La Terre palpite tous les 27,5 millions d’années, mais nous ignorons pourquoi

Science

Par Antoine Gautherie le

Le cœur de la Terre ne bat certes pas, mais ça n'empêche pas notre planète de donner signe de vie tous les 27,5 millions d'années.

© Geralt - Pixabay

En cherchant bien, on peut trouver une périodicité dans de très nombreux aspects de notre vie, à toutes les échelles. Des phénomènes qui se déroulent à l’échelle drotes particules aux mouvements cosmologiques aux proportions invraisemblables, il existe des tas d’événements qui se répètent à une fréquence bien précise. La rotation de la Terre autour du Soleil en est un exemple : tous les 365,2422 jours, elle effectue un tour complet.

Mais tous les phénomènes périodiques ne s’expliquent pas aussi facilement. Dans une étude récente, une équipe de chercheurs de l’université de New York a mis en évidence une périodicité troublante dans les grands événements géologiques de l’histoire de la Terre, une sorte de battement de cœur, que l’on distingue clairement tous les 27,5 millions d’années.

Il existe donc un grand cycle, qui conditionne une grande partie des événements géologiques. La science s’y intéresse de très près depuis près d’un demi-siècle déjà. La méthode statistique pour analyser ces phénomènes périodique était déjà connu, mais pour analyser les relations entre ces phénomènes, il faut évidemment partir de données solides. C’est ce qui a longtemps fait défaut : nous savions dater ces événements géologiques, mais pas à la précision exigée par ces études statistiques. Impossible, donc, de vérifier de façon satisfaisante les estimations qui avaient déjà été formulées.

Des mesures précises, mais un jeu de données discutable

Avec l’évolution de ces techniques, la précision est désormais bien meilleure et l’équipe du professeur Michael Rampino a pu se baser sur des données bien plus consistantes. Ils ont ainsi passé au crible 89 événement géologiques majeurs. Tous sont bien connus et précisément datés : il s’agit de grandes extinctions, activité volcanique majeure, réorganisation des plaques tectoniques… Et leurs résultats sont éloquents. Sur les derniers 260 millions d’années, ces événements sont majoritairement regroupés sur une dizaine de périodes restreintes, et clairement visibles sur ce graphique.

Ce n’est pas son coeur métallique qui bat, mais la Terre a bien une sorte de “pouls”. ©
Rampino et al., Geoscience Frontiers

C’est un peu comme un électrocardiogramme de la Terre : ces pics tous les 27,5 millions d’années représentent chacun un “battement de cœur”. Même si cœur de la Terre n’est bien évidemment pas capable de pulser quoi que ce soit, et qu’il ne s’agit que d’une image.

Une étude intéressante, mais avec une information à garder en tête. En effet, beaucoup des événements analysés dans cette étude sont directement liés entre eux. Les événements anoxiques en sont un bon exemple. Pendant ces épisodes, la concentration en dioxygène des océans chute de façon dramatique. Cela favorise à son tour les extinctions à grande échelle dans ce milieu. Il n’est donc pas étonnant que ces deux phénomènes soient rapprochés dans le temps. Cette logique est applicable à beaucoup des phénomènes analysés dans cette étude.

Des résultats cohérents, mais une origine toujours inconnue

Mais cela ne signifie pas pour autant qu’elle n’est pas valable. Pour commencer, ils sont tout à fait cohérents avec de nombreuses propositions des 50 dernières années, entre 25 et 32 millions d’années. Ils viennent aussi corroborer d’autres études solides réalisées ces cinq dernières années. En 2018, une étude de chercheurs australiens a par exemple remarqué un cycle de “26 à 30 millions d’années” dans le cycle du carbone. Un chiffre cohérent avec les précédentes estimations, et avec cette nouvelle étude.

Reste encore à identifier le phénomène d’origine, celui qui déclenche cette réaction en chaine. Répondre à cette question s’avèrera très difficile, la faute au nombre de facteurs en jeu. Tout juste l’équipe se contente-t-elle d’une série d’hypothèses. “Ces pulsations tectoniques et climatiques pourraient être liées à la dynamique des plaques tectoniques et des panaches mantelliques, ou alors associé aux cycles astronomiques”, suggèrent-ils. Le suspense reste entier.