Souvenez-vous (ou pas d’ailleurs) : j’avais réalisé un test de la trottinette Ninebot ZT3 Pro. Un nom de smartphone et un engin gros, très gros. Le résultat était positif et il s’avère qu’un an plus tard, c’est le best-seller de la marque. Pour un tarif de 599 euros qui plus est. Forcément, d’autres ont voulu leur part du gâteau et parmi eux, Navee. C’est, accessoirement, le fabricant des trottinettes Xiaomi. Son nouvel engin a également un patronyme de smartphone : XT5 Pro. À ne pas confondre avec la XT5 Ultra qui possède deux moteurs. Mais le ramage et le plumage s’accordent-ils ? Parce qu’à 899 euros, elle joue dans la cour des grands, et notamment de la Ninebot Max G3.

Contexte de l’essai
Navee m’a envoyé un modèle flambant neuf. J’ai donc été le premier utilisateur. Cela remonte à deux mois. De quoi enchaîner quelques centaines de kilomètres avec, par tous les temps (dont la pluie et la nuit).
Équipé de mon matériel, je pèse 100 kg. La majorité des trajets a été effectuée entre 5°C et 20°C.
Parmi les trajets de test, le trajet classique qui malmène le moteur à cause d’une montée qui s’étend sur 4 km et s’intensifie de plus en plus. De quoi vérifier la tenue en crête.
C’est quelque peu encombrant.
Caractéristiques principales
- Un seul moteur logé dans la roue arrière de 700 W en nominal et jusqu’à 2 200 W en crête
- Vitesse homologuée 25 km/h en France et non débridable en France
- Capacité de montée annoncée environ 30–32° mais la réalité est plus froide, soit 15°
- Batterie 597 Wh en 48V
- Autonomie théorique jusqu’à 75 km en conditions optimales, 36 km en puissance max, avec 100 kg sur le deck
- Temps de recharge complet de 6 heures
- Roues tubeless tout‑terrain 12 pouces
- Double suspension à ressorts avant et arrière de 60 mm de débattement
- Triple freinage : freins mécaniques + frein électronique E‑ABS/IABS
- Système TCS (traction control) pour limiter le patinage
- Récupération d’énergie au freinage avec 3 niveaux réglables
- Phare LED avant 9 W + feu arrière + clignotants sur le guidon
- Écran central de 5 pouces
- Connexion Bluetooth avec appli Navee (iOS/Android)
- Compatibilité Apple Find My / Android Find My, fonction verrouillage Flylock
- Déverrouillage avec le smartphone dans la poche (via l’UWB)
- Charge maximale supportée jusqu’à 150 kg
- Certification IPX6 (étanchéité à la pluie et aux grosses flaques)
- Modes de conduite : Walk, D, Sport, Boost (bouton dédié Boost)
- Hauteur du deck (garde au sol) : 27 cm
- Hauteur de guidon : 134 cm depuis le sol et 105 cm depuis le deck
- Largeur du deck : 20 cm
- Longueur du deck : 66,5 cm
- Poids annoncé : 34,8 kg
- Poids mesuré : 33,5 kg
- Longueur : 1360 mm
- Largeur : 627 mm
- Hauteur pliée : 655 mm
- Hauteur dépliée : 1 400 mm
Design et finition : c’est massif !
Elle en jette cette XT5 Pro. Massive, énorme, elle a suscité les « on dirait un scooter » de la part de gens de toutes les générations.
Il faut avouer qu’avec son design inspiré de la Ninebot ZT3 Pro d’un côté (les couleurs sont d’ailleurs les mêmes) et le Honda X-ADV (le maxi scooter qui a détrôné le T-Max chez les jeunes), la Navee XT5 Pro envoie du lourd.
Fun fact, le plus jeune a même sorti : « on peut mettre mon frère ici, moi au milieu et papa devant ». Certes, c’est techniquement faisable, mais légalement non.
Le guidon est incurvé. Les manettes de freins tombent sous les doigts, mais les grandes paluches sont nécessaires.
La gâchette d’accélération ne change pas. Un peu maigre par rapport au reste. J’aurais aimé quelque chose de plus large et mieux placé pour le pouce. Ajoutez l’absence de régulateur de vitesse, vous choperez vite une crampe.
Le plastique abonde et la majorité des éléments servent à décorer. D’où les 34 kg ! Et ils ne servent à rien à part donner un côté trompeur. L’éclairage du deck est un liseré rouge qui fait tout le tour, doublé d’un éclairage blanc sur la potence qui illumine le logo. Les deux sont indépendants et vous pouvez choisir de les activer ou non séparément. L’ensemble la rend visible de nuit, mais pas ostentatoire.
À propos d’éclairage, le phare est une masterclass. Outre la diffusion à spectre large orientée vers le bas, il éclaire loin, il est puissant et à une hauteur adaptée aux véhicules sur la route, puisqu’après roulage derrière une berline et un SUV, aucun conducteur n’a déploré d’éblouissement. Le deck est un régal. Il est large, long comme un jour sans pain et se permet même un repose-pied de qualité au bout. La qualité de fabrication est costaud, mais très plastique.
Le système de pliage est simple et n’a pas été un problème malgré le poids de la potence. L’écran est certes grand, mais il ne sert à rien. Pas d’heure, pas de pourcentage exact de batterie restante et encore moins la distance faisable restante, pas d’affichage GPS, de la tension de la batterie et un ODB réduit au minimum. Dommage. Heureusement, l’application rattrape un peu ça (un paragraphe lui est dédié) et il y a de la place pour y loger un smartphone.
Reste que l’ensemble fonctionne. Je trouve la pièce très jolie mais forcément peu discrète. Reste que le poids est élevé et la rend impossible à porter de manière récurrente dans les escaliers.

