Pour ne pas rester spectatrice du boom des mégaconstellations, un marché dominé largement par Starlink, la France a sorti une nouvelle carte de sa manche : LUCI (Liaison Ultra Compact Inter-satellite). Un terminal laser miniature développé par Oledcomm, spécialiste français des communications optiques, avec le soutien du CNES dans le cadre du plan France 2030.
Il donnera la possibilité aux satellites européens de communiquer entre eux sans passer par le sol, un standard technologique incontournable depuis que Starlink popularisé les communications optiques comme colonne vertébrale de ses réseaux. Chacun des satellites orbitant dans les constellations de Starlink est un nœud, reliant l’information instantanément à ses voisins, créant un maillage laser ultra-performant et réactif.
C’est grâce à cette architecture novatrice que Starlink est aujourd’hui reine de ce secteur, et c’est cette capacité de communication qu’entend donner LUCI aux futures constellations européennes. Une manière de poser une main souveraine sur une technologie devenue centrale, afin que l’Europe ne soit pas condamnée à emprunter les standards définis par d’autres.
Pourquoi l’Europe ne peut plus ignorer les liaisons laser inter-satellites ?
Une mégaconstellation n’est efficace que si les satellites qui la composent peuvent communiquer entre eux, sans discontinuité, grâce à des faisceaux laser. Starlink l’a compris avant tout le monde, mais l’Europe ne peut pas simplement copier son modèle, adapté uniquement à son gigantesque réseau.
LUCI est un terminal bien plus compact et moins énergivore, pensé pour être fixé sur les flottes satellites, plus légères, que l’Europe veut déployer dans les années à venir. Un positionnement complètement opposé, qui a convaincu le CNES, puisque l’Europe doit construire ses constellations sur des bases industrielles compatibles avec ses propres contraintes. LUCI, par sa compacité et son efficacité énergétique, peut être embarqué sur des dizaines ou des centaines de satellites sans révision lourde des engins.
Autre raison pour laquelle le CNES a retenu Oledcomm, c’est parce que LUCI répond à l’impératif le plus sensible du moment : la souveraineté. Dans les mégaconstellations, le terminal laser est le nerf de la guerre pour garantir que les communications ne dépendent pas d’un acteur extérieur, qu’il soit industriel ou étatique.
Il est aujourd’hui impossible que l’Europe continue à externaliser cette technologie à des solutions américaines, sur le long terme, c’est intenable. On imagine que c’est la raison pour laquelle le projet LUCI sera rythmé par un calendrier particulièrement serré, en deux étapes seulement. Durant la première, « jusqu’en juillet 2026 », Oledcomm se concentrera sur la « consolidation des spécifications techniques et définition détaillée préliminaire du système, et levée des risques techniques et industriels majeurs ». La deuxième étape suivra « mi-2026 à 2028 », couvrant le développement industriel complet et la campagne de qualification en environnement spatial. L’objectif final étant la mise à disposition d’un « premier modèle de vol dès 2028 ». Alors, oui, c’est très rapide, mais c’est la cadence minimale à tenir si l’on veut arrêter d’être à la remorque de Starlink dans les technologies optiques.
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