Fleur Pellerin, la culture du numérique

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Par Elodie le

Fleur Pellerin a donc remplacé Aurélie Filippetti au poste de ministre de la Culture et de la communication. Elle récupérera certains dossiers chauds de son prédécesseur dont Hadopi, Amazon et l’arrivée tant redoutée, commentée, et attendue aussi, de Netflix en France. Un retour salvateur dans le monde du numérique qui devrait satisfaire nombre d’entrepreneurs déçus de l’avoir vue remplacée par Axelle Lemaire au poste de secrétaire d’État au numérique.

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C’est un retour par la grande porte dans le monde du numérique via le ministère de la Culture. Exilée un temps au Commerce extérieur (à peine moins de 4 mois) après avoir emporté l’adhésion des acteurs du secteur au sein du ministère délégué à l’Économie numérique, Fleur Pellerin a donc été nommée ministre de la Culture et de la communication du gouvernement Valls 2 en lieu et place d’Aurélie Filippetti, démissionnaire, du moins « pas candidate ».

Réelle ou supposée, l’inimitié entre les deux jeunes femmes est connue et aurait pris corps lors de la campagne présidentielle de 2012. Fleur Pellerin, intronisée Madame numérique du camp Hollande, a eu l’outrecuidance de s’exprimer sur un sujet alors encore tabou : Hadopi. Sortie que n’a pas manqué de relever Aurélie Filippetti qui a alors rétorqué, sous forme de procès en légitimité : « Hadopi, c’est moi », qualifiant ainsi les propos de sa consœur « d’erreur ».

« C’est une inexpérience de sa part, la politique, c’est aussi une question d’expérience » jugeait la ministre d’alors.

Cette rivalité a fait les choux gras de la presse, notamment lors de cette mini polémique durant le Festival de Cannes. Selon les indiscrétions du Canard Enchainé, venue supporter le film Saint Laurent de Bertrand Bonello, en compétition officielle, Aurélie Filippetti aurait refusé que Fleur Pellerin (alors en déplacement pour promouvoir l’export des films français dans le monde en tant que secrétaire d’État chargée du Commerce extérieur, de la promotion du Tourisme et des Français de l’étranger) monte les marches avec elle, souffrant qu’on puisse lui fasse de l’ombre. Ce dont s’est défendue la jeune femme.

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MARTIN BUREAU / AFP

De même, en décembre 2013, Fleur Pellerin avait dû remplacer au pied levé Aurélie Filippetti qui n’avait pas souhaité « servir de caution à Google » lors de l’inauguration du nouveau Centre culturel de Google à Paris.

Depuis, l’Histoire a fait son œuvre – certains y voient surtout l’humour particulier de François Hollande – et les commentateurs de la vie politique n’ont pas manqué de pointer l’ironie au moment de la passation de pouvoirs. Persiflages qu’Aurélie Filippeti n’a pas goutés :

Souvent donnés en opposition (liberté numérique des uns contre protection des droits des autres notamment) la Culture et le Numérique se trouvent aujourd’hui représentés par la plus technophile des ministres qui aura à charge, au sein de la rue de Valois, d’entreprendre au mieux le virage de la révolution numérique.

Quoiqu’il en soit, Fleur Pellerin revient à ses « premières amours » et a du pain sur la planche, les dossiers ne manquent pas. Les déçus d’hier – entrepreneurs du secteur notamment – peuvent se réjouir de son retour et de la voir, avec ce ministère, reprendre certains dossiers épineux, si ce n’est explosifs : statuts des intermittents, Hadopi (téléchargement illégal, droit d’auteur, riposte graduée, CSA), Amazon (loi anti-amazon, guerre avec Hachette, numérisation des livres), Netflix, neutralité du net, etc. Le numérique est au cœur des préoccupations culturelles françaises.