Conduite : raide comme la justice, confortable mais pas assez puissant
Mettons-nous d’accord : la puissance est une chose, la vitesse en est une autre. Un tel engin dégage un peu de sportivité dans le paraître. À l’usage, c’est quelque peu décevant. Le moteur manque de puissance en côte. Pour une trottinette tout terrain chaussée en 12 pouces et au deck haut perché, elle se doit de gravir une montée un peu abrupte. Ici, ce n’est pas mauvais, puisqu’elle prend 20 km/h sur du 10%. C’est juste que le design fait qu’on s’attend à plus, surtout avec 2000W affichés en gros sur le carton.
Il y a trois modes : marche, « D » (limité à 20 km/h) et Sport (25 km/h). Le Boost permet de gratter quelques fractions de secondes au démarrage.
Sur le plat, en revanche, pas de souci, avec un 0 à 25 km/h avalé en 5 secondes (contre 6 secondes annoncées sur le site) dans une accélération douce et non brutale. Le mode Boost gratte une seconde de plus sans pour autant rendre l’engin violent. La ZT3 Pro de Ninebot avait justement un problème sur ce point. Pas la Navee XT5 Pro.

Niveau tenue de route, c’est ferme. Les suspensions sont raides et les roues de 12 pouces n’atténuent pas énormément les aspérités. MAIS, car il y a un mais, ce n’est pas vraiment un souci. D’abord car la XT5 Pro est d’une agilité remarquable pour un engin aussi massif. Puis, tout arrive de manière assez filtrée au guidon (seules les jambes le ressentent). Sur les gros pavés d’une zone pittoresque, le confort n’y est clairement pas. Mais en aucun cas vous ne perdez le contrôle. Au contraire, les suspensions collent la trottinette au sol.
Ensuite, parce que le reproche fait aux autres modèles de la marque était justement une trop grosse souplesse des ressorts qui venaient trop facilement taper la butée.
Or, la XT5 Pro mise sur une capacité hors des sentiers battus. Sur ce point, elle assure. Notez que sauter deux trottoirs ou descendre quelques escaliers ne lui fait pas peur (mais faites attention à gérer le poids sur le deck pour éviter de faire un soleil, ce n’est pas officiellement fait pour). La garde au sol, les roues de 12 pouces qui avalent les trous et autres nids de poules et le long empattement permettent de jouer dans la terre. Et tant que nous y sommes, le châssis est donné pour supporter 150 kg, contre 100 à 120 kg généralement sur les autres modèles, toutes marques confondues.

