Le coup d’envoi a été donné. Patrick Drahi, le propriétaire de l’opérateur au carré rouge, a mis son groupe en vente et espère bien orchestrer le grand partage du marché français. Une opération titanesque qui pourrait redessiner le paysage de nos abonnements mobile et internet.
Au cœur du réacteur, une ambition financière colossale. Patrick Drahi, pressé par ses créanciers et la dette abyssale de son groupe, a mis un prix sur la table. Il vise une valorisation de 23 milliards d’euros, un chiffre vertigineux qui inclut 15 milliards de dettes à éponger. L’homme d’affaires, qui resterait actionnaire majoritaire d’une entité restructurée (55 %), espère tirer 4 milliards d’euros lors de la cession. Pour y parvenir, la seule solution est de vendre son groupe par appartements à ses rivaux de toujours, Bouygues Telecom et Free.
Un partage aux allures de casse-tête
Les discussions, pour l’instant techniques et feutrées, se sont intensifiées si l’on en croit BFMTV. Dans les bureaux parisiens, les directeurs généraux, avocats et banquiers s’activent. Olivier Roussat pour Bouygues, Thomas Reynaud pour Free… tous sont sur le pont. Au-dessus d’eux, les propriétaires Martin Bouygues et Xavier Niel suivent le dossier comme le lait sur le feu, même si aucune rencontre au sommet n’a encore eu lieu. « On regarde qui veut quoi et évidemment, on veut la même chose ! », s’amuse un des dirigeants impliqués.
Et des choses à vouloir, il y en a avec vingt millions d’abonnés mobiles, six millions de clients à la fibre, un précieux réseau d’antennes, des boutiques par centaines et une branche entreprise très convoitée. Le grand jeu de la répartition a commencé.
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Logiquement, Bouygues Telecom devrait récupérer une grande partie du réseau mobile. Et pour cause, les deux opérateurs partagent déjà 15 000 antennes depuis dix ans. Détricoter cette alliance serait un cauchemar industriel. Mais ce cadeau coûterait entre 200 et 300 millions d’euros de frais supplémentaires pour Bouygues, qui brandit déjà cette facture pour exiger en contrepartie une plus grosse part du gâteau des abonnés mobiles.
Free, de son côté, lorgne avec appétit sur une autre pépite appelée SFR Business. L’opérateur de Xavier Niel, encore jeune sur le marché des entreprises, y voit une occasion en or de changer de dimension.
Orange, l’arbitre qui veut sa part
Et Orange dans tout ça ? Le leader historique, freiné par sa position dominante, ne peut espérer un grand festin. L’Autorité de la concurrence veille au grain et ne laissera aucun acteur dépasser le seuil fatidique des 40 % de part de marché. Pourtant, l’opérateur n’a aucune intention de rester simple spectateur. Il compte bien jouer les trouble-fêtes pour grappiller quelques parts dans le mobile et s’assurer de conserver sa couronne de numéro un.
Le grand chamboulement est en marche et Patrick Drahi veut aller vite. Il souhaite trouver un accord pour la fin de l’année.
Et les abonnés SFR, dans tout ça ?
Derrière cette bataille de titans se cachent des enjeux bien réels. Que deviendront les 300 boutiques SFR et leurs 2 000 salariés ? Et les centres d’appels ? Plus inquiétant pour les repreneurs, un concurrent méfiant pointe « plusieurs milliards d’euros d’engagements hors bilan » liés à la location d’antennes. Autant de « détails » qui serviront à négocier le prix final à la baisse.
Pour le client, cependant, pas de panique à court terme. Un tel démantèlement prendra des mois, voire des années, avant d’être finalisé. D’ici là, votre forfait ou votre abonnement box ne changera pas. Votre numéro sera conservé. La seule différence, à terme, pourrait être le nom de l’opérateur en haut de votre facture.
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