenter un retour sur le devant de la scène.
DK Passion démolition
Donkey Kong : Bananza a tout de même le mérite de se démarquer grâce à sa mécanique de démolition qui fait son petit effet. Qu’il s’agisse de l’exploration, des combats ou même des nombreux challenges cachés, chaque solution s’articule autour des capacités du gorille. On prend un malin plaisir à escalader les murs à notre guise, à passer des morceaux entiers des niveaux (les speedrunners vont s’en donner à cœur joie) ou encore à fracasser les ennemis en fonction de leurs points faibles. Comme quoi, les jeux du genre n’ont pas besoin de limiter nos mouvements ou notre force pour mériter le titre de platformer.
Bien qu’ingénieuse (et presque révolutionnaire pour un titre de la sorte), l’environnement destructible n’est toutefois pas exempt de tous défauts. Sans surprise, creuser des tunnels est évidemment synonyme de problèmes de caméra. Parlons-en d’ailleurs de cette caméra qui ne cesse d’aller dans tous les sens pour tenter de suivre les mouvements rapides de Donkey Kong tout en respectant la physique du jeu. Si ce genre de problème se fait moins ressentir dans les environnements les plus ouverts, la première zone minière du jeu nous a presque donné mal à la tête tant la caméra souffre de secousses et de soubresauts.
Aussi, ce serait vous mentir si l’on disait que donner des coups de poings sans cesse pour tenter de dénicher des objets cachés n’était pas redondant à la longue. Bananza n’est pas le genre de jeu sur lequel on a envie de passer des heures d’affilée : l’aventure se savoure bien mieux en de plus petites sessions. Heureusement que l’on peut compter sur les transformations Bananza pour changer la donne au fil de l’aventure.
Une histoire sympathique mais anecdotique
La dynamique entre Donkey Kong et Pauline est certainement la chose la plus adorable que l’on a pu découvrir dans un jeu Nintendo, et ce depuis bien longtemps. On croirait découvrir une aventure entre Ralph et Vanellope des Mondes de Ralph, et ce n’est pas pour nous déplaire. D’autant plus que la jeune Pauline est le seul personnage à profiter d’un doublage complet, et en français s’il vous plaît, de quoi renforcer l’identité de l’héroïne à chaque confession qu’elle ose faire à son nouvel ami simien.
Il faudra malheureusement se contenter de la mignonnerie, puisque le scénario ne vole pas plus haut que ça. N’attendez surtout pas de grandes révélations de lore de la part de Donkey Kong Bananza. L’univers de la franchise Mario n’a jamais eu vocation à être narratif (à l’exception de certains spin-offs, comme les RPG) et Bananza répond donc aux mêmes codes. Il s’agit d’un excellent platformer avec un scénario suffisamment simple et engageant pour nous motiver à avancer sans pour autant nous forcer à mémoriser les moindres détails et autres dialogues.
Le premier vrai jeu de la Switch 2 ?
Nintendo l’a également avoué, Donkey Kong : Bananza est un titre dont le développement a débuté sur la première Switch. Ce genre de développement crossgen est monnaie courante dans l’industrie du jeu vidéo, surtout à l’approche du lancement d’une nouvelle console. Mais cela ne veut pas dire que Bananza est un jeu Switch 1 camouflé, loin de là . Sur Switch 2, les performances et les visuels sont un sans faute. Le jeu reste fluide même en haute résolution et ne passe en dessous de la barre des 60 FPS qu’à de rares occasions, comme dans certains défis où les blocs et l’or explosent par milliers et viennent causer quelques ralentissements.
Donkey Kong : Bananza est une belle promesse d’avenir pour la console de Nintendo, qui est dĂ©sormais capable de supporter des Ă©lĂ©ments très demandeurs en ressources, comme des environnements destructibles et des visuels plus nets. Maintenant, il nous faut tout de mĂŞme avouer que ce jeu reste un peu trop prĂ©visible et fidèle aux poncifs de Nintendo pour pouvoir lui attribuer le titre de chef-d’Ĺ“uvre de lancement. Sur un bulletin, Donkey Kong : Bananza mĂ©rite les encouragements et se rapproche fortement des fĂ©licitations… mais il manque encore quelques efforts.
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