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« Un vote anachronique » : l’interdiction des steaks végétaux va coûter « des millions d’euros » à la filière

Le Parlement européen vient de voter pour l’interdiction des appellations comme « steak végétal » jugées trompeuses pour le consommateur. Une décision « navrante » pour Guillaume Dubois, PDG d’HappyVore.

Dire ou écrire « steak végétal » sera bientôt interdit. Le Parlement européen a voté ce 8 octobre en faveur d’une « interdiction de plusieurs appellations ». Selon les arguments de l’eurodéputée Céline Imart, à l’origine de ce texte, ces termes sèment la confusion dans l’esprit des consommateurs.

Chez Journal du Geek, on a voulu en savoir plus. Nous sommes allés à la rencontre de Guillaume Dubois, le PDG d’HappyVore, une société française qui a fait des alternatives végétales sa marque de fabrique. Il revient avec nous sur cette décision historique, ses conséquences et ce que cela dit (vraiment) de notre rapport à la viande…

JDG : Comment avez-vous vécu ce vote, êtes-vous surpris du résultat ?

Guillaume Dubois : C’est évidemment une surprise. L’Union européenne était jusqu’ici du côté du végétal. Je suis navré de cette décision. Elle ne va pas dans le sens du végétal. Elle vise à freiner la croissance de notre secteur. Or c’est la seule alimentation qui permette d’avoir encore un impact positif sur l’environnement, la santé humaine et naturellement, le bien-être animal. Vouloir freiner cette alternative, c’est anachronique.

JDG : Les défenseurs de cette interdiction disent lutter contre une « appellation trompeuse »

G.D. : C’est leur argument numéro 1. Pourtant, quand on regarde les faits, cela ne tient pas debout. On a fait une étude il y a deux ans, 100 % des personnes interrogées savaient qu’un « steak végétal » ce n’est pas de la viande. C’est dans le nom, c’est végétal. Il n’y a rien de compliqué ou de trompeur là-dedans.

Aujourd’hui la grande majorité des Français sont pour la conservation de ces appellations. Cela fait plus de vingt ans qu’elles sont utilisées. Elles sont rentrées dans le langage courant. L’interdire, ça n’a pas de sens. Malgré tout, le débat est devenu politique. Ce vote ne représente pas l’idée générale.

Steak Vegetal Happyvore
© Unsplash / Inna Safa

JDG : Quel impact pourrait avoir cette interdiction pour vous chez HappyVore ?

G.D. : L’impact est clair. Il va mettre à mal notre croissance. Pour le moment, nous sommes à 19 % de croissance en 2025. Avec l’interdiction, on sait qu’elle va baisser. Enlever ces appellations, c’est nous rendre invisibles. Si vous tapez « steak végétal » dans votre barre de recherche, vous n’allez plus nous trouver. Pour toutes les personnes qui font leurs courses en ligne, pour celles et ceux qui commandent un burger végétal au restaurant, demain, ils ne pourront plus. On devra faire avec une autre formulation, moins évidente, moins connue.

JDG : Cette interdiction, elle a aussi un impact économique pour vous en amont des ventes ? 

G.D. : Il va falloir changer tous les emballages. Aujourd’hui HappyVore c’est 21 produits. Tous ne sont pas concernés par cette interdiction, mais certains oui. Il va falloir revoir tous les emballages. Nous n’avons pas encore chiffré précisément combien cela pourrait nous coûter, mais on parle en millions d’euros, c’est certain.

JDG : Ce combat, c’est un peu David contre Goliath 

G.D. : Face à nous, c’est un géant : le monde de la viande. Il pèse plusieurs milliards d’euros, ce sont des millions d’emplois dans toute l’Europe. Ils ont des lobbys très puissants, il en existe plusieurs, mais chacun vaut 20 à 30 millions d’euros. À titre de comparaison, on a un petit groupement autour du végétal en France avec un budget de 100 000 euros.

Ce n’est même pas comparable. Mais la bataille n’est pas finie, nous n’en sommes pas encore là. Depuis six ans, on crie au loup en disant que ces appellations vont être interdites. À chaque fois, on trouve une porte de sortie. La question qu’on se pose maintenant : est-ce que l’on va revenir à la raison ou est-ce qu’ils vont vraiment interdire ces appellations ?

Happyvore Steak Vegetal
© HappyVore

Si l’interdiction est confirmée, il faudra alors regarder le texte, dans le détail. Pour l’heure, rien n’est clair. On ne sait pas si on aura le droit de le dire, de l’écrire, si oui, sur son site internet, sur l’emballage… Il y a encore beaucoup de questions sans réponse. Même la liste des termes visés par cette interdiction n’est pas établie.

HappyVore vend des « steaks végétaux » mais aussi des « aiguillettes » ou des « allumettes ». On devra changer tous ces noms ? Seulement certains ? Pour le moment, on ne sait pas et on compte se battre pour limiter cette interdiction, autant que possible.

Une affaire à suivre

L’interdiction des appellations comme « steak végétal » doit en effet être discutée à Bruxelles. Une fois le vote de cet amendement effectué ce 8 octobre du côté du Parlement européen, à Strasbourg, les 27 États membres disposent d’un délai « raisonnable » pour inclure cette nouvelle interdiction dans leur corpus légal.

Pour l’heure, aucun pays n’a pris la moindre mesure. Beaucoup attendent des éclaircissements de Bruxelles sur la marche à suivre. En attendant, HappyVore continue de croître. L’entreprise emploie aujourd’hui 160 personnes, dont la moitié dans son usine près d’Orléans. Leader français des alternatives végétales, ces produits sont disponibles dans plus de 7500 points de vente. Elle a réalisé un chiffre d’affaires de plus de 35 millions d’euros en 2024.

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