Navee a intégré le système antipatinage (ou contrôle de traction si vous préférez). Le système consiste à couper le jus brièvement lorsque la roue perd en motricité. Sur la terre ou dans la boue, c’est salvateur, mais sur une route de bitume, ça génère des à-coups assez désagréables.
Il y a aussi un mode Boost. Oui, comme Ninebot et la ZT3 Pro. Le bouton rouge est d’ailleurs semblable. Il faut freiner et rester appuyé dessus. Vous avez alors un peu plus de peps à l’accélération mais surtout, la possibilité de démarrer en côte sans patiner pour lancer la trott. Il est moins foudroyant que celui de la ZT3 pro (qui n’était pas agréable) et efficace pendant 15 secondes. Elle est au contraire précise sur la route, sécurisante et le large deck haut perché couplé à un guidon large en fait un modèle adapté aux grands. En revanche, les enfants de moins de 1,60 m (soit tous ceux qui ont une croissance normale) ne seront pas à l’aise au guidon.

Un petit mot sur le freinage. Mine de rien, c’est important. J’ai dû resserrer le frein avant (situé sur la manette de droite) à l’arrivée. Un petit réglage fin du câble et c’était réglé. Les freins à disques mécaniques sont très (trop?) mordants. Le freinage est bon mais manque de progressivité et il faudra apprendre à y aller avec doigté. L’arrière est calibré d’usine pour ne pas bloquer les roues. Notez qu’un ABS électronique est présent sur la roue arrière et il fonctionne (testé sur sol mouillé) en faisant tourner la roue pour reprendre du grip.
Le frein magnétique (celui du moteur) offre 3 niveaux. Le plus élevé permet de passer de 25 km/h à 0 en 10 mètres. Le freinage mécanique seul permet de passer de 25 km/h à l’arrêt en 4,3 mètres. La combinaison des deux sur le plat réduit la distance à 3,7 mètres.
Les pneus sont OK et s’avèrent même confortables sur route lisse pour une approche « cross » (les crampons restent de hauteur raisonnable). Sur sol mouillé, ça glisse un peu.
Terminons par le rayon de braquage digne d’une Tesla Model Y. Comprenez que ça braque peu. Ce qui, ajouté à la démesure de l’engin rend les manœuvres à l’arrêt complexes. Il faudra faire attention aux ascenseurs et autres éléments de chez vous, si vous avez de quoi la loger quelque part.
Le verdict conduite est tout de même très positif. La trottinette est certes grosse, complexe à manœuvrer à l’arrêt et manque un peu de patate en côte. Mais elle est fun et facile à conduire. Les roues de 12 pouces apportent un gain de sécurité non négligeable sur les routes pleines de trous et nids de poule. Au quotidien, elle est chouette et remplie parfaitement son rôle de véhicule urbain, tant que vous n’avez pas à la porter.
Application : simple, basique, complète et épurée
L’application Navee s’adapte au modèle. On y retrouve le nécessaire (gestion de l’éclairage, du frein magnétique et du verrouillage en page d’accueil. Il est possible de géolocaliser la trottinette via Find My d’Apple et l’équivalent sur Android.
Évidemment, la mise à jour est de la partie. L’activation du TCS (antipatinage) se fait dans les options.
Il est possible de verrouiller par téléphone la trottinette. Il faut alors utiliser l’application ou le Bluetooth (UWB) avec son smartphone en poche pour la déverrouiller. Dans le cas où vous essayer de la bouger encore verrouillée, vous allez la faire sonner et vous devrez contrer la force du moteur, en plus de ne pas pouvoir la démarrer.
Il y a un compteur disponible. En revanche, pas de GPS, de suivi GPS ou d’historique des trajets.
Autonomie : je m’attendais à mieux
Forcément, qui dit poids dit grosse batterie. Mais les 597 Wh semblent limités pour les 33,5 kg de la bête. Enfin, ce sont surtout les roues, 12 pouces, donc plus lourdes que des 10 pouces, qui minent l’autonomie.
Comptez 36 km dans le monde réel, en mode Sport avec 100 kg sur le deck. Ce n’est pas mauvais non plus d’autant qu’un léger manque de patate n’arrive qu’à 10% sans empêcher d’atteindre sans mal les 25 km/h disponibles jusqu’à la dernière goutte d’électron.

Mais à 899 euros, une batterie de 750 Wh n’aurait pas été un luxe. Notez qu’il existe une batterie externe de 468 Wh en option, qui se greffe au port de charge et conçue pour permettre de rouler avec. Mine de rien, ça doit presque doubler l’autonomie. Il existe également un chargeur rapide 10 A qui réduit le temps de charge de 5h30 à 2h30.

Amusant, car Ninebot propose la même chose sur sa Max G3 (batterie externe et chargeur rapide). Pas de prix annoncé, mais ces choses sont souvent super onéreuses.
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