[Lobbying] Washington : House of Google ?

Business

Par Elodie le

Google est l’un des maîtres incontestés du Net. La firme de Mountain View le doit en grande partie à son moteur de recherche, ses innovations… mais aussi à son intense lobbying exercé dans les arcanes du pouvoir à Washington. Si son château de cartes a semblé parfois sur le point de vaciller, force est de constater, qu’il demeure.

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Une présence massive à Washington

En quelques années, Google a conquis le web. C’est un fait incontestable. À la force de son moteur de recherche et des multiples services développés et proposés depuis. Si Google est aujourd’hui l’une des firmes les plus puissantes d’Internet, elle l’est également à Washington où elle mène un intense lobbying.

Comme nous vous le révélions en septembre dernier, Google était le premier lobbyiste de la Silicon Valley à Washington avec 16 830 000$ dépensés en 2014 selon OpenSecrets, devant Facebook, Microsoft et Oracle pour le secteur de l’high tech. L’essentiel de l’effort de pression est mis dans le domaine des brevets, copyright et droit d’auteur.

Cependant, Google sait trouver les ressources nécessaires lorsque sa toute-puissance est remise en cause dans d’autres domaines plus élargis.
Selon les informations du Wall Street Journal, depuis le début de la mandature de Barack Obama, Google effectue pas moins d’une réunion par semaine avec des responsables de la Maison-Blanche, soit 230 à ce jour.

Rappelons que Google est engagé dans des dossiers aussi variés que la neutralité du Net, le scandale de la surveillance massive de la NSA — qui a poussé la firme à muscler sa politique de confidentialité via de nouvelles méthodes de chiffrement, les données personnelles et leur commercialisation, mais aussi dans une enquête antitrust menée depuis quelques années par la Commission européenne.

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Neutralité du Net, antitrust, NSA, extension du domaine du lobbying

C’est ce type d’enquête, contre d’éventuels abus de position dominante, menée cette fois-ci par la FTC en 2012 qui a justement conduit Google à muscler sa politique lobbyiste, nous apprend Business Insider.
Pour préparer la contre-attaque, Google a engagé pas moins d’une douzaine de lobbyistes, monté des campagnes en sa faveur et de multiples réunions avec des responsables de la FTC et de la Maison-Blanche.

Bien lui en a pris puisque, à la surprise générale et contre les recommandations formulées dans les conclusions du rapport d’enquête qui concluait à de multiples abus de position dominante de la part de Google et appelait au lancement d’une action judiciaire et à l’émission de sanctions, la FTC s’est finalement contentée d’un accord a minima portant sur des modifications mineures à apporter par la firme de Mountain View. Ce rapport d’enquête a été rendu public la semaine dernière par le Wall Street Journal.

À la lumière de ces faits, les dernières déclarations d’Obama tançant l’Europe ou l’outrecuidance de Google envers les autorités et l’administration Obama nous apparait sous un jour nouveau.
Ainsi, comment ne pas voir un renvoi d’ascenseur de Barack Obama à son 3e pourvoyeur de fonds lors de sa dernière campagne en 2012 (avec 801,770 $ derrière l’UCLA et Microsoft) lorsque, questionné sur les procédures en cours en Europe en matière d’optimisation fiscale notamment, le président affirme à Re/Code que « Si l’Europe tape sur Google et Facebook, c’est qu’ils ne peuvent nous concurrencer ». Plus précisément :

« Pour défendre Google et Facebook, la réponse européenne est parfois dictée davantage par des intérêts commerciaux qu’autre chose. […] Leurs entreprises – les fournisseurs de services qui, vous savez, ne peuvent pas rivaliser avec les nôtres – essaient essentiellement d’empêcher nos entreprises de fonctionner efficacement. »

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Sur le dossier de la neutralité du Net, les géants du web sont entrés dans la bataille assez tôt. Suivi peu après par le président Obama, ce qui n’a pas manqué de surprendre notamment car il n’avait aucun poids sur la décision prise, qui revenait alors au régulateur américain des télécommunications, la FCC (Federal Communications Commission).

FCC qui a suivi l’avis présidentiel, dans un retournement digne des meilleurs scénarios hollywoodiens, en consacrant pleinement la neutralité du Net.
C’est Comcast qui a du avoir du mal à avaler la pilule, la firme ayant dépensé un peu plus que Google en lobbying avec 16, 970 millions de dollars.

Obama et Google : Je t’aime, moi non plus

Pourtant, c’est peu dire que les géants du web malmènent la présidence Obama depuis les révélations sur les pratiques de surveillance massive de la NSA. Éclaboussés par le scandale, ces derniers n’ont eu de cesse de prouver leur bonne foi et de s’opposer aux autorités à chaque occasion qui leur été données :
– Déclaration emportée de Mark Zuckerberg, CEO de Facebook, estimant que le gouvernement américain représente une « menace » pour Internet.

– politique de chiffrement renforcée chez Apple, Google, Yahoo, WhatsApp & Co provoquant l’ire du FBI, de la NSA, du GCHQ, de David Cameron et des puissances européennes (France comprise) qui en appellent à leur « responsabilité » pour lutter contre le terrorisme. Appel appuyé depuis les attentats de Paris contre Charlie Hebdo et l’Hyper Cacher de la Porte de Vincennes.

– invitation à participer au sommet sur la cybercriminalité par le président Barack Obama restée lettre morte du côté de Mark Zuckerberg (Facebook), Marissa Mayer ( Yahoo), Larry Page et Eric Schmidt (Google).

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Business Insider rappelle ainsi qu’il y a 9 ans, le bureau de Google à Washington ne comprenait qu’une seule personne. La firme occupe aujourd’hui un 5110 m², soit la taille de la Maison Blanche selon le Washington Post et regroupe quelque 100 lobbyistes répartis dans divers secteurs.

Par ailleurs, d’anciens hauts cadres de Google ont depuis été nommés à des postes exécutifs importants au sein de la Maison-Blanche, dont Megan Smith, ex-vice-présidente du laboratoire futuriste Google X nommée CTO (Chief Technology Officer). Barack Obama piochant régulièrement dans le vivier de la Silicon Valley pour renforcer ses troupes digitales. La puissance retrouvée de l’économie américaine supportée par les géants du web font de lui le “Président d’internet“.