Hadopi/CSA/projet de loi Création numérique

Le transfert des compétences entre la Hadopi et le CSA serait acté. Ce dernier qui se rêve gendarme du web en devenant le régulateur des contenus en ligne devra encore patienter, même à l’agonie, Hadopi respire encore.
Le CSA aura tout de même à charge d’appliquer la riposte graduée. En mai 2013, alors ministre déléguée au Numérique, Fleur Pellerin s’était exprimée sur cette fusion et le système d’amende « plus automatique » recommandé par le rapport Lescure :

Ce n’est quand même pas très liberticide. Ce qui a été proposé par le rapport Lescure, c’est plutôt de garder une forme de pédagogie, la réponse graduée […] de reprendre un peu le modèle des radars automatiques sur les autoroutes et d’avoir un système d’amendes beaucoup plus faibles en terme de montants.

Elle s’était par ailleurs réjouie de l’abandon de la peine de suppression de l’abonnement à Internet pour les contrevenants estimant que « couper internet c’est comme couper l’eau ».
La question qui demeure est désormais de savoir ce qu’il adviendra de la mal aimée Hadopi. Alors qu’Axelle Lemaire, secrétaire d’État au numérique, est toute trouvée pour s’occuper du dossier, celle-ci rechigne et ne souhaite pas récupérer la patate chaude.

« Je ne suis pas certaine qu’il faille étendre les pouvoirs du CSA à Internet. Ce sujet est traité par Aurélie Filippetti. Je considère que c’est à elle de s’en occuper. »

Fleur Pellerin sera-t-elle sur la même longueur d’onde que son successeur ?

Maintes fois reporté, le projet de loi Création numérique est toujours en chantier et se trouve récupéré par la nouvelle ministre. Dossier qui ne va pas être une sinécure.

Netflix

L’arrivée redoutée de cet acteur majeur a été l’objet de multiples tractations. Certains reprochant à Aurélie Filippetti ses manœuvres dans le dossier qui aurait poussé Netflix à s’installer au Luxembourg plutôt qu’en France, ravivant la polémique sur ces géants de l’Internet qui s’installent dans le Grand-Duché où la fiscalité y est plus qu’attractive.

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Désormais, la partie chronologie des médias est entre les mains du CNC (Centre national du cinéma et de l’image animée). Si Netflix souhaite proposer des films français dans son catalogue, celui-ci devra contribuer aux financement de la production française. Chronologie des médias qui n’est pas un problème pour le patron du service de SVoD, puisque so catalogue se compose surtout de séries, non soumises à cette réglementation.

Neutralité du net

En 2012, Fleur Pellerin déclarait :

« La neutralité du Net est un concept américain, qui a tendance à favoriser très considérablement les intérêts économiques de Google, Facebook, Apple et consorts. Donc je pense qu’il faut faire aussi un peu attention, lorsqu’on est sur du principe théorique, à ne pas non plus se tirer une balle dans le pied. »

En 2013, alors ministre déléguée au Numérique, elle s’était positionnée concernant la fiscalité des GAFA (Google, Apple, Facebook ou Amazon) et elle affirmait vouloir légiférer sur la neutralité du net en présentant une loi garantissant ce principe d’ici 2014. C’est la bonne année donc. D’autant que sa consœur, en première ligne sur ce sujet, semble partager son opinion, elle qui se déclarait pour une neutralité du net « clairement affirmée ».

Un bon début puisque, sur les dossiers numériques, la nouvelle ministre de la Culture devra composer avec la secrétaire d’État au numérique (placée sous l’autorité du nouveau ministre de l’Économie, Emmanuel Macron) quand elle n’empiétera pas sur son pré-carré.

Pour l’état de grâce on repassera. Si les intermittents lui ont déjà mis la pression, d’autres s’alarment de la politique qui sera menée avec un budget en baisse constante, comme l’a signifié Aurélie Filippetti dans sa missive au Président Hollande peu après la démission du gouvernement Valls.

Pour aller plus loin sur les sujets web à venir pour le gouvernement (vu sur Pixels) : Valls 2, un gouvernement plus « digital » que numérique.